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Jeux de la Francophonie : « Un jour très triste pour les Acadiens »

FREDERICTON – L’annonce, par le gouvernement progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick, d’annuler l’organisation des Jeux de la Francophonie à Moncton-Dieppe en 2021 fait réagir. Et les responsabilités de cet échec sont partagées, estiment plusieurs intervenants.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

« C’est un jour très triste pour les Acadiens ! Je suis estomaqué par la décision du gouvernement qui prouve à quel point il ne nous représente pas. Ils n’ont fait aucun effort pour trouver une solution », lance le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), Robert Melanson à #ONfr.

Ce mercredi, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, a annoncé que sa province renonce à organiser les Jeux de la Francophonie en 2021. L’événement sportif et culturel devait se tenir dans les municipalités de Moncton-Dieppe du 23 juillet au 1er août 2021 et accueillir plus de 3 500 athlètes et artistes de la francophonie internationale.

Mais face à l’explosion de la facture totale pour organiser l’événement, d’abord évalué à 17 millions $, puis à 130 millions $, avant d’être revu à 62 millions $ par le comité organisateur, le gouvernement progressiste-conservateur est revenu sur l’engagement pris par son prédécesseur libéral. La facture devait être partagée entre le provincial, le fédéral, les municipalités organisatrices et la communauté.

Le chef progressiste-conservateur Blaine Higgs en déplacement. Source : Twitter

Sur les médias sociaux, le maire d’Edmundston, Cyrille Simard, ne peut cacher sa déception.

« La saga des Jeux de la Francophonie se termine sur une  note qui me chagrine. Il y aura des leçons à tirer de celle-ci et non des blâmes, car en définitive, l’ensemble de l’environnement entourant ce genre d’aventure comporte des déficiences. »

 

Réactions mitigées

Plusieurs citoyens n’hésitent pas à fustiger le gouvernement et son seul député acadien, le vice-premier ministre, également ministre responsable de la Francophonie, Robert Gauvin.

« Les Jeux de la Francophonie annulés par le gouvernement minoritaire provincial au pouvoir. Quel gâchis ! Quel manque de vision ! »

Mais d’autres applaudissent une « bonne décision », critiquant une « gaffe initiale » de l’ancien gouvernement libéral de Brian Gallant.

« On peut regretter l’annulation des jeux de la Francophonie de 2021 au Nouveau-Brunswick, mais la position du premier ministre Blaine Higgs sur ce dossier aura été franche et honnête. Face à une explosion générale des coûts des évènements sportifs, quels enseignements en tirer ? », écrit ainsi l’internaute Damien Witkowski.

 

Responsabilité partagée

Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Jean Johnson, juge la situation aberrante.

« Il me semble qu’avec tous les partenaires qui étaient autour de la table, il aurait dû être possible de trouver une solution. Quand on veut, on peut, et il faut se demander si la volonté était vraiment au rendez-vous. (…) C’est une autre tuile pour les Acadiens et les Acadiennes (…). Et plus largement, c’est toute la francophonie canadienne qui vient de subir un autre recul. »


« Le fédéral n’a pas porté ses culottes ! » – Robert Melanson, président SANB


Le président de la SANB juge que la responsabilité de cet échec est partagée.

« Tout le monde est un peu responsable : le comité organisateur, la province, mais aussi le gouvernement fédéral. Le travail a été mal fait dès le début, mais le fédéral n’a pas non plus assumé ses responsabilités. Il aurait dû ramasser les pots cassés. En ne le faisant pas, il confirme qu’il y a un Canada à deux vitesses entre les provinces riches et les provinces pauvres qui, elles, ne peuvent imaginer accueillir de tels événements ! »

Le président de la SANB, Robert Melanson. Gracieuseté SANB

 

Pas de surprise…

L’issue de ce dossier ne faisait guère de doute ces derniers jours. Récemment, le gouvernement de Blaine Higgs avait lancé un ultimatum et demandé à ses partenaires de trouver une solution financière d’ici au 30 janvier, indiquant qu’il ne dépenserait pas plus de 10 millions $.

Mais il y a une semaine, le premier ministre Justin Trudeau avait fermé la porte à toute contribution supplémentaire du fédéral si la province ne s’alignait pas sur la somme versée.

 

… mais de la confusion

Toutefois, les propos du ministre Gauvin indiquant que le fédéral peut encore intervenir, laissent la place à beaucoup de confusion, résume l’avocat acadien Michel Doucet.

« Selon Blaine Higgs, l’organisation des Jeux de la francophonie au Nouveau-Brunswick, c’est terminé. Selon Robert Gauvin, Ottawa va sauver les jeux. Qui parle pour qui dans ce gouvernement ? ». Et de poursuivre : « Est-ce que le gouvernement essaie de nous faire croire qu’il y a un message pour la communauté anglophone (annulation des jeux) et un autre pour la communauté francophone (espoir que Ottawa va intervenir pour sauver les jeux) ? »

La ministre des Sciences et des Sports, Kirsty Duncan, renvoie la responsabilité au gouvernement néo-brunswickois.

« Dès le départ, nous nous étions engagés à être un partenaire financier à part entière pour soutenir la candidature du Nouveau-Brunswick. Nous partagions les préoccupations des coûts de l’événement, mais nous espérions que le Nouveau-Brunswick s’approprierait ces Jeux et nous présenterait un plan d’affaires. Nous étions impatients d’avoir d’autres discussions sur une proposition de financement, si jamais nous en avions reçu. »

En coulisses, le gouvernement rappelle qu’en tant que membre indépendant de l’Organisation internationale de la Francophonie, le Nouveau-Brunswick avait la responsabilité de développer ce plan et de discuter ensuite avec le gouvernement fédéral. Un plan qui aurait également pu être présenté à l’époque du gouvernement Gallant, reconnaît-on. D’autant qu’Ottawa aurait pu en faire plus, notamment par des investissements indirects, explique la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly.

« En matière de politiques sportives, la politique de soutien à 50 % est une politique qui s’applique d’un bout à l’autre du pays. Mais si le gouvernement avait présenté son dossier, on aurait pu imaginer avoir des investissements en infrastructures qui auraient été au-delà. »

 

Décision en février

Dans un échange de courriels avec #ONfr, le Comité international des Jeux de la Francophonie dit regretter cette décision.

« Les conséquences de cette décision seront examinées par les États et gouvernements membres du Conseil d’orientation du Comité international de Jeux de la Francophonie qui se réunira à Paris les 14 et 15 février 2019 », ajoute le directeur par intérim Thomas Gil.

Cet article a été mis à jour le mercredi 30 janvier, à 14h44.

 


POUR EN SAVOIR PLUS :

Les Jeux de la Francophonie à Moncton-Dieppe compromis

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