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La culture absente de la campagne électorale : une situation qui exaspère

Temps de lecture : 4 minutes

Totalement éclipsée de ce début de campagne, la culture ne parvient pas à émerger comme un des enjeux électoraux. Le secteur a pourtant durement souffert ces deux dernières années à cause des restrictions sanitaires qui ont conduit à la fermeture de salles de spectacle, de cinémas et à l’annulation massive de festivals. Le milieu culturel francophone veut aussi faire entendre ses revendications après un premier mandat difficile marqué par des compressions.

Le premier mandat du premier ministre Doug Ford n’a pas été le plus harmonieux en ce qui concerne les relations entre le gouvernement ontarien et le secteur culturel francophone. Les coupures au Conseil des arts de l’Ontario ainsi que dans les universités francophones, en plus de l’annulation de la subvention exceptionnelle pour éponger la dette de la Nouvelle Scène Gilles-Desjardins, ne trouvent pas beaucoup de partisans au sein des organismes affectés.

« Nous tirons un bilan somme toute insatisfaisant du gouvernement conservateur. Dès son entrée au pouvoir, Doug Ford a foncièrement diminué les budgets pour les arts et la culture puis pour les francophones. Je ne pense pas que ce soit la personne la plus partisane de notre secteur d’activité », lance Thomas Kriner, directeur général de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM), en entrevue avec ONFR+.

« Ça a vraiment été quatre ans de crise » – Joël Beddows

De son côté, le professeur au conservatoire de théâtre de l’Université d’Ottawa, Joël Beddows, considère que le milieu artistique doit tirer des leçons du mandat progressiste-conservateur. « Ça a vraiment été quatre ans de crise (…) Toutes les crises qu’on a vécu en début de mandat de M. Ford nous ont fait comprendre que c’est important d’être en contact avec tous les partis politiques », raconte-t-il en donnant l’exemple d’Amanda Simard qui était une alliée inconnue des francophones et des artistes.

Priorité au Conseil des arts

Lors de son début de mandat, le premier ministre Doug Ford a exigé des compressions de 30 millions de dollars au Conseil des arts de l’Ontario. Durant la pandémie de COVID-19, le gouvernement a réinjecté environ 25 millions dans la culture. Cependant, les fonds ont été redistribués à 25 organismes culturels avec une activité de plus d’un million de dollars, explique Denis Bertrand, coordonnateur de l’alliance culturelle de l’Ontario. De ce nombre, seulement quatre d’entre eux étaient francophones.

« C’est conséquent avec la ligne de pensée des conservateurs qui ont toujours valorisé la culture de prestige comme le balai ou l’opéra », pense Joël Beddows.

Joël Beddows, professeur. Crédit image : Maude Chauvin

Alors que la pandémie a causé une importante perte d’emplois dans le milieu culturel, de nombreux professionnels se sont réorientés durant cette période. Denis Bertrand explique que ceux qui sont restés malgré tout ont maintenant des exigences plus prononcées en termes de salaire et de conditions de travail.

« Les conditions de travail demandées par les candidats du milieu sont le plus gros défi. Ainsi, nous avons demandé une bonification du budget du Conseil des arts de l’Ontario », raconte M. Bertrand. « Le milieu est aux prises avec les mêmes défis que tous les secteurs de la province. De nombreux secteurs ont obtenu une aide supplémentaire, mais ça n’a pas vraiment été le cas dans la culture. »

Se faire entendre sur l’idée d’un revenu minimum

La culture ne défraie pas particulièrement les manchettes en ce début de campagne électorale regrette plusieurs observateurs. « C’est sûr qu’en temps de pandémie et de guerre, je ne sais pas si c’est la priorité majeure de la population », concède M. Kriner.

De plus, les endroits où les besoins en culture sont les plus criants ne sont généralement pas situés dans un district électoral facilitant le dialogue. « La condition des salles de spectacle à Toronto est déplorable et il n’existe aucun fond provincial défié aux infrastructures », déplore Joël Beddows. « Cela s’explique en partie par la situation démographique de Toronto qui a beaucoup de petites circonscriptions. Allez voir un politicien pour lui demander qu’il appuie votre projet ! À moins que ce soit dans sa circonscription, il n’a pas intérêt à le faire. »

Denis Bertrand, coordonnateur de l’alliance culturelle de l’Ontario. Gracieuseté

Afin de rejoindre les différents partis politiques, l’Alliance culturelle de l’Ontario leur a fait parvenir une note d’information lors de leurs consultations budgétaires avec les différentes idées pour aider le secteur. En plus du Conseil des arts, le secteur artistique apprécierait une forme de revenu minimum pour les professionnels du divertissement.

Durant les élections, les artistes entendent bien passer le mot à leur public d’aller discuter avec les candidats de leur parti respectif. Alors qu’il se trouve des Franco-Ontariens pour voter pour tous les partis disponibles, il peut y avoir un consensus par rapport à l’importance de la préservation de leur identité et de leur culture. « Peu importe votre affinité idéologique, posez la question à votre candidat “Que pense faire ton parti pour la culture ?” », demande Joël Beddows.

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