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Les dix moments clés de Doug Ford un an après son élection

Temps de lecture : 7 minutes

TORONTO – Il y a un an jour pour jour, Doug Ford réussissait là où les précédents chefs progressistes-conservateurs avaient échoué : ramener son parti au pouvoir après presque 15 ans dans l’opposition. ONFR+ vous propose de revenir sur les dix dates marquantes de ces 12 premiers mois, avec la politologue du Collège militaire royal du Canada, Stéphanie Chouinard. 

29 juin 2018. 20 ministres à l’assermentation.

C’est la prise de pouvoir officielle du gouvernement de Doug Ford. Au total, 20 ministres sont assermentés, une réduction en comparaison de l’ancien cabinet de Kathleen Wynne. Aux postes-clés des ministères, on retrouve Vic Fedeli (Finances), Christine Elliott (Santé et Soins de longue durée), Lisa Thompson (Éducation) et Caroline Mulroney (procureure générale).

Caroline Mulroney, lors de l’assermentation le 29 juin. Archives ONFR+

Cette dernière hérite aussi du ministère déléguée aux Affaires francophones. Il s’agit d’une première anicroche à la francophonie, puisque le ministère était devenu autonome en juillet 2017.

3 juillet 2018. Sortie du marché du carbone.

Sitôt annoncé après sa victoire, sitôt fait une fois arrivé au pouvoir, Doug Ford retire l’Ontario du marché de carbone. En mars 2017, le gouvernement ontarien avait pourtant lancé sa première enchère pour les crédits du carbone permettant aux compagnies de la province qui polluent moins qu’une cible préétablie de vendre ou d’acheter de nouveaux droits d’émission. Le gouvernement de Kathleen Wynne s’était ainsi joint au Québec et à la Californie pour assurer ce marché. L’équipe de M. Ford justifie alors son choix par sa volonté de baisser le prix de l’essence.

« C’était une des promesses fortes », se souvient Stéphanie Chouinard. « C’était assez ironique, car selon les sondages, la majorité des Ontariens n’ont pas de problèmes avec la taxe carbone. On est vraiment dans le laissez-faire du point de vue environnemental. »

L’environnement n’est pas inutile pour Doug Ford, mais son coût a un prix trop élevé. Durant ses 12 premiers mois, le gouvernement multiplie les annonces du genre : amputation de 36 % du montant consacré au ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs, fin des subventions aux voitures électriques, et suppression du poste de commissaire à l’environnement.

27 août 2018. La bière à 1 $.

Le prix d’une bouteille ou d’une canette de bière passe à 1 $ partout dans la province, quelques jours avant la fête du Travail. Une différence certes de 25 centimes en comparaison de l’ancien prix.

La mesure ne provoque pas la satisfaction des brasseurs. La plupart se disent inquiets de l’impact de cette baisse des prix sur la qualité de leurs produits. M. Ford annonce qu’en contrepartie les brasseurs pourront profiter notamment de rabais d’une durée limitée dans les succursales de la Régie des alcools (LCBO), ou dans les encarts publicitaires de son magazine.

« Dans la mesure où le gouvernement Ford a décidé de faire des coupures assez sévères dans la santé publique, cela risque d’avoir un impact sur les populations vulnérables », croit Stéphanie Chouinard.

10 septembre 2018. Première crise politique.

Doug Ford avait promis qu’il ne ferait pas les choses comme les autres. Le premier ministre tient sa promesse en annonçant qu’il utilisera la clause dérogatoire de la Constitution canadienne pour protéger son plan de diminuer de moitié le nombre d’élus de la Ville de Toronto. Une décision devant entrer en application pour les élections municipales ontariennes lesquelles doivent se dérouler le mois suivant.

John Tory, maire de Toronto. Archives ONFR+

« Cela a été la première mais non la dernière prise de position surprise du gouvernement Ford. À Toronto, personne n’avait entendu parler que M. Ford avait des visées de réduire la taille du conseil municipal. Il n’en a jamais parlé pendant la campagne électorale. Cela a instauré un climat de méfiance de la part des citoyens vis-à-vis du gouvernement. »

Cette crise municipale prend vite une ampleur nationale. Si l’opposition à Queen’s Park tire à boulets rouges sur le premier ministre, les maires demeurent relativement divisés.

26 septembre 2018. Le salaire minimum à 15 $ l’heure à la trappe.

Le gouvernement de l’Ontario annonce l’annulation de l’augmentation du salaire minimum dans la province prévue pour le 1er janvier. La ministre du Travail, Laurie Scott, fait savoir que le salaire minimum resterait à 14 $ l’heure et ne passera pas à 15 $. Le projet demeurait l’une des mesures phare du précédent gouvernement de Kathleen Wynne.

« C’était moins surprenant, il en avait parlé durant la campagne électorale », analyse Mme Chouinard. « Il n’aurait pas pu politiquement faire marche arrière en ramenant le salaire mimum à 13 $. »

Les dirigeants de la campagne Fight for 15$ and Fairness et l’opposition dénoncent immédiatement cette trahison. Doug Ford, fidèle à sa ligne de conduite durant sa première année, justifie sa décision par les mauvais choix économiques du gouvernement précédent.

15 novembre 2018. Le début de la crise linguistique.

Le simple énoncé économique du gouvernement de Doug Ford devient un cauchemar pour les Franco-Ontariens. Le gouvernement progressiste-conservateur annonce ce jour-là la suppression du poste de commissaire aux services en français de François Boileau, et l’annulation du projet de l’Université de l’Ontario français. Les francophones hurlent leur mécontentement, le tout au-delà des frontières de la province.

L’ancien commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau. Archives ONFR+

Devant le tollé suscité, Doug Ford fait partiellement marche arrière une semaine plus tard, en annonçant l’autonomie du ministère aux Affaires francophones, la création d’un poste de commissaire aux services en français qui dépendra du Bureau de l’ombudsman, et une Université de l’Ontario français « quand les finances le permettront ». Des décisions qui sont loin de calmer les esprits.

26 février 2019. Le grand chantier de la santé.

Sur la santé, l’équation n’est pas simple pour le gouvernement Ford, tant les besoins sont de plus en plus urgents dans un ministère qui bénéficie de plus de 60 milliards de dollars annuels. Le projet de loi 74, Loi de 2019 sur les soins de santé de la population signe l’arrêt de mort des réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS), symbole de la « bureaucratie » de l’époque libérale. Les 14 RLISS seront remplacés par une méga-agence.

Les militants franco-ontariens poussent un soupir de soulagement, puisque la lentille francophone est à priori préservée. La question persiste sur la forme que prendront à long terme les six entités de planification des services de santé en français.

« La crise du 15 novembre, les manifestations, et les mobilisations, ont pris le gouvernement par suprise. Il s’est rendu compte que si des institutions francophones étaient touchées, il ferait des francophones des martyrs », soutient Mme Chouinard. « À l’interne, le Commissariat aux services en français avait bien pris la peine d’expliquer au gouvernement en amont ce qu’était les entités, et ce qu’il adviendrait si elles disparaissaient. »

15 mars 2019. La grande réforme sur l’éducation dévoilée.

Deuxième ministère « mastodonte » à faire face à une réforme : l’Éducation. La ministre Lisa Thompson dévoile son plan. On y retrouve entre autres l’interdiction du cellulaire dans les salles de classe sauf à des fins éducatives, la confirmation de la mise en place d’une nouvelle stratégie en mathématique, un nouveau curriculum d’éducation sexuelle, mais surtout l’augmentation du nombre d’élèves dans les salles. Au niveau secondaire, les classes passeront de 24 à 28 élèves.

La ministre de l’Éducation, Lisa Thompson. Crédit image : Jackson Ho

La nouvelle n’est pas forcément réjouissante pour les conseils scolaires, contraints de devoir se séparer d’enseignants. Soucieux d’éponger le budget provincial, le gouvernement ne cessera de demander par la suite aux institutions éducatives de trouver des économies.

11 avril 2019. L’heure de vérité avec le budget.

15 milliards d’économie à trouver du fait de la mauvaise gestion libérale. L’aphorisme de Doug Ford répétée depuis son arrivée au pouvoir fait peur pendant de long mois. Le premier budget du gouvernement présenté ce 11 avril est finalement et à première vue moins pire qu’envisagé. Du moins, l’espère-t-on à ce moment.

Le déficit est ramené à 10,3 milliards de dollars pour 2019-2020, mais au prix de beaucoup de coupes dans les ministères de second rang (Affaires autochtones, Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs par exemple).

« C’est le moment le plus marquant de ces 12 derniers mois », affirme la politologue. « Quand ils ont été élus en juin dernier, on a vu que c’était un gouvernement qui allait agir de façon cavalière. Pour l’Ontarien moyen, c’est lorsque le budget a été déposé, qu’on a commencé à voir et à comprendre l’étendue des coupures et ce que cela signifierait. À partir de ce moment-là, le vent a commencé à tourner pour Doug Ford. »

Les francophones sont cette fois relativement épargnés, sans être dorlotés. Mince consolation : le renouvellement de la somme d’un million de dollars destiné au Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO).

16 avril 2019. Des nouveaux alliés.

Le style Doug Ford, fort en gueule et direct, peut lui créer des ennemis sur la scène provinciale. En revanche, le premier ministre s’est fait en un an  beaucoup d’amis dans les autres provinces. La victoire du progressiste-conservateur Jason Kenney en Alberta lors des élections du 16 avril marque un certain renforcement pour la Ford Nation à l’échelle pancanadienne.

Doug Ford et le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney. Source : Facebook

Le nouveau premier ministre albertain, tout comme son homologue saskatchewanais Scott Moe, et le Manitobain Brian Pallister ont tous été reçus à Toronto par Doug Ford. Point commun du premier ministre ontarien avec eux : leur opposition radicale à la taxe carbone imposée par le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

« La bataille publicitaire contre la taxe carbone et la bataille judiciaire coûtent aux contribuables des milliers de dollars. La population comprend que le gouvernement dépense beaucoup d’argent et qu’il s’agit d’une vision  idéologique plus qu’économique. »

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