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Jill Dunlop, le bon pompier pour éteindre l’incendie du postsecondaire ?

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – La nomination de Jill Dunlop au ministère des Collèges et Universités suscite l’espoir chez les Franco-Ontariens déçus de l’attentisme de Ross Romano dans la crise universitaire qui frappe le Nord ontarien. Mais la nouvelle patronne du postsecondaire aura-t-elle vraiment une marge de manœuvre plus grande que celle de son prédécesseur ?

La députée de Simcoe Nord avance vent dans le dos dans ses nouveaux habits de ministre, précédée de l’ombre de son père, Garfield Dunlop, francophile reconnu. Sa cote de popularité chez les francophones est au plus haut, d’autant qu’une première aide aux étudiants affectés par les coupures de programmes à l’Université Laurentienne est attendue dans les jours à venir, sous forme de prime pouvant aller jusqu’à 4 000 $.

« Ça va amener un vent de fraicheur au dossier », est persuadé Carol Jolin, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) qui veut désormais que les choses « bougent rapidement » et entend capitaliser sur la « bonne relation » que son organisation entretient avec Mme Dunlop et, avant elle, son père, un homme qui « connaît nos défis ». Il escompte que le ministère accélère le processus de transformation de l’Université de Sudbury en une institution « par et pour » les francophones, grâce notamment au rapatriement des programmes de La Laurentienne.

De son côté, Denis Constantineau voit aussi d’un bon œil l’apport de la ministre Dunlop, une députée « sensible aux enjeux francophones » dans sa circonscription incluant la région de Penetanguishene. Mais l’optimisme du porte-parole de la Coalition nord-ontarienne pour une université francophone est tout relatif.

« C’est une bonne nouvelle à ce niveau là, mais la réalité est que les fonctionnaires n’ont pas changé. Au ministère, il y a déjà des partis pris et des positions qui se sont installées. Une nouvelle ministre peut mettre son tampon sur un ministère, mais il y a quand même toute une infrastructure derrière elle en place qui veut protéger le statu quo à La Laurentienne. » 

Le politologue de Hamilton Peter Graefe. Source : Université McMaster

Il sera tout de même difficile de faire pire que le ministre déchu Romano, recyclé au ministère des Services gouvernementaux et des Services aux consommateurs. C’est en substance la lecture que fait Peter Graefe.

« Il y a une mince lueur d’espoir pour les Franco-Ontariens dans le sens où Romano n’a pas démontré beaucoup d’intérêt à faire quelque chose pour le postsecondaire en français », décrypte le politologue de l’Université McMaster. « Sans doute, pour les acteurs du milieu postsecondaire, ça démontre qu’il y a maintenant quelqu’un avec un intérêt plus grand pour gérer ce dossier complexe. »

La mise à l’écart de M. Romano apparaît, selon M. Graefe, comme une prise de conscience du premier ministre, « une indication au sein du gouvernement que M. Romano n’a pas bien géré ses dossiers et qu’il a manqué de proactivité ».

Le politologue de Hamilton n’imagine cependant pas un retournement radical d’approche, car le premier ministre Doug Ford n’a pas changé sa politique. « Je ne vois pas de grands changements de cap concernant les universités Laurentienne et de Sudbury. Les coupures restent en place. Mme Dunlop pourrait faire de petits changements à la marge ou aider certains plans de relance. »

Les prochaines semaines décisives

La gestion de crise de la Laurentienne a clairement mis en exergue la passivité de Ross Romano, fait remarquer Geneviève Tellier. « Dans ce dossier, c’était Romano le problème. Le message de Ford (à ses ministres) est clair : si vous ne faites pas votre travail, on va vous montrer la porte. »

Il fallait donc un changement, mais il reste à Mme Dunlop à faire ses preuves, insiste la politologue de l’Université d’Ottawa. « Elle vient d’une famille francophile, ce qui n’est pas négligeable, mais reste à voir quelle vision de la francophonie, régionale ou provinciale, elle a. »

Jill Dunlop, ministre des Collèges et Universités. Source : compte Twitter Jill Dunlop

« Pour M. Ford, c’est tout à fait normal qu’une université fasse faillite » – Geneviève Tellier, politologue

L’autre bémol de Mme Tellier se situe plus haut dans le gouvernement progressiste-conservateur : « Doug Ford ne veut pas trop reculer pour pas mal paraître et, en même temps faire quelque chose pour la francophonie. Mme Dunlop pourrait amener de nouvelles bases et amener son coup d’œil, mais n’oublions pas que, pour M. Ford, c’est tout à fait normal qu’une université fasse faillite. On est encore dans ce mode de réflexion là. Donc peut-être que ça ne changera pas grand-chose, surtout dans une année difficile où on demande aux universités d’investir dans les cours en ligne et l’enseignement bimodal. Ça va coûter des sous. »

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario rappelle que le temps presse. « On aimerait voir quelque chose pour septembre 2021-2022 pour que les étudiants puissent aller étudier à l’Université de Sudbury », prône le président Carol Jolin, qui espère rencontrer rapidement les ministres Mulroney et Dunlop pour présenter un plan d’affaires en voie d’être finalisé.

« Ç’a été impossible d’avoir une rencontre avec M. Romano » lorsqu’il était en charge du dossier, ajoute M. Constantineau. « Si on peut avoir une rencontre avec Mme Dunlop, c’est déjà une amélioration. »

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin. Archives ONFR+

« Tant que le général sera là », soupire l’opposition

Quant à l’opposition officielle, elle tire à boulets rouges sur l’ancienne ministre associée déléguée au dossier de l’Enfance et à la Condition féminine. « Dunlop ne fera pas mieux que Romano. Tant que le général (le premier ministre) sera là, ça ne fera pas partie des priorités du gouvernement », tance Guy Bourgouin, porte-parole du NPD aux affaires francophones.

« Au point où on en est, il faut un changement de gouvernement. Quand vient un problème en français, on se cache derrière les procédures juridiques comme la LACC » (Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, sous laquelle l’Université Laurentienne a été placée). « S’ils (le gouvernement) étaient sérieux ils auraient déjà mis l’investissement pour qu’on ait une institution par et pour les francophones à Sudbury. »

Sollicité par ONFR+, le bureau de la ministre des Collèges et Universités n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.

Avec la collaboration de Pascal Vachon.

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