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Lecce et les enseignants : le printemps de la réconciliation ?

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – L’actualité hebdomadaire ultra dominée par le coronavirus a laissé au second plan le conflit entre le ministère de l’Éducation et les syndicats enseignants. Pourtant, une éclaircie, jeudi dernier : l’Association des enseignantes et des enseignants catholiques anglo-ontariens (OECTA) et le gouvernement ontarien sont parvenus à une entente de principe.

L’accord est loin d’être anodin. L’OECTA est le premier des quatre principaux syndicats enseignants à s’entendre avec le gouvernement. Depuis plusieurs mois, les discussions piétinaient, et rien ne laissait présager une quelconque ouverture de part et d’autre.

Pour comprendre ce changement de ton, il faut remonter à quelques jours auparavant. Alors que la plupart des observateurs politiques pariaient sur l’imminence d’une loi spéciale pour forcer les enseignants à arrêter les grèves, le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, offrait quelques concessions : la diminution à 23 de la moyenne d’élèves dans les salles de classe, et autoriser les élèves à ne pas choisir les cours en ligne.

Voilà trop longtemps que le ton intransigeant du ministre se heurtait à la détermination farouche des syndicats, lesquels conservaient les faveurs de l’opinion publique. En difficulté dans les sondages, et empêtré dans le dossier des plaques d’immatriculation, le gouvernement Ford faisait marche arrière.

Des syndicats toujours dubitatifs

Toujours est-il que les concessions du gouvernement Ford ne satisfont pas entièrement les enseignants. Les trois syndicats, l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) en tête, s’apprêtent à retourner à la table des négociations. Le syndicat francophone a d’ores et déjà annoncé que les siennes auront lieu du 23 au 25 mars.

Bien sûr, ces dates sont à prendre avec des pincettes tant l’épidémie de coronavirus oblige à revoir la tenue de chaque rassemblement et les déplacements qu’ils induisent. Dans ces circonstances très particulières, l’arme d’une grève n’existe plus. Les parents et les élèves ontariens sont contraints de rester chez eux au moins jusqu’au 6 avril.

Sur le terrain, beaucoup d’enseignants perçoivent comme un leurre les concessions de M. Lecce. D’abord, cette mesure d’une diminution à 23 élèves par classe ne représente pas un retour à la moyenne de 22 qui faisait référence jusqu’à l’an passé. De plus, celle-ci ne s’appliquerait pas avant la rentrée 2021.

Ensuite, l’autorisation pour les élèves de ne pas choisir des cours en ligne précéderait de longues démarches, estiment certains enseignants. Les parents devraient se rendre à l’école pour en discuter, avant d’éventuellement signer un document. Ces cours resteraient donc à leurs yeux « obligatoires » et en aucun cas « optionnels ».

De son côté, M. Lecce affirme qu’il est temps « de conclure des ententes avec les autres partenaires syndicaux ».

Le rôle des conseils scolaires

Reste qu’une autre donnée entre dans l’équation des négociations entre l’AEFO et le gouvernement : celle de la participation des associations de conseils scolaires. Dans les coulisses, les bruits courent sur l’incapacité de ces associations à s’entendre avec le syndicat des enseignants francophones.

Avares de mots dans les médias quant à leurs revendications, les conseils scolaires continuent d’évoquer « des besoins particuliers », surtout dans les milieux ruraux.

En cas d’une entente de principe, il n’y aurait toutefois pas de gagnant, tant le conflit entre le gouvernement et l’AEFO a laissé des cicatrices de part et d’autre. Mais en raison du coronavirus, le principal pour certains enseignants et parents sera peut-être ailleurs le jour de cette annonce.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 16 mars.

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