L'AECGS souhaite hisser le drapeau camerounais sur le Pont des Nations en septembre 2026. Photo : Aïssatou Odia Barry/ONFR
Société

Le combat des Camerounais de Sudbury pour hisser leur drapeau sur le Pont des nations

L'AECGS souhaite hisser le drapeau camerounais sur le Pont des Nations en septembre 2026. Photo : Aïssatou Odia Barry/ONFR

SUDBURY – Depuis sa création en 2023, l’Association ethnoculturelle des Camerounais du Grand Sudbury (AECGS) parle de hisser son drapeau sur le Pont des Nations. Cette année, elle se donne l’objectif de concrétiser cette vision. Seulement, avant de procéder, la Ville de Sudbury exige des frais d’installation de drapeaux, un montant de minimum 18 000 dollars. Entre espoir et réalisme, voici comment cette association, âgée de quelques années, compte récolter cette somme, coûte que coûte.

« Quand je suis passé sur le Pont des Nations pour la première fois, j’ai regardé partout, mais je n’ai pas vu le drapeau du Cameroun », dit Boris Keuko Djoumbissie, chargé de la commission de recherche de financement. Ce dernier y est même retourné à pied, pensant que c’était une erreur, qu’il était passé à côté. « Il y avait beaucoup de drapeaux africains. J’ai vu le Nigéria, l’Afrique du Sud, le Sénégal. Je m’attendais à voir le drapeau camerounais, ce qui n’a pas été le cas », ajoute-t-il.

Un malaise partagé par la communauté camerounaise de Sudbury, notamment par les nouveaux arrivants. Dès ses premiers rassemblements, l’AECGS parle de résoudre ce problème et, en 2025, elle dresse un dossier qu’elle surnomme le Projet Pont des Nations 2026. Son but : hisser le drapeau du Cameron d’ici à septembre 2026, en période estivale, et représenter les Camerounais de Sudbury sur leur terre d’accueil.

Boris Keuko Djoumbissie, Christian Pekdjob, et Lionel Ndoumba portent le drapeau du Cameroun sur le Pont des Nations. Photo : Aïssatou Odia Barry/ONFR

Le 29 avril dernier, elle contacte la ville pour obtenir les critères d’éligibilité. Quelques jours plus tard, les services des parcs et loisirs répondent, faisant part des deux exigences à respecter. Premièrement, il faut être un pays reconnu par l’Organisation des Nations Unies (ONU), deuxièmement, il faut verser entre 18 000 et 20 000 dollars, de quoi pouvoir couvrir les coûts d’installation.

L’AECGS est consciente de l’obstacle financier auquel elle fait face. « Nous qui sommes une jeune association, nos finances sont encore embryonnaires », explique Christian Pekdjob, coordonnateur du projet Pont des Nations. Mais, déterminée à hisser le drapeau camerounais, l’association qui regroupe 150 membres ne baisse pas les bras.

Un prix marqué par l’inflation

Inauguré dans le cadre la fête du Canada en 2007, cet emblème sudburois a toujours laissé les frais d’installation des drapeaux à la charge des associations communautaires concernées. Pendant la phase initiale, 77 drapeaux avaient été hissés. À l’époque, la Ville avait pu contribuer au financement des installations. Quelques entreprises privées avaient apporté un appui monétaire. En moyenne, chacun de ces 77 groupes n’a payé que 1200 dollars.

Presque vingt ans plus tard, les communautés doivent désormais payer un prix 1400 % plus élevé, sans soutien municipal.

Le Pont des Nations, situé sur la rue Paris, est une initiative citoyenne qui loge désormais 90 drapeaux. Photo : gracieuseté de la Ville du Grand Sudbury

« C’est vrai que c’est cher, mais nous devons coopérer avec les entreprises de construction qui fabriqueront les mâts et les mettront sur le pont. Et tous leurs prix sont élevés », avoue Kyle Marcus, coordonnateur des partenariats et de la mobilisation de la Ville. Il explique que cette forte hausse du prix est dû à l’inflation.

Pour installer un drapeau, la ville mandate des entreprises privées comme Lopes Limited ou Pioneer Construction. Elle paie environ 5500 dollars pour le mât, 13 100 dollars pour l’installation et, occasionnellement, des sommes supplémentaires liées au permis d’occupation ou de fermeture de voie si l’installation en question le nécessite.

Une fois le drapeau hissé, les services des parcs et des loisirs de Sudbury s’engagent tout de même à couvrir les coûts d’entretien. Malgré cela, la caution initiale freine certaines communautés qui, parfois, doivent peser le pour et le contre avant d’initier une collecte de fonds.

C’est la cas de la communauté ivoirienne. En mars 2022, l’Association des Ivoiriens et Ivoiriennes du Grand Sudbury (AIGS) s’était renseignée auprès de la Ville. En prenant connaissance de la somme, l’AIGS a décidé de prendre du recul — elle préfère dédier ses levées de fonds pour des événements, comme sa cérémonie annuelle d’accueil des nouveaux arrivants, explique son secrétaire général, Aubin Lammé.

« Nous ne disons pas que nous n’allons pas entreprendre des démarches pour mettre notre drapeau sur le Pont des Nations, mais c’est un projet que nous avons mis en veille ».

Un drapeau, bien plus qu’un symbole

Pour les organisateurs du projet, le drapeau représente un ancrage culturel pour les Camerounais éloignés de leur pays. À travers cette initiative, l’AECGS veut surtout s’imposer comme une entité organisée et mobilisatrice. Pour cela, elle compte faire de la levée du drapeau un événement solennel avec une présence massive des résidents camerounais à Sudbury.

L’AECGS proposera aux potentiels partenaires de se présenter à l’événement, histoire de faire connaître leurs services aux nouveaux arrivants.

Pour sa stratégie de levée de fonds, l’AECGS cible plusieurs sources. Elle a d’ailleurs notifié le Haut Commissariat du Cameroun au Canada de ses besoins. « Notre représentation diplomatique a déjà été informée et suit donc le projet à la loupe pour nous aider à faire face aux différents défis », explique M. Pekdjob.

L’AECGS compte également solliciter ses partenaires habituels, le Collège Boréal, la Caisse Desjardins, et le Carrefour francophone de Sudbury.

L’AECGS a formé une équipe pour gérer le projet Pont des Nations 2026, composée de Boris Keuko Djoumbissie (à gauche), Christian Pekdjop (au centre), Lionel Ndoumba (à droite), et de Paul Junior Ndoka. Photo : Aïssatou Odia Barry/ONFR

Depuis le début du projet, l’AECGS affirme avoir reçu de nombreuses promesses de paiement venant de la communauté. « On a des aînés camerounais de Sudbury qui nous ont rencontrés et nous ont confirmé qu’ils feront le geste financier qu’il nous faut pour nous accompagner dans ce projet », confirme le coordonnateur du projet.

À deux mois de l’échéance qu’elle s’est fixée, l’AECGS reste motivée. Pour le secrétaire de l’association, Lionel Ndoumba, ce drapeau pourrait avant tout être une fierté nationale pour les générations à venir : « C’est un héritage qu’on veut laisser à nos enfants qui, pour une bonne partie, sont canadiens et pour leur rappeler leurs origines camerounaises ».