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Le foyer Bendale Acres tout proche d’une désignation sous la LSF

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – Les ministères des Affaires francophones et des Soins de longue durée s’apprêtent à donner leur feu vert à la désignation partielle de Bendale Acres. L’établissement de Scarborough, dans l’Est de la ville, doit devenir la première maison de soins de longue durée torontoise désignée sous la Loi des services en français (LSF). Jusqu’ici, aucun foyer municipal n’a obtenu cette reconnaissance. Très attendu, ce pas de géant dans la Ville reine ne fait pas oublier le manque préoccupant de lits disponibles pour les francophones dans le reste de la province.

Les résidents actuels ne verront pas vraiment la différence. Ils sont soignés et accompagnés en français depuis 1994, date de création de l’établissement. Mais l’officialisation de cette désignation constituera une avancée importante.

La loi garantira en effet des services en langue française sur la moitié d’un étage : le pavillon Omer-Deslauriers. Les patients francophones inscrits sur liste d’attente auront un accès prioritaire aux lits qui se libèrent dans cette aile de la résidence et, chaque fois qu’un poste d’employé désigné deviendra vacant, la direction devra employer un professionnel bilingue pour le remplacer.

« C’est un grand accomplissement pour la ville de Toronto », selon Estelle Duchon qui a travaillé sur ce dossier à titre de directrice générale de l’Entité 4 de planification des services de santé en français. Selon elle, « ça démontre un engagement très fort de la ville. J’espère que ça donnera l’occasion à d’autres maisons municipales de suivre la même voie dans le futur ».

Unique foyer municipal désigné en Ontario

Des dix établissements de soins de longue durée que compte la ville, Bendale Acres est l’unique foyer à servir les aînés dans leur langue. Il leur réserve 37 de ses 302 lits. À l’échelle de l’Ontario, où l’on compte une douzaine de foyers de soins de longue durée désignés sous la LSF, pour 1 063 licences, il sera aussi la première structure municipale désignée, les autres étant des établissements privés ou sans but lucratif.

Jugée conforme par l’Entité 4 et le Réseau local d’intégration des services de santé (RLISS) Centre-Est, la demande est depuis cet automne sur le bureau des ministres Merrilee Fullerton et Caroline Mulroney pour approbation finale.

Le foyer de soins de longue durée Bendale Acres, à Scarborough, détient 37 licences pour les aînés francophones. Crédit image : Rudy Chabannes

Bendale Acres a dû satisfaire à une vingtaine de critères parmi lesquels communiquer dans les deux langues officielles, offrir ses services en français de façon active ou encore avoir des employés bilingues pour chaque poste désigné comme tel.

Ce pas en avant assurera des services en français sur le long terme, croit Mme Duchon : « Pour la ville, c’est un gros bénéfice qui garantit la pérennité des services dans le temps puisque, tous les trois ans, Bendale Acres devra soumettre une mise à jour de ses services en français pour obtenir un certificat de désignation. Ça veut dire que l’offre de soins en français est là pour rester et continuera à se développer, notamment par le biais de partenariats avec les institutions francophones comme les Centres d’accueil Héritage. »

Près de 2 000 francophones sur liste d’attente

« 1 890 patients sur liste d’attente de placement en foyer de soins de longue durée en Ontario ont indiqué le français comme langue maternelle première, ce qui représente 3 % du nombre total de patients en attente », rapporte à ONFR+ Christian Hasse, chargé des relations avec les médias auprès du ministère de la Santé.

À l’origine d’un livre blanc, en 2019, sur le vieillissement des francophones en Ontario français l’association de la francophonie de l’Ontario (AFO) et la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO) tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années concernant le manque de place à travers la province au profit d’une population mal desservie et qui vieillit plus vite que la majorité.

Dans un contexte de taux d’occupation maximal, les 30 000 nouveaux lits financés sur les dix prochaines années par le gouvernement constituent une opportunité pour accroître l’offre en français. Cependant, le ministère des Soins de longue durée ne s’est fixé aucun objectif clair pour les patients de langue française. Plusieurs experts estiment pourtant que l’usage de la langue maternelle est vital dans certaines situations comme la démence.

5 % de lits pour les francophones en Ontario : la cible de Kusendova

Interrogé sur cette absence d’objectif, le ministère des Soins de longue durée indique ne pas faire de différence entre foyers anglophones ou francophones, mettant dans le même panier les considérations d’ordre linguistique, ethnique et religieuse.

« Ces foyers sont financés et agréés comme tous les autres foyers, mais ont pris la décision d’adapter les services pour répondre aux besoins d’une religion, d’une origine ethnique ou linguistique particulière », explique son porte-parole Mark Mesbitt.

Mais la situation semble changer. La députée Natalia Kusendova, qui a repris en main l’ensemble des dossiers liés à la santé au ministère des Affaires francophones, à titre d’adjointe parlementaire, a affirmé à ONFR+ viser une cible de 5 % de nouveaux lits dédiés aux francophones. Huit foyers à but sans lucratif sont actuellement en train de se doter d’une aile francophone, avec à la clé 583 licences.

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