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Le 30 septembre en Ontario, férié ou pas ?

Temps de lecture : 4 minutes

Fraîchement rebaptisé Journée nationale de la vérité et de la réconciliation en guise de commémoration de l’histoire et de l’héritage des pensionnats autochtones au Canada, le 30 septembre a été classé jour férié, du moins au niveau fédéral. Sur le plan provincial, c’est une toute autre histoire qu’on pourrait résumer par : chacun fait ce que bon lui semble. De fait, un certain flou persiste en la matière, un flou que le gouvernement Ford espère dissiper en déléguant cette responsabilité décisionnelle aux employeurs.

Allons-nous travailler le 30 septembre ? Plusieurs travailleurs ontariens se sont posés la même question la veille de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Si la question semble triviale, la réponse l’est beaucoup moins.

En effet, si le gouvernement de Justin Trudeau avait décrété en mai dernier que cette journée allait dorénavant être fériée, décision dont le caractère obligatoire ne s’applique qu’aux travailleurs fédéraux et autres employés affiliés au Code canadien du travail, à l’instar des banques, il n’en est rien du côté du gouvernement de Doug Ford.

Le premier ministre ontarien a fait savoir qu’il laissait cette prise de décision au bon vouloir des employeurs.

« Bien que la Journée nationale pour la vérité et la réconciliation ne soit pas un jour férié provincial cette année, les employeurs et les employés peuvent convenir de traiter cette journée comme telle, et certains peuvent être tenus de le faire si elle a été négociée dans des conventions collectives ou des contrats de travail », explique Curtis Lindsay, attachée de presse auprès du ministre ontarien des Affaires autochtones.

Greg Rickford a botté en touche sur cette question, mercredi, en conférence de presse.

Greg Rickford, ministre des Affaires autochtones. Source : YouTube Gouvernement de l’Ontario

« On n’a pas de consensus parmi les leaders autochtones. Si le conseil autochtone décidait avec toutes les autres provinces d’avoir un congé officiel, ce serait possible », a fait savoir le ministre avant d’ajouter : « Est-ce que c’est le congé officiel la meilleure méthode ? C’est une question que doivent trancher les leaders autochtones de cette province. Nous n’avons pas d’accord, mais notre priorité est de suivre leurs conseils. »

Non recevable juge l’opposition

L’opposition officielle dans la province ne l’entend pas de cette oreille et le fait savoir. « Le NPD ferait de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation un congé férié provincial en Ontario, et la chef de l’Opposition officielle, Andrea Horwath, exhorte Doug Ford à mettre en œuvre ce changement dès maintenant, pendant que la douleur dans nos cœurs est encore fraîche », peut-on lire sur leur communiqué.

« Les Ontariens veulent la vérité. Il veulent un jour de réflexion » – Sol Mamakwa

L’unique député ontarien autochtone et porte-parole du NPD dans la province en matière de Relations avec les autochtones et de relations découlant des traités, Sol Mamakwa, va encore plus loin.

« Si l’Ontario et ce gouvernement ne veulent pas reconnaître le génocide des pensionnats autochtones, c’est qu’ils font partie du problème. Mais je ne pense pas que la majorité des Ontariens veuillent être du mauvais côté de l’histoire. Ils veulent la vérité. Il veulent un jour de réflexion », estime l’élu de Kiiwetinoong.

Quant au député néo-démocrate, Guy Bourgouin, il n’y va pas par quatre chemins. « Il faut s’attendre à ce que d’autres annonces morbides sortent dans un futur proche. C’est bien de porter des gilets oranges, mais cela n’a pas de sens quand on voit que le gouvernement n’est même pas capable de déclarer une journée fériée pour les Premières Nations. »

« Vous savez, on parle là de génocide culturel, on a tué leurs langues, on a tué leur culture et aujourd’hui on dit qu’il n’y a pas de raisons suffisantes pour faire de ce 30 septembre une journée fériée en Ontario ! Comment pouvez-vous parler de réconciliation aux autochtones après cela ? C’est un manque de respect flagrant, ni plus ni moins », déplore le député de Mushkegowuk-Baie James.

Stephen Blais, porte-parole libéral aux Relations avec les peuples autochtones et à la réconciliation. Archives ONFR+

Du côté des libéraux, le verbe est plus dilué dans la mesure. Selon le porte-parole libéral aux Relations avec les peuples autochtones et à la réconciliation, Stephen Blais, « c’est important d’avoir cette journée fériée afin de réfléchir, honorer et reconnaître l’impact énorme qu’ont eu les pensionnats sur les générations de familles autochtones au Canada ».

« Le gouvernement fédéral a décrété ce jour férié en réponse à la Commission de vérité et réconciliation. C’est de la responsabilité du gouvernement de M. Ford de faire de même », poursuit-il.

Certes, il est trop tard pour que le premier ministre vire de bord pour 2021, mais tout l’enjeu reste à venir après cette période d’« observation ». « Si on remporte les prochaines élections, vous pouvez être certain que cette journée sera fériée pour tout le monde ici, en Ontario », promet le député d’Orléans.

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