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Kanata-Carleton : lutte au féminin et francophonie écornée

Temps de lecture : 5 minutes

OTTAWA – Rares sont les circonscriptions où les candidats d’au moins quatre des principaux partis sont des femmes. C’est pourtant le cas à Kanata-Carleton en vue des élections du 21 octobre prochain. La libérale Karen McCrimmon tentera de conserver son siège dans une circonscription créée il y a quatre ans.

LE CONTEXTE

La circonscription s’est bâtie sur les restes d’une ancienne forteresse conservatrice : celle de Carleton-Mississippi Mills.

Avant son entrée à la Chambre des communes en 2015, Karen McCrimmon n’était pas une inconnue. Première femme à devenir navigatrice aérienne et aussi la première à commander un escadron de la force aérienne, elle a aussi servi au quartier général de l’OTAN en Allemagne et a été en mission en Afghanistan, dans les Balkans et pendant la première guerre du Golfe.

De son côté, la conservatrice Justina McCaffrey a fait fortune comme conceptrice… de robes de mariée. Ses robes et sa griffe sont vendues de par le monde. Mais c’est maintenant en politique qu’elle compte faire sa marque.

Les néo-démocrates de leur côté seront représentés par Melissa Coenraad. Elle travaille à l’Hôpital d’Ottawa à titre de technicienne en microbiologie médicale depuis 15 ans. Mme Coenraad  est aussi présidente de son syndicat, lequel représente 800 membres répartis dans 16 hôpitaux.

Quant au Parti vert, ils placent leur confiance dans les mains de Jennifer Purdy, une ancienne des Forces armées canadiennes devenue médecin de famille.

Le Parti populaire du Canada sera représenté quant à lui par Scott Miller, un ingénieur, le seul qui n’a pas répondu à notre questionnaire.

ENJEUX

Dans un quartier d’Ottawa marqué par l’éloignement avec le centre-ville, le prolongement du train léger occupe naturellement une grande place dans la campagne. Sur le plan local, Mme McCrimmon affirme avoir déjà obtenu des fonds fédéraux pour effectuer l’évaluation environnementale nécessaire à l’extension du train vers Kanata.

« J’ai l’intention de continuer à appuyer ce projet. »

Sa rivale du Parti vert, Jennifer Purdy, met aussi en avant l’extension du train léger dans ses priorités.

« Pour moi, une partie de la solution à la crise climatique consiste à acheminer le TLR [le train léger sur rail] à Kanata le plus tôt possible », explique-t-elle.

Pour sa part, la candidate conservatrice Justina McCaffrey est celle qui tient les discours les plus vindicatifs contre le gouvernement de Justin Trudeau.

« Les attaques du gouvernement libéral contre les propriétaires de petites entreprises comme moi m’ont incitée à m’impliquer et à me présenter comme candidate conservatrice dans Kanata-Carleton », nous écrit-elle.

« Je travaillerai pour tasser le gouvernement afin que le secteur privé – particulièrement le secteur renommé de la haute technologie à Kanata – puisse créer plus d’emplois payants pour les Canadiens qui travaillent fort. Et je travaillerai pour les communautés rurales dans Kanata-Carleton et pour m’assurer qu’ils ont une voix au chapitre-là où se prennent les décisions. »

La candidate néo-démocrate Melisssa Coenhaad et son chef Jagmeet Singh. Source : Facebook

La néo-démocrate Mélissa Coenraad promet de son côté plus pour le logement abordable. Elle défend, par ailleurs, le régime national d’assurance-médicaments souhaité par son chef Jagmeet Singh.

« Le régime d’assurance-médicaments empêchera également de nombreux patients d’être hospitalisés et permettra aux hôpitaux de mettre fin à la médecine de couloirs et aux Canadiens d’être en bonne santé et de s’épanouir à Kanata-Carleton. »

La francophonie vue par les candidats

Assez paradoxalement, la circonscription de Kanata-Carleton, dotée d’environ 9 % de Franco-Ontariens, a vu le thème de la francophonie s’inviter dans la campagne. La raison : les propos de la conservatrice Justina McCaffrey, critiquant Justin Trudeau pour sa dévotion envers les Québécois et la culture francophone, dans un média anglophone. Elle s’en était excusée par la suite.

On accuse aussi Mme McCaffrey de proximité avec la controversée Faith Goldy, une commentatrice politique torontoise bannie de Facebook, il y a quelques mois, pour incitation à la haine. Elles seraient de proches amies.

À noter que la conservatrice a été la seule à répondre en français au questionnaire envoyé par ONFR+ aux différents candidats.

La candidate conservatrice, Justina McCaffrey. Source : Facebook

Quid des libéraux ? Si la députée McCrimmon s’en remet plutôt au programme libéral en matière de langues officielles, elle écrit dans notre questionnaire : « Nous nous sommes également joints à nos électeurs francophones de l’Ontario pour nous opposer vigoureusement aux compressions effectuées par le gouvernement Ford dans les services en français et ces efforts ont porté fruit. »

Et de poursuivre : « Je ne suis pas entièrement bilingue, mais je fais toujours un effort.  Je prends des cours de français depuis plusieurs années maintenant et c’est quelque chose que je vais continuer à travailler, car c’est important pour moi. »

L’Université de l’Ontario français est aussi citée par la candidate verte Jennifer Purdy « J’appuie le plan d’avoir une université francophone ici en Ontario » répond-elle sur notre questionnaire.

Quant à la néo-démocrate Melissa Coenraad, elle affirme sa sensibilité au français, bien qu’elle ne maîtrise pas cette langue.

« Je sais que l’accès à l’éducation bilingue pour les enfants est quelque chose que la communauté francophone veut assurer à Kanata-Carleton. Le fait d’avoir des services fédéraux et provinciaux dans les deux langues officielles a également été soulevé comme une préoccupation. »

LES PRINCIPAUX CANDIDATS

Karen McCrimmon, Parti libéral du Canada

Justina McCaffrey , Parti conservateur du Canada

Melissa Coenraad, Nouveau Parti démocratique

Jennifer Purdy, Parti vert du Canada

Scott Miller, Parti populaire du Canada


LA CIRCONSCRIPTION EN BREF

Nom : Kanata-Carleton

Population (2016) : 110 960

Électeurs inscrits : 80 433

Revenu médian des ménages : 59 742 $

Proportion de francophones (selon la première langue officielle parlée, déclarée au recensement de 2016) : 8,68 %

Députée sortante : Karen McCrimmon, Parti libéral du Canada, depuis 2015

*Le candidat du Parti populaire du Canada n’a pas répondu à notre questionnaire.

Article écrit avec la collaboration de Jacques-Normand Sauvé

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