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Le ministère des Affaires francophones n’était pas encore concret

L'ancienne ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde. Crédit image: Archives #ONfr

TORONTO – Selon les informations obtenues par #ONfr, la disparition du ministère des Affaires francophones, redevenu un Office des Affaires francophones (OAF) sous le nouveau gouvernement progressiste-conservateur, ne changera pas grand-chose sur le terrain. Mais le symbole était fort, dit l’opposition.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

La création d’un ministère à part entière par le gouvernement libéral de Kathleen Wynne en juillet 2017 lui avait valu les applaudissements de la communauté franco-ontarienne. Peut-être un peu trop vite, analyse la politologue du Collège militaire royal du Canada, à Kingston, Stéphanie Chouinard.

«Il s’agissait surtout d’un changement symbolique, d’autant que la ministre de l’époque, Marie-France Lalonde, conservait son rôle de ministre de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels.»

La porte-parole aux Affaires francophones pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), France Gélinas, reconnaît avoir elle aussi applaudi le geste, mais elle le voyait surtout comme un premier pas.

«Cela nous donnait l’espoir d’avoir davantage de ressources humaines et financières pour faire avancer les grands dossiers de la francophonie ontarienne. C’était un petit pas en avant, en attendant les pas véritables qui ne se sont jamais matérialisés, comme souvent avec les libéraux.»

 

Budget en hausse, aucune embauche

Car cette transformation ne s’est pas vraiment traduite sur le terrain. Alors que l’OAF comptait 20 employés «depuis de nombreuses années», selon les données fournies à #ONfr, il n’y a eu aucune nouvelle embauche quand l’office est devenu ministère. L’ancienne ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, nuance.

«Les 20 postes existaient déjà, mais ils n’étaient pas comblés. Quand nous avons créé le ministère, nous nous sommes assuré que ce soit le cas. De plus, on promettait d’y ajouter 11 nouvelles personnes d’ici la fin 2019.»


«Le gouvernement libéral n’avait aucune raison d’attendre pour faire des changements immédiats afin de matérialiser la transformation d’office en ministère» – France Gélinas


Côté budgétaire, la députée libérale et porte-parole aux Affaires francophones souligne une légère hausse en 2017-2018, que confirme le document Perspectives économiques et financières de l’Ontario, parues à l’automne 2017. Le budget était alors passé de 5 millions en 2016-2017 à 6,8 millions de dollars pour 2017-2018. Dans son budget de mars, le Parti libéral de l’Ontario promettait d’augmenter l’enveloppe à 7,8 millions de dollars.

 

La place de la francophonie

Critique envers les libéraux, la députée néo-démocrate l’est également envers la décision du Parti progressiste-conservateur (Parti PC) désormais au pouvoir.

«L’annonce des libéraux était surtout symbolique, mais elle avait son importance quand on se déplaçait hors de l’Ontario, au Canada ou à l’international. Ça changeait la vision de l’Ontario, alors que beaucoup de gens ne savent toujours pas qu’il s’y trouve des francophones.»

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin. Crédit image: Étienne Ranger
Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin. Crédit image: Étienne Ranger

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, insiste aussi sur la place que conférait aux Affaires francophones un ministère à part entière au sein du cabinet.

«Cela donne une solidité et une crédibilité qu’un office n’a pas, notamment auprès du caucus.»

Reste à voir l’impact que ce changement aura concrètement.

«J’ai des craintes par rapport à l’avancée de certains dossiers comme l’Université de l’Ontario français, l’adhésion de l’Ontario à l’Organisation internationale de la francophonie ou le maintien du Programme d’appui à la francophonie ontarienne», dit Mme Lalonde. «L’Office des Affaires francophones ne pourra pas poursuivre son travail avec les ressources actuelles, ça prend du monde.»

Mais Mme Chouinard rappelle que les dossiers francophones ne dépendent pas que d’un ministère.

«Il n’y a pas qu’un seul interlocuteur à Queen’s Park pour parler des enjeux francophones. Je suis d’ailleurs inquiète pour le dossier de l’immigration francophone. Le ministère a disparu et quand on entend les propos de M. Ford sur le dossier de l’immigration, l’AFO aura du travail à faire.»

 

Rencontre avec la ministre Mulroney

L’AFO a rencontré, ce lundi, pour la première fois depuis sa nomination comme nouvelle ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, pour un premier contact.

L’organisme franco-ontarien n’a pas abordé la question d’avoir un ministère à part entière lors de ce premier entretien, mais insiste que cela permettrait notamment de tirer le meilleur parti de l’adhésion de l’Ontario à l’OIF.

«Cela prend des fonds supplémentaires et des ressources humaines pour travailler là-dessus et sur l’impact économique que cela peut avoir. M. Ford est sensible à cet aspect et à l’entrepreunariat. La francophonie offre un beau potentiel.»

Cet article a été écrit en collaboration avec Étienne Fortin-Gauthier.

 


POUR EN SAVOIR PLUS:

Caroline Mulroney nouvelle ministre déléguée aux Affaires francophones [VIDÉO]

Les Franco-Ontariens perdent leur ministère

Un ministère à part entière pour les Franco-Ontariens

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.