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L’avenir du postsecondaire en français se joue aux Territoires du Nord-Ouest

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YELLOWKNIFE – Le Collège nordique francophone, la seule institution postsecondaire francophone au nord du 60e parallèle, souhaite une reconnaissance officielle du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest (TNO). Créé en 2011, l’établissement est actuellement freiné par le manque de ressources financières et humaines.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Nous avons deux écoles francophones et plusieurs étudiants en immersion française. Mais les étudiants ont peu d’options pour étudier, donc la plupart quittent et vont vers le Sud. Si on veut qu’ils restent, il faut leur offrir des options dans le Nord», explique Josée Clermont, directrice générale du Collège nordique francophone. Elle était de passage à Toronto, au cours des derniers jours, pour rencontrer d’autres acteurs du milieu l’éducation francophone.

Josée Clermont, directrice générale du Collège nordique francophone Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier

Les Territoires du Nord-Ouest sont en train de complètement revoir leur système éducatif. Un nouveau cadre législatif doit voir le jour et le Collège nordique espère profiter de ce nouvel environnement.

Dans un document envoyé aux dirigeants du gouvernement territorial, le petit collège dévoile son jeu. «La communauté franco-ténoise n’est pas très connue, même au sein des communautés minoritaires francophones du pays. Peut-être à cause de sa géographie ou de son identité plurielle et nordique, il demeure que le Collège Nordique constitue un espace pour notre communauté pour se définir, célébrer notre nordicité et se réaliser grâce à l’éducation», peut-on lire dans le document obtenu par #ONfr.

 

Cours de français populaire aux TNO

Quelque 10 % de la population des TNO est francophone, ce qui représente un peu plus de 4 000 personnes. 75 % d’entre eux ne sont pas nés dans le territoire. Les cours de français sont populaires, alors que le tiers des étudiants en suivent.

Le Collège nordique francophone est la seule institution postsecondaire francophone au nord du 60e parallèle. Crédit image: Gracieuseté, Collège nordique francophone

Le Collège, qui compte un total de 285 étudiants, souhaite une reconnaissance territoriale pour obtenir un financement stable, tant du territoire que du gouvernement fédéral. Ses dirigeants ont multiplié les rencontres avec des décideurs au cours des derniers mois, employant également une firme de lobbying pour faire passer son message aux élus.

«On est un collège privé, mais nous voulons devenir un collège reconnu par la loi et obtenir du financement. La situation est très particulière aux TNO. Actuellement, il n’y a pas de loi qui régit le postsecondaire. Le gouvernement est en train de mettre en place un cadre législatif pour obtenir une accréditation. On veut être reconnu dans ce système public», explique Josée Clermont. «Nos efforts sont faits pour l’épanouissement de la communauté francophone et sa pérennité», affirme-t-elle.

 

Une première année d’université bilingue?

En plus de son offre de programmes, le Collège nordique veut continuer de s’imposer comme le lieu où obtenir de la formation en français pour les employés du gouvernement, de l’armée, du secteur public ou encore d’autres entreprises, qui pourraient avoir besoin d’employés capables de s’exprimer en français. «Le français est une langue officielle aux TNO. Et on fait beaucoup de formations linguistiques. Et tout ce qui touche aux formations aux services en français passe par chez nous», insiste Josée Clermont.

Elle affirme qu’elle caresse même le rêve d’offrir une première année d’université bilingue. Le Collège nordique a aussi mené un rapprochement avec les communautés autochtones et offre aussi des cours de langues autochtones.

Le Collège nordique a été créé en 2011 par la Fondation Franco-Ténoise. Actuellement, il compte cinq employés à temps plein et plusieurs contractuels. Dans l’éventualité d’une reconnaissance, l’établissement pourrait grandement augmenter son nombre d’employés.

Au moment de publier cet article, le ministère de l’Éducation, de la Culture et de la Formation des TNO n’avait pas répondu à nos questions en lien avec ce dossier. Le ministère l’a fait quelques heures après la publication de cet article. «Nous reconnaissons la valeur d’un partenaire en éducation post secondaire qui offre des programmes en français et nous offrons un financement au Collège pour qu’il puisse poursuivre son offre. C’est une période excitante en matière de post secondaire dans les TNO. Une loi qui va encadrer tout le milieu post secondaire doit être adoptée au courant  de la 18e session parlementaire. L’objectif de cette législation est de créer un processus qui va s’assurer d’une bonne gouvernance et d’une qualité de l’enseignement dans les institutions», a expliqué Jacqueline McKinnon, porte-parole du ministère. «Nos partenaires connaîtront alors le processus pour être officiellement reconnus par le territoire. Cela permettra aussi d’accroître les opportunités pour les citoyens. On s’attend à ce que le Collège nordique francophone, comme les autres partenaires, profitent de cette nouvelle gouvernance plus inclusive et transparente», a-t-elle ajouté.

 

Dernière mise à jour le 14 novembre, à 11h. Il y a eu ajout de la réaction du gouvernement des TNO.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.