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Les francophones satisfaits du Plan d’action pour les langues officielles

Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne, Jean Johnson. Crédit image: Benjamin Vachet

OTTAWA – Les organismes francophones en milieu minoritaire estiment avoir été entendus par le gouvernement libéral après le dévoilement du Plan d’action pour les langues officielles 2018-2023. Mais selon le politologue, Martin Normand, le gouvernement n’a pas répondu aux problèmes.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«Il y a des investissements réels destinés aux communautés! Avant, on investissait beaucoup dans l’appareil gouvernemental», se réjouit le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Jean Johnson.

Et tant pis si le gouvernement n’a pas accédé à la demande de bonifier l’enveloppe de 575 millions de dollars pour les francophones, comme demandé par l’organisme porte-parole des francophones en milieu minoritaire.

Après un gel de dix ans de la Feuille de route pour les langues officielles, l’investissement supplémentaire total, de près de 500 millions de dollars pour les francophones et les anglophones, reste bien accueilli, ainsi que la volonté du gouvernement d’agir directement dans les communautés sans passer forcément par les gouvernements provinciaux et territoriaux.

De gauche à droite, Alain Dupuis, directeur général de la FCFA, Jean Johnson, président de la FCFA et Raymond Théberge, commissaire aux langues officielles du Canada. Crédit image: Stéphane Bédard

«Depuis l’automne dernier, on revendique l’importance de faire des investissements directs. Aujourd’hui, on nous a confirmé que le plan prévoit ça. On va s’assurer de travailler avec le gouvernement pour que ce soit fait et que ce soit du vrai «par et pour». Le gouvernement est en train de changer une culture et nous avons un rôle à jouer pour nous en assurer», explique M. Johnson.

 

Problèmes récurrents non résolus

Mais le politologue Martin Normand, stagiaire postdoctoral à l’Université d’Ottawa, ne partage pas cet enthousiasme.

«La hausse du financement de base explique la satisfaction des organismes. C’est un soupir de soulagement pour les cinq prochaines années, mais l’inflation va vite les rattraper.»


«Ce plan est un écran de fumée qui ne règle pas les problèmes structurels auxquels sont confrontées les communautés francophones en situation minoritaire.» – Martin Normand, politologue


Le politologue rappelle les problèmes récurrents des organismes qui ne sont pas abordés dans le plan d’action libéral.

«Il n’y a rien sur le fardeau administratif des organismes alors qu’on sait que cela leur prend beaucoup de temps et de ressources humaines et que cela finit par essouffler les communautés. Il n’est pas non plus mention de mettre fin au financement par projet, qui pose pourtant problème. On ne parle pas non plus de transparence ni de reddition de compte dans les ententes intergouvernementales. Et même si on dit que le plan sera «par et pour», il n’y est fait mention qu’une fois dans le document, pour les services d’établissement des nouveaux arrivants francophones.»

M. Normand s’explique également mal pourquoi aucun fonds n’est prévu pour la révision de la Loi sur les langues officielles et ses règlements.

 

Satisfaction aussi pour les jeunes et les Arts

Mais du côté de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), le président Justin Johnson partage l’enthousiasme qui semble général.

«Les jeunes ont été entendus haut et fort pendant les consultations. On parle de financement en employabilité, pour contrer l’insécurité linguistique, pour accroître les espaces francophones comme les Jeux de la francophonie canadienne qui se tiendront à Victoria en 2020… C’est ce genre d’activités qui viennent en appui aux jeunes et qui leur donnent l’occasion de se rassembler, de célébrer et de promouvoir leur francophonie pour devenir des jeunes engagés dans leurs communautés et qui contribuent au bilinguisme de leur pays.»

Une analyse que partage, pour le secteur des arts et de la culture, le président de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Martin Théberge.

«C’est un excellent point de départ et nous sommes quasiment en mode « célébration ». Nous sommes très contents que soit reconnu le rôle de moteur des arts et de la culture dans le développement des communautés et qu’il soit prévu un accès direct à des fonds sans passer par les provinces et territoires.»

Il souligne toutefois que des questions demeurent. La FCCF se dit notamment préoccupée par «la situation fragile et les besoins criants sur le terrain, entre autres pour soutenir la pratique artistique et ses membres qui reçoivent trop peu, voire aucun financement de base, et qui ne seront pas renforcés par l’annonce d’aujourd’hui».

 

L’AFO va continuer à demander sa part

En Ontario, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) avait demandé, en novembre, que sa communauté obtienne une plus grosse part de l’enveloppe fédérale. L’organisme provincial jugeait qu’étant plus de la moitié des francophones en contexte minoritaire, la province devrait recevoir 33 % des investissements et non les 23 % obtenus sur l’année financière 2015-2016.

Le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk. Crédit image: Stéphane Bédard

«On n’a peut-être pas une réponse claire aujourd’hui, mais ça s’en vient. L’AFO va continuer à travailler avec le gouvernement pour que toutes les communautés francophones de l’Ontario aient accès aux ressources nécessaires pour bien desservir leur population francophone», juge le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk.

 


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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.