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Toronto critiquée pour sa méconnaissance des dossiers francophones

TORONTO – Alors que le maire de Toronto assure vouloir promouvoir davantage le français dans les communications de la Ville, plusieurs membres du comité consultatif francophone sont en colère de constater l’ignorance de la Ville sur les dossiers de l’Université franco-ontarienne et de la Maison de la francophonie, notamment.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Une présentation de routine d’un fonctionnaire de la Ville de Toronto, Brendan Nolan, a mis en lumière la méconnaissance des autorités municipales au sujet de nombreux dossiers francophones. Une étincelle qui a mis le feu aux poudres, lors de la réunion du comité consultatif, lundi 29 janvier.

«Toronto devait être un partenaire de l’Université franco-ontarienne, mais là, on apprend que l’administration n’est même pas au courant des nouveaux développements!», a lancé avec étonnement René C. Viau, représentant du Centre francophone de Toronto au comité consultatif.

Quelques instants plus tôt, le fonctionnaire de la Ville laissait entendre que les employés municipaux n’étaient pas au courant qu’un projet de loi avait été adopté permettant la naissance du projet universitaire francophone à Toronto. «Il faut réveiller  l’administration! C’est de l’information déjà connue!», a lancé M. Viau.

Léonie Tchatat, représentante de l’organisation La Passerelle I.-D.-E., a renchéri.


«C’est décevant de voir que la Ville de Toronto n’est pas au courant de ce dossier très médiatisé! Ceci nous fait poser des questions sur l’engagement réel de la Ville envers le français. C’est très décevant et inquiétant.» – Léonie Tchatat


«Il n’y a rien qui a été annoncé publiquement. On ne précisait pas l’emplacement de l’université dans les communications de la province», a indiqué un autre fonctionnaire torontois venu à la rescousse. Léonie Tchatat lui a indiqué que Toronto avait bel et bien été choisie comme lieu de naissance de l’établissement universitaire. «C’est bon à savoir», a répondu le représentant de la Ville, qui proposait quelques instants plus tôt que la Ville fasse connaître son intérêt d’accueillir l’institution.

Les déclarations de la Ville sur le dossier de la Maison de la francophonie n’ont rien fait pour arranger les choses. Il semble que les fonctionnaires de Toronto ne savent pas que le projet est maintenant intégré au projet de l’Université franco-ontarienne.

«Les employés de la Ville estiment que le projet est mené par des membres de la communauté et que l’appui de la Ville n’est pas nécessaire pour l’instant», a expliqué Brendan Nolan. Gilles Marchildon a interpellé le fonctionnaire à ce sujet. Il s’est montré surpris de voir que la Ville ne savait pas que le projet s’était transformé au cours des derniers mois.

 

Communications en français

Alors que la Ville de Toronto a été la cible de plusieurs critiques concernant l’absence de français dans ses communications avec les citoyens, le maire John Tory met finalement son poing sur la table. Il demande que le français soit plus présent et que des changements à la politique de communication de la Ville soient menés.

«Le français, comme langue officielle, devrait aussi être une langue dans laquelle le matériel de la Ville est traduit. Je suis fier d’appuyer le comité consultatif francophone de Toronto pour l’inclusion du français dans toutes les communications de la Ville», écrit le maire de Toronto, John Tory, dans une missive à l’intention des membres du comité.

Il a invité le comité à faire le nécessaire pour qu’une analyse soit faite pour déterminer si la place laissée au français est assez grande. «Si ce n’est pas le cas, que des recommandations soient faites au Comité exécutif pour que des changements soient apportés», peut-on lire dans la lettre du maire.

René C.Viau s’est interposé pour exiger davantage.


«C’est assez simple: quand un document public est émis, le français doit être présent. C’est une des deux langues officielles du Canada. Le français a un droit privilégié.» – René C. Viau


Il a obtenu l’appui de la majorité des autres membres du comité.

Comme cela a été le cas à plusieurs reprises par le passé, Norm Kelly a invité les membres communautaires du comité consultatif francophone à respecter les procédures municipales. «Si vous voulez exprimer toute émotion allant de la frustration à la colère, pouvez-vous déposer une motion», a-t-il lancé.

La Ville de Toronto affirme que les changements à la politique linguistique ne constituent pas un recul pour les francophones. Pourtant, depuis 2002 et jusqu’à l’été dernier, le français devait être présent dans les documents de la ville chaque fois qu’une autre langue que l’anglais s’y trouvait. Maintenant? Le français doit être présent seulement si des informations de nature critique sont diffusées, affirme la Ville, soutenant néanmoins que cela ne constitue pas un recul.

Lors des discussions, il a aussi été question du système de contestation des billets de contravention. Auparavant, un juge bilingue provincial rencontrait les plaignants. Dorénavant il s’agit d’un processus municipal qui n’a pas l’obligation de respecter la Loi sur les services en français.

 


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La suppression d’une politique sur le français à Toronto mal accueillie

Le plaidoyer de Norm Kelly pour le français à Toronto 

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.