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Le village francophone de Pain Court accueille l’Ontario agricole

L'immense Concours de labour de l'Ontario se déroule dans le petit village de Pain Court, cette année. Crédit photo: Étienne Fortin-Gauthier

PAIN COURT – Le village de Pain Court compte habituellement 400 âmes. Le Concours de labour qui s’y déroule ces jours-ci devrait y attirer plus de 100 000 personnes. Une occasion pour la petite communauté franco-ontarienne de mettre en valeur la richesse de ses terres et sa vitalité francophone.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Il faut le voir de ses yeux pour le croire. Ce qui était, il y a encore quelques semaines, un champ de blé s’est transformé en petite ville. Des poteaux électriques ont été plantés sur l’ensemble du site, un réseau d’aqueduc mis en place et des centaines de tentes complètent cette communauté éphémère.

Jean-Marie Laprise, un agriculteur franco-ontarien de Pain Court, accueille sur ses terres l’événement qui se transporte de ville en ville à chaque année. Celui qui se tient habituellement loin des projecteurs profite de l’attrait soudain des médias pour sa communauté pour faire connaître Pain Court.

«Pain Court est une communauté rurale avec de la bonne terre et très forte dans l’agriculture. C’est une région bien privilégiée dans bien des domaines. L’événement est bon pour le tourisme et pour faire connaître cette région auprès du plus grand nombre», confie M. Laprise.

Pain Court se trouve dans le «jardin de l’Ontario», comme plusieurs s’amusent à le surnommer. Les terres dans la région de Chatham-Kent sont fertiles et reconnues pour leur rendement exceptionnel.

Jean-Marie Laprise, un agriculteur franco-ontarien. Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier

Jean-Marie Laprise profite de ses nombreuses tribunes pour marteler un message. «Bien des jeunes ne veulent pas se lancer en agriculture. Ils pensent que ça tourne seulement autour de traire une vache. Pour ma part, je n’ai même pas d’animaux sur ma ferme. Ah oui, j’ai un chat! Mais c’est tout! L’agriculture c’est beaucoup de la technologie», dit-il. «Les emplois dans l’agriculture sont essentiels et il faut parler des besoins actuels. On ne parle pas juste du monde dans le champ. Il nous faut du monde dans les laboratoires, dans la technologie ou dans en biologie», poursuit M. Laprise.

 

Une effervescence dans la communauté

Si le Concours de labour se déroule surtout en anglais et que l’affichage n’est que légèrement bilingue, il reste que ses organisateurs tenaient à organiser une journée francophone. Pour l’occasion, des intervenants francophones seront présents aux nombreux kiosques et plus de 1 000 élèves d’écoles franco-ontariennes sont attendus.

Le village de Pain Court compte environ 400 citoyens en temps normal. Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier

«Depuis deux semaines, les élèves nous parlent de l’événement. Ils s’impliquent dans l’événement, les élèves sont très excités», confie Jessica Sylvestre, de l’École secondaire de Pain Court du Conseil scolaire Providence. Un «passeport francophone» a été développé pour permettre aux élèves d’en découvrir le plus possible sur le milieu agricole. Elle est aussi présente à un kiosque et accueille en français les visiteurs. «Il y a des gens qui sont étonnés de voir qu’il y a une communauté francophone ici. On le dit à tous: on est fort et fier. On veut que le message se passe, c’est une occasion de faire connaître Pain Court», dit-elle.

Des dizaines de citoyens de Pain Court donnent de leur temps pour l’événement. «Les familles ici sont présentes depuis des décennies. Les gens oublient que notre région a une histoire francophone. Les familles se sont établies au 18e siècle et le français est la première langue pour encore des milliers de familles», insiste Hector Myers. «Le premier ministre de l’Ontario est venu chez-nous. Je ne pense pas qu’il connaissait Pain Court avant! On parle beaucoup de Toronto dans les médias, mais qui nourrit Toronto? C’est nous!», ajoute Rose Marie Somerset.

Hector Myers et Rose Marie Somerset, des résidents de Pain Court. Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier

Plus loin, nous croisons Simon Durand de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO). «De présenter le visage francophone de l’agriculture ontarienne, c’est important. On a des centaines de membres dans cette région», explique-t-il. Et c’est un exploit en soi, ajoute-t-il. «Un des grands défis, c’est que l’industrie agricole se fait beaucoup en anglais, qu’on parle des fournisseurs, de la machinerie… tout le langage d’affaire est en anglais. On essaye de garder un réseau francophone fort pour combattre cela», souligne-t-il.

 

L’an prochain encore chez les Franco-Ontariens

L’an prochain, le Concours de labour se déplace dans une autre communauté franco-ontarienne, celle de Verner, près de Sudbury.

«Verner est une petite région agricole qui a été fondée pour fournir en lait les mineurs de Sudbury. Le lait n’était pas réfrigéré, donc il fallait une communauté rapprochée pour les fournir en lait!», confie Daniel Olivier, membre du comité organisateur de l’événement de l’an prochain.

«C’est un honneur d’accueillir l’Ontario. Jamais je n’aurais pensé que Verner allait accueillir l’événement! On est une petite communauté agricole. Et quand on va dans le Sud, on a un sentiment d’infériorité, car ils font de la grande agriculture», confie-t-il avec humilité.

Daniel Olivier de Verner. Credit image: Étienne Fortin-Gauthier

Le comité organisateur de Verner participe aux festivités à Pain Court, notamment pour s’inspirer des bonnes pratiques. Daniel Olivier affirme que l’événement lui a permis de découvrir une autre francophonie. «À Verner, on est une bande de Gaulois entourés d’anglophones. Mais ici aussi! Je suis surpris de constater que la communauté est si francophone», dit-il.

L’édition 2019 tentera de miser sur toute la diversité du milieu agricole ontarien, intégrant ses acteurs francophones, mais aussi les autochtones, ajoute M. Olivier.

 


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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.