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Journée internationale des droits des femmes : cinq Franco-Ontariennes se confient

Temps de lecture : 6 minutes

Dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, ONFR+ a donné la parole à cinq femmes issues de différents milieux professionnels pour expliquer l’importance qu’elles accordent au mouvement des droits des femmes et la signification de cette journée.

Darine BenAmara. « Une journée pour faire une pause et engager des débats »

Darine BenAmara est une entrepreneure et stratège de marque avec son entreprise The Smart Woman qu’elle a créée il y a trois ans. Pour elle, la Journée internationale des droits des femmes est un moment de réflexion et d’avoir des conversations avec d’autres femmes sur les réalités dans le monde entrepreneurial.

« C’est une journée pour faire une pause et engager des débats qu’on n’a pas le temps de faire tout au long de l’année. Être en affaires et entrepreneure, ce n’est pas du 9 à 5, c’est du 12 à 15 heures par jour alors on est assez occupé. C’est une journée pour échanger avec d’autres femmes et prendre du recul sur ce que tu vis ou ce que l’on vit. La Journée des droits des femmes, c’est aussi un moyen de se dire qu’on est pas seul à vivre avec certaines difficultés. »

L’entrepreneure Darine BenAmara. Gracieusté

Avec la pandémie, les femmes ont été parmi les plus touchées, notamment par le fait qu’elles occupent des emplois plus précaires. Pour Mme BenAmara, la COVID-19 met à risque les avancées qui ont été réalisées dans les dernières années.

« Il faut soutenir les entreprises pour qu’elles mettent en place des mesures pour soutenir les femmes. Par exemple, exiger que les grandes entreprises ou ceux ayant un certain nombre d’employés aient des garderies sur place ou donnent plus de flexibilité au travail des femmes. On peut aussi offrir plus d’encadrements dans l’espace professionnel. On a besoin de renforcer cet espace-là pour qu’on puisse parler de progrès réels.

Julie Potvin. « Encore défavorisée par rapport aux promitons et augmentation de salaire »

Julie Potvin est la vice-présidente de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario et du Regroupement des gens d’affaires de la Capitale nationale (RGA). Le monde des affaires n’est plus un secret pour elle.

« Je me rappelle quand j’étais jeune et que je débutais, je ne me voyais pas comme une femme dans le milieu du travail, mais comme une personne d’affaires dans le milieu, mais une fois que j’ai eu une famille, j’ai vu plus les lacunes et je voyais que j’avançais moins vite par rapport à mes collègues masculins… Les femmes ont vraiment une particularité où on est défavorisées par rapport aux promotions ou les augmentations de salaire simplement par le fait qu’on a des enfants et une famille. »

La vice-présidente du RGA, Julie Potvin. Gracieuseté

Mme Potvin est chef d’équipe chez Mercer Canada, une entreprise internationale en consultations dans divers domaines comme celui de la santé. Pour elle, la Journée du 8 mars lui rappelle le combat des femmes dans le monde des affaires.

« Il y a encore une minorité de femmes dans la haute gestion des entreprises au Canada et au niveau mondial. Il y a encore du travail à faire surtout au Canada. Quand on se compare au reste de la planète, on passe de 28 % à 54 % pour les femmes dans des conseils d’administration. (…) C’est 365 jours par année, par contre, le 8 mars sert à se rappeler combien de chemins on a fait. Il faut se rappeler tout le travail qui a été fait, c’est un moment pour prendre une pause et du recul. »

Catia Céméus. « Pour les femmes noires, une double lutte »

Catia Céméus est la présidente du Regroupement Affaires Femmes (RAF) situé à Ottawa qui représente les femmes noires francophones et francophiles du Canada.

« Pour les femmes noires, c’est vraiment comme une double lutte, on a le mois de février avec le mois de l’histoire des noirs et ensuite la Journée des droits des femmes en mars. C’est une période où l’on commémore beaucoup de choses, mais aussi pour se rappeler que les femmes noires, c’est souvent des personnes qui sont les moins bien payées et qu’on ne leur donne pas beaucoup de place dans la sphère publique et médiatique. »

Catia Céméus, présidente du RAF. Gracieusté

Pour cette dernière, le mouvement féminisme gagnerait à être plus inclusif.

« Quand on parle de féminisme, c’est très homogène et la pandémie ainsi que la dernière année qu’on vient de vivre, nous a rappelé que des femmes noires portent beaucoup sur leur dos. Elles sont souvent aux premières loges, elles sont infirmières, préposés aux bénéficiaires, beaucoup qui sont monoparentales. Ça fait beaucoup à porter sur notre dos et ça serait bien que ça soit plus inclusif et qu’on célèbre ce que toutes ces femmes noires font pour la société. C’est malheureux qu’il ait fallu une pandémie pour le voir. »

Avec les défis et les mouvements sociaux que 2020 a apportés, Catia Céméus croit que la force de caractère des femmes noires n’aura jamais paru aussi forte.

« Les femmes noires sont super résilientes et celles issues de la francophonie hors Québec sont une triple minorité. Des fois, on ne reconnaît pas leurs études, et c’est beaucoup de travail et de choses à porter sur leur dos. »

Anne Levesque. « Penser à ce que les pionnières ont fait dans les coulisses »

Anne Levesque est avocate et professeure de droit à l’Université d’Ottawa en plus de faire partie de L’Association nationale des Femmes et Droit, trois rôles qu’elle dédie au combat des femmes du passé.

« Je pense souvent à ma mère, à ma grand-mère et aux autres femmes qui sont passées avant moi et qui n’ont pas eu les mêmes chances, mais qui ont tellement joué un rôle par rapport à la transmission de la langue française. Je suis fière de continuer ce travail que ces femmes et de penser que ces pionnières ont fait dans les coulisses sans obtenir le crédit. »

L’avocate Anne Levesque. Gracieusté

Selon des chiffres de 2017 près de 43 % des avocats ontariens étaient des femmes. Pour Mme Levesque, le 8 mars est le symbole d’une lutte du passé, mais aussi des générations actuelles et futures.

« C’est une journée pour prendre un recul et se poser des questions et célébrer les victoires et les avancements, mais aussi quels sont les luttes continues et obstacles à surmonter ? Je pense aussi aux femmes qui ne sont pas dans ma situation et qui sont à risque face à différentes formes de discriminations, notamment aux femmes autochtones et celles qui sont des réfugiées. »

Florence Ngenzebuhoro. « L’égalité n’est pas encore acquise »

Pour la directrice générale du Centre communautaire du Grand Toronto, son combat constant pour la francophonie s’ajoute à celui des femmes du monde entier.

« Je suis fière de pouvoir accomplir de grandes choses et contribuer aux droits des francophones en Ontario et au Canada et de prouver au monde que les femmes francophones peuvent aussi contribuer énormément au développement de la société. »

Florence Ngenzebuhoro, la directrice générale du Centre Francophone du Grand Toronto. Gracieusté

Pour Mme Ngenzebuhoro, le 8 mars est une journée de commémoration, mais aussi un rappel des combats des derniers siècles.

« C’est un rappel à l’humanité qu’il y a encore du chemin à faire et que nous devons continuer à éliminer les barrières qui en trait à l’égalité des hommes et des femmes. Pour moi, toutes les journées sont des journées de la femme, mais ça permet de rappeler à certains que l’égalité n’est pas encore acquise, je suppose. »

Elle souligne d’ailleurs que son désir d’aider les femmes de la communauté francophonie torontoise lui vient de souvenirs d’enfance.

« Ça me rappelle ma mère qui était une femme traditionnelle, mais qui tenait la maison et une femme africaine et féministe qui ne savait pas qu’elle était féministe. Elle m’a appris moi-même à croire en moi et mes capacités. Ça me rappelle moi et aussi d’autres femmes battantes qui essayons d’améliorer les conditions de vie des femmes partout où elles sont. »

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