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Le Droit abandonne définitivement la version papier en semaine

Temps de lecture : 2 minutes

OTTAWA – Le quotidien Le Droit a annoncé qu’il ne publiera plus de version imprimée du journal du lundi au vendredi, préférant ne diffuser ses articles qu’en version numérique. Seule l’édition du samedi, en version « plus étoffée », sera disponible en format papier.

Ce virage numérique devait s’étaler sur une période d’un an et demi, explique Patrick Duquette, journaliste et président du Syndicat des travailleurs de l’information du Droit. Toutefois, des difficultés financières causées par la pandémie de COVID-19 ont accéléré le processus.

« Durant le confinement, les revenus publicitaires sont descendus presque à zéro », relate M. Duquette. « On a dû prendre des mesures radicales, voire même brutales, et réduire immédiatement à une seule édition imprimée le samedi. »

Étant donné les difficultés financières, il n’est plus possible de reprendre les éditions de la semaine.

Éditorial de Marcel Gingras publié en 1971 dans le journal Le Droit. Source : TV Rogers

« Nous n’avons simplement plus les reins assez solides pour maintenir leur publication », résume-t-il.

Afin de générer des revenus, le contenu numérique se trouvera derrière un mur payant dès septembre.

M. Duquette juge que le marché répond positivement à cette décision.

« C’est comme ça que les gens consomment les nouvelles ces jours-ci », dit-il. « La semaine, ils suivent les dernières heures en direct sur les médias sociaux, et la fin de semaine, ils prennent le temps de lire des articles de fond et d’analyse. »

« Ça démontre que notre plan d’affaires était bon », conclut-il.

Le seul issue, dit un expert

« C’était prévisible », s’exclame Marc-François Bernier, professeur de communication à l’Université d’Ottawa. « Les forces économiques étant ce qu’elles sont, je ne suis pas surpris du tout. »

Maintenir une édition imprimée alors que les abonnements sont à la baisse et que les publicités se font de plus en plus rares n’était pas une formule durable, explique l’expert.

« Il y a un déclin d’abonnements des journaux imprimés depuis les années 60. Le détournement des revenus publicitaires des géants de l’industrie technologique – Google, Amazon, Facebook et Apple (GAFA) – est venu accélérer les choses. »

Le virage numérique est la seule porte de sortie des médias locaux, dit-il.

« On sait que les jeunes trouvent que les médias locaux sont importants », explique-t-il en se référant à une étude menée aux États-Unis. « Toutefois, ces jeunes ne les lisent pas. Si ce n’est pas eux qui feront vivre les médias locaux, qui les fera vivre ? »

Toutefois, M. Bernier ne s’inquiète pas particulièrement de l’impact de cette décision sur la communauté franco-ontarienne.

« Le Droit a plus de lecteurs que jamais et l’information continuera d’être produite et diffusée », résume-t-il. « Oui, il y a quelques personnes qui n’ont pas accès à l’internet. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a toujours eu des zones où la circulation était impossible. Des gens en campagne, par exemple, là où le journal ne se rendait pas. »

Selon lui, la question importante demeure de savoir comment l’argent économisé sera réinvesti.

« Est-ce qu’il y aura plus de journalistes qui font de l’information ? », demande-t-il. « Ce sont des journaux qui ont beaucoup de chroniques d’humeur. C’est difficile de défendre l’importance démocratique d’un journal lorsque la majorité de son contenu ne porte pas sur des enjeux démocratiques. »

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