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Les camps de jour : pas à l’eau, mais pas loin

Temps de lecture : 3 minutes

Grosse incertitude entourant les camps de jour en Ontario. Si le gouvernement Ford les autorise, leurs dirigeants se posent bien des questions sur leur rentabilité, les lieux où ils pourront avoir lieu et le nombre de jeunes qui pourront y prendre part. Pour l’instant, l’Ontario laisse planer le flou sur les directives à l’endroit des camps de jour.

Quand ?

Les camps d’été avec nuitées ont été annulés par le gouvernement ontarien. Mais ceux de jour seront permis.

« Mais on ne sait pas quand on va pouvoir ouvrir ! Le gouvernement n’a donné aucune date. Nous, on doit embaucher des employés et on a besoin de quatre à six semaines pour pouvoir mettre en place les procédures de sécurité. Dans ces circonstances, on a donc décidé d’annuler nos camps de jour jusqu’au 27 juillet », confie avec tristesse la propriétaire du Camp Tournesol, Martine Brouillet.

Son camp compte habituellement 3 000 campeurs sur une quinzaine de sites dans le Grand Toronto. Au mieux, cette année, il y aura huit sites et 500 participants, se désole-t-elle.

Même incertitude dans les camps de l’organisme communautaire La Clé d’la Baie, dans la région de la Baie Georgienne.

« On attend toujours les directives. Mais on peut déjà dire que nous n’aurons pas de gros camps et peu de clients », confie Sylvia Bernard, directrice de l’organisation.

« Mais quand on va ouvrir, on aura quand même une ambiance chaleureuse. On voit que certains clients ont besoin de ces camps. Ça fait 25 ans qu’on dessert la clientèle francophone. Si moi, je ne fais pas l’effort d’offrir ce service-là, où iront les jeunes de Penetanguishene, de Barrie, de Border, de Collingwood ? La réponse : dans des camps anglophones. Mon but est d’ouvrir et de les servir, pas de faire des profits, cette année. »

Quelles précautions et combien de jeunes ?

« Nous planifions adopter les modèles de protection des garderies d’urgence déjà en opération, soit avoir de plus petits groupes, adopter la distanciation physique et ne faire que des activités particulières où on peut rester loin l’un de l’autre », confie Nadia Martins, directrice de l’Association des francophones de la région de York (AFRY).

« Avant, on faisait deux sorties par semaine à l’extérieur. Là, on veut plutôt faire venir des invités spéciaux. Il pourrait y avoir prise de température des visiteurs. Les animateurs auront probablement des masques, porteront la visière, des gants et ils auront des vêtements réservés pour le camp. C’est sûr que ça va changer l’ambiance du camp ! », affirme pour sa part Sylvia Bernard.

Nadia Martins mobilise ses troupes, depuis quelques semaines, afin qu’ils participent à cette réinvention. Les jeunes qui seront moniteurs sont invités à partager leurs idées pour le camp de jour nouveau.

« Nos jeunes font du bénévolat, ils fournissent des idées. On a trouvé ça intéressant leurs idées. Par exemple, dans un pays, ils ont trouvé ce jeu de babyfoot géant où les participants sont forcés de garder leur distance avec des cordes. Il faudra être créatif ! », affirme la directrice de l’AFRY.

À quel coût ?

Moins d’enfants, plus de dépenses pour les mesures de protection et la nécessité d’augmenter la distanciation sociale, ce qui impose plus de moniteurs et d’espace : des obligations qui devraient, théoriquement, faire monter en flèche les dépenses des camps de jour et les coûts pour les participants.

« Mais les parents ne sont pas prêts à payer plus ! Plusieurs ont eu moins de revenus dans les derniers mois, ils n’ont pas cet argent supplémentaire », affirme Martine Brouillet.

« Notre industrie fait de l’argent pendant deux mois seulement. Une année sans aucun revenu ? Certains ont déjà dû fermer leurs portes. J’ai bâti cette compagnie depuis 19 ans. Émotionnellement, ce n’est pas facile, c’est ma petite compagnie, mon bébé », ajoute-t-elle. 

Où ?

Bon nombre de camps francophones se déroulent dans les locaux d’écoles francophones. Mais celles-ci sont fermées depuis deux mois et il n’est pas sûr que les conseils scolaires et le gouvernements autoriseront les camps à y accéder, cet été. Tout un casse-tête à l’horizon.

« Il faut voir quand l’Ontario va entrer dans sa prochaine phase de déconfinement. On est en train de préparer différents modèles. Si les garderies ouvrent dans les écoles, je crois qu’on pourra aussi ouvrir », affirme Mme Martins.

Les camps communautaires ne pourraient pas se permettre financièrement de louer des espaces similaires aux écoles auprès de la ville ou d’organisations privées, disent-ils, en entrevue à ONFR+.

« Le gouvernement semble vouloir utiliser les camps comme des cobayes. Il ne veut pas ouvrir les écoles, mais beaucoup de camps sont dans les classes des écoles ! », observe Martine Brouillet.

Allez-vous y envoyer vos enfants ?

« Nous n’aurons pas de gros camps et pas beaucoup de jeunes », croit Sylvia Bernard. « Les parents veulent savoir ce qu’on va faire pour protéger leurs enfants. Est-ce que le risque sera nul  ? Non, ça n’existe pas », ajoute-t-elle.

« On a une demande énorme d’annulation de parents inquiets. Une majorité de familles ne veulent pas aller de l’avant même avec un camp de jour », note Martine Brouillet.

En attendant, le Camp Tournesol a décidé d’offrir des camps virtuels de français à l’intention des jeunes en immersion française.

« Sinon, ils peuvent pas pratiquer le français ! », confie-t-elle. « C’est un beau succès, nous avons 1 700 jeunes inscrits ! », se réjouit Mme Brouillet.

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