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L'Alliance française de Toronto. Gracieuseté

L’Alliance française de Toronto fête ses 120 ans

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – Fondé dans la métropole ontarienne en 1902, le centre de l’Alliance française (AF) de Toronto est le plus ancien du Canada et l’un des plus importants au monde.

« Que de chemin parcouru ! », lance son directeur général, Pierre-Emmanuel Jacob, en entrevue avec ONFR+. « C’est un sentiment à la fois de fierté et une vraie pression de continuer d’être à la hauteur de notre réputation et de tout le travail qui a été fait depuis 120 ans. »

Riche de son histoire, l’AF de Toronto a été créée par le professeur Charles Saint-Elme de Champ. « Elle a eu la tâche de former des soldats canadiens qui allaient venir faire la guerre en France. Elle a déménagé quelques fois pour être au 24, Spadina Road, puis commencé par un campus, jusqu’à l’ouverture d’un sixième en virtuel », raconte Jean Grenier Godard, directeur du centre de 2017 à 2021.

Chaque année, 6 000 étudiants canadiens y apprennent la langue de Molière sur ses campus de Spadina, Mississauga, Oakville, North York et Markham. « Certains viennent parce qu’ils voient la nécessité professionnelle de parler français. Pour d’autres, le français est une langue de culture qu’ils souhaitent la partager », affirme M. Jacob.

Pierre-Emmanuel Jacob, directeur général de l’Alliance française de Toronto. Gracieuseté

Fondée à Paris en 1883 par de grandes figures françaises de l’époque, Jules Verne et Louis Pasteur pour ne citer qu’eux, l’AF dispose de plus de 1 000 centres d’enseignement du français à travers le monde.

« Ce n’est ni la France ni l’Alliance française qui décide de créer un centre mais des personnalités francophones et francophiles locales », explique Pierre-Emmanuel Jacob. « Une fois que le conseil d’administration se met en place, l’association demande la labélisation à l’AF de Paris. C’est un peu ça la magie de ce réseau : ce sont des centres culturels qui sont très ancrés dans le tissu social et culturel des villes dans lesquelles elles sont. »

La traversée de la COVID-19

L’AF a connu de grands défis de restructuration durant la pandémie. Alors que le centre accueillait près de 11 000 étudiants en présentiel, il en a perdu environ 20 % avec le début des événements. C’est à cette occasion que l’AF a lancé son campus virtuel.

« Il a fallu se réinventer », se souvient M. Grenier Godard qui était en fonction au cours de la période. « On a dû reformer les professeurs, revoir nos pratiques pour au final dégager une marge bénéficiaire comme on avait jamais fait auparavant dans la dernière année. »

Claire Pierrel, professeure de français. Gracieuseté

D’un certain point de vue, la pandémie a été un mal pour un bien. L’AF a développé un campus virtuel désormais prisé. « En étant confiné, les gens avaient plus de temps et voulaient apprendre de nouvelles choses dont des langues étrangères. On a pu toucher un public qui se trouvait loin du campus et qui ne pouvait pas prendre des cours en présent », explique Claire Pierrel, professeure de français sur le campus de North York en entrevue avec ONFR+.

Vie et avenir de la francophonie à Toronto

Issus de communautés très diverses, les francophones représentent environ 2,5 % de la population de la métropole canadienne avec un peu plus de 63 000 locuteurs.

Cette réalité démographique fait en sorte que la francophonie à Toronto se fait plutôt discrète et qu’il peut être difficile de pratiquer son talent pour la conversation.

« J’ai beaucoup d’élèves qui me demandent s’il y a des endroits où ils peuvent aller discuter en français ou encore un restaurant pour passer une commande en français », raconte la professeure Claire Pierrel.

« Le français sera ce que les francophones en feront » – Jean Grenier Godard

La situation extrêmement minoritaire du français dans la capitale de l’Ontario fait craindre le pire quant à la pérennité de la langue. « Je suis plutôt pessimiste pour l’avenir du français à Toronto », se désole M. Grenier Godard. « Le français sera ce que les francophones en feront et ce que les anglophones voudront bien nous laisser faire. »

Alors que l’avenir est imprévisible, l’Alliance française de Toronto continue de tenir le fort depuis plus d’un siècle et tiendra des événements culturels en lien avec son 120e anniversaire au cours de l’année. Une exposition de l’artiste Charles Pachter à la galerie du centre prendra fin le 30 avril pour être suivie de celle du photographe français Lo Kee, à partir du 9 mai et jusqu’au 29 du même mois.

Une célébration officielle de l’anniversaire aura lieu dans la seconde moitié de l’année, mais les détails sont encore à confirmer.

La galerie de l’Alliance française de Toronto. Gracieuseté

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