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La pandémie : une situation « difficile » pour les refuges

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Pour la première fois, et ce en raison de la COVID-19, les refuges d’hébergement d’urgence ont dû faire respecter une distanciation physique. Deux refuges ontariens nous disent comment les derniers mois de la pandémie se sont passés dans leur environnement, normalement habitué à une vie de proximité.

« C’était difficile et même quasiment impossible » lance d’emblée la porte-parole du refuge ottavien, Les Bergers de l’Espoir, Caroline Cox, sur le fait d’imposer les mesures sanitaires à sa clientèle itinérante.

Situé à proximité du centre-ville, le centre qui accueille en temps normal près de 300 visiteurs a dû réduire son nombre à 250 pour respecter les règles en plus de réduire l’accès à certains endroits de son bâtiment.

« Notre cuisine accueille normalement 300 personnes et avec les mesures de distanciation, on a dû réduire ce nombre à 35 », donne en exemple Mme Cox.

En plus de devoir respecter ces mesures, les refuges ont dû augmenter leur service de nettoyage et se procurer de l’équipement comme des masques et des gants.

« De la fin mars à début avril, il a été très difficile d’obtenir des masques. Au début, on avait un petit inventaire à l’interne qui a disparu en l’espace d’une semaine et on a manqué des masques pendant près de deux semaines, le temps de les commander », avoue Jeanne Françoise Mouè, la directrice de La Maison, un refuge torontois pour femmes fuyant des situations de violences conjugale et familiale.

Seul refuge francophone à Toronto, La Maison a décidé d’empêcher ses visiteurs de quitter le centre, sauf pour des urgences.

« Avant la pandémie, quand les femmes demandaient l’hébergement, on les accueillait. Mais par la suite, se sont ajoutées les mesures sanitaires pour s’assurer qu’autant le personnel que les résidents gardent la santé. Alors, c’est cette gestion qui s’est ajoutée comme le port de masque, le nettoyage et la désinfection dans un milieu avec des adultes et des enfants en va-et-vient. On doit désinfecter constamment, constamment et constamment » souligne Mme Mouè.

La directrice générale de La Maison de Toronto, Jeanne Françoise Mouè. Archives ONFR+

Une opportunité pour les logements abordables

À Ottawa, pour promouvoir la distanciation sociale et désengorger les refuges, l’administration de la capitale nationale a dû utiliser des logements de la région pour loger les sans-abris, ce qui a eu en quelque sorte un impact positif.

« On a vraiment vu à travers la pandémie que quand notre clientèle possède un logement stable, on peut mieux gérer leurs mauvaises journées et leur santé mentale. Tandis que quand ils sont dans un refuge, c’est beaucoup plus difficile », soutient Mme Cox.

Le professeur Tim Aubry de l’Université d’Ottawa voit même la pandémie comme une occasion à saisir pour la ville d’Ottawa.

« On peut résoudre l’itinérance. Si on leur (les sans-abris) amènent un supplément de loyer avec un support assez intensif, la plupart – soit entre 80 et 90 % – sortent de l’itinérance, et ce pour de bon. (…) On voit avec la COVID-19 que ça ne marche pas d’avoir 1 800 personnes par année à Ottawa qui sont dans des refuges », souligne l’expert en itinérance.

Ce dernier pense que la ville de près d’un million d’habitants pourrait bénéficier de la possible absence physique d’étudiants à l’Université d’Ottawa, en raison des cours en ligne, pour augmenter l’offre de logements abordables.

« Les loyers que les étudiants louent sont les mêmes qu’on utilise pour les logements abordables. Il y a une opportunité pour la ville et les organismes communautaires d’aller chercher ces loyers et de sortir des gens de l’itinérance. »

Hausse des coûts

Les refuges craignent les décisions qu’ils auront à prendre avec la hausse des coûts liés à la pandémie. Par exemple, l’organisme Les Bergers de l’Espoir a dû tripler son nombre d’employés pour le nettoyage, en plus de changer la façon de produire la nourriture, car elle doit être faite sous un format « prêt à manger ».

Deux alternatives qui ont augmenté les coûts du centre ottavien.

« On a reçu de l’argent de la part du gouvernement et des donations, mais en fin de compte, ce sont de grosses dépenses qu’on n’avait pas prévues dans le budget de cette année », explique la porte-parole du refuge.

Les gouvernements de l’Ontario et du Canada ont déjà annoncé des enveloppes monétaires pour venir en aide aux refuges. Toutefois, l’impact de la communauté n’est pas à négliger, elle qui a été d’une grande aide dans les derniers mois, selon Mme Mouè.

« Avec l’appel aux dons que nous avons lancé dans la communauté, il y a plusieurs individus et compagnies qui nous sont venus en aide avec des dons de gants, de masques et de produits de nettoyage. Toute cette communauté s’est mise ensemble pour lever un peu la pression. »

La crainte d’une deuxième vague, en hiver, fait aussi craindre le pire pour les gens du milieu.

« Quand ça va être plus froid, les gens vont être à l’intérieur de plus en plus et ça va les rendre encore à haut risque », affirme le professeur Aubry. « Surtout qu’on sait qu’une vie dans l’extrême pauvreté fait ajouter 10 à 15 ans. Alors quelqu’un de 50 ans est comparable à quelqu’un entre 60 et 65 ans. »

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