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Les langues officielles : pas juste le rôle d’Ottawa, avertit Québec

Temps de lecture : 4 minutes

Le gouvernement Legault entend continuer à mener la ligne dure concernant la place du français et les langues officielles avec Ottawa, avant et après les élections à l’automne au Québec. Si Québec dit vouloir se garder « une petite gêne » en campagne électorale, le Bloc Québécois aimerait bien que le sujet de la Loi sur les langues officielles revienne à l’approche du scrutin québécois le 3 octobre prochain.

Le Québec s’oppose notamment au fait qu’Ottawa veut imposer, dans certains lieux de travail, la réforme de la Loi sur les langues officielles (C-13) à la place de la Charte de la langue française, réformée par le gouvernement Legault en mars. La ministre des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne Sonia Lebel affirme que la Coalition Avenir Québec (CAQ) ne lâchera pas le morceau auprès du fédéral.

« On va continuer à en parler (de la Loi sur les langues officielles), mais c’est sûr qu’on va se garder une petite gêne pendant la période électorale — nous c’est le 3 octobre — mais je suis convaincue qu’on va avoir l’occasion d’y revenir par la suite », dit-elle en entrevue avec ONFR+ en référence au jour de scrutin.

Le Bloc Québécois, qui s’oppose à ce projet de loi, dit ne pas être contre l’idée que ce choc sur la langue entre Québec et Ottawa résonne en période de scrutin.

« Ça risque d’arriver, on ne demandera peut-être pas la permission », a lâché son chef Yves-François Blanchet avec un sourire en coin jeudi matin lors de son bilan de fin de session parlementaire.

Considérant que c’est la CAQ qui aussi mit de l’avant le projet de loi 96, à quelques mois des élections, cette attention accordée au projet de loi fédéral n’est pas une surprise, croit une politologue.

« C’est certain que de battre le fer identitaire fait partie des outils et des pratiques du gouvernement Legault », explique Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal de Kingston. « Ça fait partie de la stratégie pour mobiliser un électorat québécois qui est soucieux et qui s’inquiète des enjeux identitaires. »

Mais Sonia Lebel dit que la modernisation de la Loi sur les langues officielles ne sera pas abordée « en particulier », mais plus de façon générale.

« L’enjeu de la langue française, on va en parler pendant la campagne électorale, c’est sûr. Pour nous, ça va être une priorité. »

Elle était de passage à Regina en milieu de semaine pour la conférence ministérielle de la francophonie canadienne regroupant les représentants de tous les paliers gouvernementaux du pays. Sonia Lebel et les provinces avaient d’ailleurs un message pour la ministre des Langues officielles.

« On a réitéré à Mme Petitpas Taylor que les langues officielles, ce n’est pas une responsabilité qui appartient uniquement au gouvernement fédéral. Quand on parle de langues officielles, on en parle en éducation, en santé, en matière de justice et ça est tout des compétences de nature provinciale. C’est une responsabilité partagée des différents paliers gouvernementaux », avertit-elle.

La ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor en entrevue avec ONFR+. Crédit image: Stéphane Bédard
La ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Stéphane Bédard

Amendements de Québec

Dans un document envoyé au Comité des langues officielles, le gouvernement Legault propose une dizaine de modifications au projet de loi d’Ottawa. Cette approche était nécessaire juge Sonia Lebel, affirmant ne pas avoir eu de consultation formelle avec le gouvernement Trudeau dans ce dossier.

« Donc on a pris le taureau par les cornes et on a fait valoir notre position. On l’a fait valoir à toutes les étapes, on l’a fait valoir quand il y a eu les consultations, quand le livre blanc est sorti avec les grandes orientations, on l’a fait valoir avec le premier projet de loi et on l’a fait valoir avec le deuxième. Là, c’est simplement une continuité. »

Mais cette démarche avait peut-être une autre signification, analyse Stéphanie Chouinard.

« On tente de faire passer un message à Ottawa, mais les yeux sont tournés vers le scrutin de l’automne à Québec (…) On (le gouvernement du Québec) tente de faire le pari de l’asymétrie sur les questions linguistiques, mais on voit qu’il y a une tension inhérente entre, d’un côté, se faire l’allié des francophones hors Québec, mais d’un autre côté, vouloir protéger la langue française au détriment de la vision des compétences. C’est une tâche qui n’est pas facile de trouver l’équilibre. »

La ministre dit vouloir mettre de l’avant, auprès de la population québécoise, que C-13 sert à protéger la minorité francophone hors Québec tandis que le projet de loi 96 sert d’office dans la Belle Province.

« Pour moi, une francophonie forte au Canada, c’est un gain pour une francophonie forte au Québec. C’est mutuellement bénéfique », ajoute-t-elle.

Elle se défend d’aller dans les plates-bandes d’Ottawa, alors qu’une de ses propositions d’amendements indique que la « minorité anglophone du Québec et les minorités francophones des autres provinces et territoires ont des besoins différents ».

« On parle de langues officielles et de la promotion du français. On n’a pas l’impression d’aller dans ce territoire-là, mais en plus on a une politique d’intervention en matière de francophonie canadienne depuis 2005. Ça fait longtemps que le Québec est présent dans le dossier comme nation et comme gouvernement. »

En mars, le Québec avait annoncé sa nouvelle politique en matière de francophonie canadienne avec près de 80 mesures.

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