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Le maire de Greenstone veut que sa Ville soit déclarée bilingue

Temps de lecture : 4 minutes

GERALDTON Le maire de Greenstone, Renald Beaulieu, a mis cartes sur table indiquant son souhait de voir Greenstone être désignée comme une ville bilingue. La requête d’un résident pour améliorer le bilinguisme dans cette ville, où près du tiers des citoyens parlent le français, est toutefois reçue avec beaucoup de réticence chez certains anglophones.

La requête de désigner Greenstone comme bilingue, en 2018, par Robert Gélineault, citoyen de Geraldton, et aussi président du Centre culturel francophone de Geraldton, est apparue lors d’une réunion du conseil municipal la semaine dernière.

À Greenstone, ville composée de Longlac, Nakina ou encore Geraldton, la municipalité communique exclusivement en anglais dans ses communications officielles avec les citoyens, sauf pour quelques exceptions malgré le fait qu’une partie de la population soit capable de parler dans la langue de Molière.

En entrevue avec ONFR+, le maire Beaulieu s’est dit en faveur d’un changement de position.

« Pour moi, comme maire, j’aimerais voir la municipalité être déclarée bilingue. Ça serait un gros avantage avec les gros projets qui s’en viennent », a indiqué le maire Beaulieu citant le projet d’une mine à Geraldton de 1,3 milliard de dollars.

Ce dernier disait pourtant, il y a quelques semaines, que « le conseil n’avait pas d’intérêt pour le bilinguisme ».

Qu’est-ce qui l’a fait changer d’idée ?

« J’ai toujours dit qu’il fallait que ça soit amené par le peuple et là, le peuple l’a amené avec M. Gélineault. Il ne faut pas oublier que ça avait été amené il y a deux ans durant une année électorale. Mais à partir d’aujourd’hui, et jusqu’à ce que mon mandat soit fini, je vais faire sûr de pousser ce projet-là au maximum. »

Le maire de Greenstone, Renald Beaulieu. Archives ONFR+

Le conseil municipal a toutefois indiqué vouloir en reparler en septembre prochain, en prenant le temps de consulter M. Gélineault et la communauté francophone de Greenstone sur le projet avant de prendre une décision. Certains conseillers misent sur la création d’un site internet dans les deux langues avant de voir si une désignation est nécessaire.

Malgré ce délai, le président du Centre culturel francophone de Geraldton voit le tout d’un bon œil.

« C’est une bonne nouvelle, la mauvaise aurait été qu’ils n’en discutent pas du tout », soutient M. Gélineault.

Le maire Beaulieu dit prendre en exemple une ville avec un bassin de population similaire comme Hearst, « située à seulement quelques heures » de Greenstone, qui réussit à communiquer dans les deux langues avec sa population.

La tâche s’annonce toutefois compliquée alors que le maire semble faire cavalier seul au sein du conseil, composé à majorité de conseillers anglophones opposés au projet. Malgré tout, l’ancien maire de la Ville bilingue de Longlac ne veut pas lâcher prise.

« Si l’on tolère ça, ça veut dire que c’est correct de ne pas avoir de services en français… Si on ne se sert pas de notre langue, on va la perdre. Par exemple, j’ai téléphoné aujourd’hui personnellement pour un de nos commerces, j’avais deux choix : en anglais ou en français. Savez-vous quoi ? J’ai choisi le français parce que si je ne m’en sers pas, on va le perdre. »

Trop cher le bilinguisme ?

Le reste du conseil semble surtout être réticent à déclarer la municipalité bilingue, déplorant la facture qui pourrait être associée avec le changement.

« On n’est pas la seule municipalité en Ontario qui pourrait être officiellement bilingue, il y en a plusieurs qui le sont » – Renald Beaulieu

Une réponse qui ne plaît pas à M. Gélineault, qui pense que l’aspect monétaire doit être secondaire dans ce cas-ci.

« Ce n’est pas une bonne raison pour ne pas rendre la municipalité bilingue. Je trouve que c’est un peu trop leur demander de tout mettre à 100 % bilingue, car ça voudrait dire qu’ils aillent tout chercher leur documentation officielle et ça devrait coûter assez cher. (…) Pour moi, ce qui est le plus important, c’est probablement que chaque fois que la Ville envoie un communiqué à ses citoyens ou d’autres choses, ça devrait être bilingue. »

De son côté, le maire de Greenstone dit un peu mal comprendre la position de ses collègues.

« On n’est pas la seule municipalité en Ontario qui pourrait être officiellement bilingue, il y en a plusieurs qui le sont. Il doit y avoir un moyen d’aller chercher des fonds provinciaux ou fédéraux pour réduire le coût du bilinguisme. (…) Quand on va vers le Sud de l’Ontario, par exemple à Ottawa et dans l’Est ontarien, ils en ont des municipalités bilingues eux, alors il n’y a aucune raison qu’on ne pourrait pas l’être aussi. »

Un besoin pour la population

Même si plusieurs élus ont remis en cause la nécessité du projet, Robert Gélineault assure que plusieurs citoyens soutiennent encore la cause, deux ans plus tard.

« Je ne le fais pas pour moi, c’est pour les gens qui en ont besoin ici à Greenstone. Soit ils ne peuvent pas réellement parler anglais, soit ils sont capables, mais ont quand même des problèmes. C’est moins facile pour eux de voir et de comprendre ce qui est écrit en anglais. Si ça n’était pas le cas, on n’en parlerait pas et ça ne serait pas nécessaire », précise-t-il.

Ce dernier se dit aussi prêt à faire les démarches avec la Ville pour faire avancer le dossier.

« Si la Ville vient me voir et veut en parler avec moi, je suis prêt. On a en masse de temps d’ici l’an prochain. Je ne suis plus un jeune de 25 ans, j’ai 84 ans, mais ça ne m’empêche pas de pouvoir parler avec eux. »

Pour le maire de Greenstone, cette désignation bilingue ne serait que la continuité pour le développement de la ville et non un obstacle.

« On devient un peu nerveux, on se demande comment on va faire ça, est-ce que ça veut dire que tous les employés vont devoir être bilingues. Ce n’est pas ça la question ! En ce moment, on peut offrir le service. On les a nos employés en ce moment ! Quelqu’un qui veut obtenir un service en français à Greenstone, il y a quelqu’un pour lui parler. »

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