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La Fondation Sylvenie Lindor en danger, un exemple parmi tant d’organismes

Temps de lecture : 3 minutes

TORONTO – Dédiée aux jeunes noirs franco-torontois, la Fondation Sylvenie Lindor n’a plus d’argent. Son président Amikley Fontaine n’écarte pas l’idée d’une fin définitive des activités. Une situation que vivraient beaucoup d’organismes franco-ontariens confrontés à la COVID-19.

« Nous avions des activités prévues pour décembre, janvier et février, mais présentement, nous ne pouvons pas les faire. Financièrement, on est à sec », tranche le président dont l’organisme a été lancé en 2011.

Et pour cause, la Fondation n’a pas reçu de financement de Patrimoine canadien, son principal bailleur de fonds, en 2020. L’absence de cette somme, laquelle devait émaner du Programme d’action et de lutte contre le racisme, M. Fontaine la comprend mal.

« Ces financements sont cruciaux pendant la période de la pandémie, notamment pour les jeunes Noirs qui sont isolés, et en proie à des problèmes de santé mentale. Nous faisons beaucoup d’activités contre le racisme anti-noir. Par ailleurs, le nombre des itinérants augmente chaque jour à Toronto, et l’écart se creuse entre les riches et les pauvres. »

Le travail de l’organisme se concentre sur les formations et les programmes qui favorisent l’intégration économique et le bien-être des jeunes Noirs, notamment à travers le soccer et des activités culturelles.

La Fondation travaille aussi en partenariat avec Toronto Youth Action for Change pour des activités d’entrepreneuriat et de leadership, avec à la clé des conférences et des ateliers avec des mentors.

Une enveloppe de 70 000 $ obtenue par Patrimoine canadien, l’an passé, pour une période allant jusqu’à juillet 2020 concernait directement ce programme.

Sauf que l’organisme ne roule pas sur l’or. Autant dire qu’une enveloppe gouvernementale manquante peut tout déstabiliser.

« Nous n’avons pas de bureau, nous fonctionnons essentiellement avec des bénévoles. Cette somme est très importante pour payer des frais d’équipement personnels, et assurer la tenue des activités. Pour 2021, l’un de nos projets est justement l’achat d’une fourgonnette. »

Et d’enfoncer le clou. « La philanthropie canadienne exclut les Canadiens noirs en matière de financement. »

Le militant torontois Amikley Fontaine. Gracieuseté

Jean-Marie Vianney, militant noir en Ontario, se trouvait aux premières loges lors de la mise sur pied de la Fondation Sylvenie Lindor.

« Cette décision n’est pas compréhensible. Ça vient au mauvais moment et la mauvaise année. »

« Il y a pour moi une vraie difficulté au niveau du financement pour les Noirs dans l’obtention de fonds. L’impact est considérable, surtout à Toronto où l’on va avoir l’Université de l’Ontario français, et où l’on a besoin d’une cohabitation et d’une collaboration. »

Le militant plaide pour « un autre cadre de fonctionnement », basé sur un financement plus régulier, lequel ne conditionnerait pas les organismes à multiplier chaque année des demandes de financement laborieuses.

M. Vianney met en doute le système de financement pour les organismes racisés.

« L’argent est moins distribué aux groupes vulnérables que les autres. J’ai l’impression que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) distribue moins d’argent à ces groupes vulnérables. »

10 % d’organismes franco-ontariens en difficulté

Contacté par ONFR+, le directeur général de l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens, Peter Hominuk, dément cette affirmation.

« C’est le gouvernement qui gère la distribution lui-même des fonds. Dans les programmes administrés par l’AFO, nous financions ceux consacrés aux minorités raciales et ethnoculturelles francophones. »

D’une manière plus large, le responsable affirme que l’épidémie de coronavirus menace 10 % des organismes franco-ontariens.

Une donnée à demi-rassurante, quand on sait qu’un premier coup de sonde, mené par l’AFO au printemps, portait ce chiffre au tiers des organismes.

« J’invite les organismes à communiquer avec l’AFO, pour voir si on peut aider. C’est important qu’ils nous informent s’ils sont en difficulté, car autrement, on ne peut pas le savoir. »

Le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk. Crédit image : Stéphane Bédard

Impossible de connaître les noms de ces groupes en difficulté, ni de savoir si la Fondation Sylvenie Lindor a fait appel aux services de l’AFO. M. Hominuk préfère garder les informations confidentielles.

Mais l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens entrevoit une lueur d’espoir.

« Nous (l’AFO) travaillons avec le ministère des Affaires francophones pour venir en aide aux organismes, par l’intermédiaire du Fonds de secours pour les organismes francophones sans but lucratif suite à la COVID-19 lequel allouera un million de dollars pour beaucoup d’organismes, cette année. Il y aura, par ailleurs, une enveloppe d’un million de nouveau, l’année prochaine. »

À noter que Patrimoine canadien n’avait pas répondu à notre demande d’entrevue, au moment de mettre ces informations sous presse.

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