Politique

Les militants conservateurs s’opposent au financement de Radio-Canada

Le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, s'adresse aux délégués lors du congrès de sa formation politique, à Calgary (Alberta). Photo : La Presse canadienne/Larry MacDougal

CALGARY – Réunis en congrès national en Alberta, les délégués du Parti conservateur du Canada se sont largement prononcés, ce samedi, pour la privatisation du diffuseur public lors du vote d’une motion en ce sens. Plus tôt, dans la nuit de vendredi à samedi, le chef Pierre Poilievre a passé haut la main l’épreuve du vote de confiance de son parti, récoltant 87,4 % des voix.

La motion, qui a récolté 77,07 % de voix en sa faveur, était celle-ci : Assurer un paysage médiatique de marché libre, réduire la régulation, transférer les activités de CBC-SRC à une agence non-gouvernementale.

« Durant une bonne partie de l’histoire de notre pays, les diffuseurs se sont heurtés à des obstacles à l’entrée sur le marché. Ce problème n’existe plus : il est maintenant moins dispendieux de distribuer du contenu. Il y a des possibilités sans précédent de renforcer notre identité culturelle sans payer des impôts au gouvernement », a plaidé le porteur de la résolution.

Cette position n’a toutefois pas fait l’unanimité, certaines voix appelant à ne pas mettre dans le même panier CBC et son pendant francophone Radio-Canada.

« Nous ne devons pas détruire CBC/Radio-Canada, car c’est un canal de communication vers le Québec et le Nouveau-Brunswick et, si nous voulons un Canada bleu d’une côte à l’autre, nous ne pouvons pas nier aux francophones leur droit à accéder à l’actualité en langue française. Ça va détruire nos appuis au Québec et au Nouveau-Brunswick », a contre argumenté un délégué partisan du non.

Gérard Deltell, député québécois de Louis-Saint-Laurent-Akiawenhrahk, a enfoncé le clou : « Il y a tout un monde de différence entre les deux : Radio-Canada donne accès à des contenus en français pour 9 millions de francophones. Gardez cela à l’esprit », a-t-il lancé avant le vote, rappelant que le chef du parti Pierre Poilievre (ainsi que le dernier premier ministre conservateur au pouvoir Stephen Harper) reconnaissait lui-même l’importance de cette mission de service public en français.

Quelques instants plus tôt, Rachael Thomas, une députée albertaine et farouche opposante au diffuseur public, invitait les délégués conservateurs à voter en faveur de cette résolution.

Lors de la dernière campagne électorale, le chef conservateur Pierre Poilievre s’était en effet engagé à « préserver les services de Radio-Canada partout au pays  », soulignant que, contrairement à la CBC, la section francophone du média public n’a pas de concurrents dans le secteur privé et qu’il est donc essentiel de la maintenir.

Cet argument n’a pas suffi à faire basculer le vote lors de ce congrès dans l’Ouest canadien où une partie des délégués du Québec et des provinces atlantiques n’ont pas fait le déplacement. Il faut toutefois préciser que ce type de motion n’est pas contraignante : le parti n’est pas obligé de suivre les politiques adoptées.

Expulsions des criminels non citoyens, thérapies de genre, nomination des juges, pensions privées… au total, plus de soixante motions ont été soumises au vote ce samedi, dernière journée du congrès.

Un solide appui du parti pour Pierre Poilievre

Plus tôt, dans la nuit de vendredi à samedi, le chef du parti Pierre Poilievre a largement remporté le vote de confiance par 87,4 % des suffrages exprimés. Ce vote, dont l’issue ne faisait guère de surprise, était essentiel au leader de l’opposition officielle pour réaffirmer sa légitimité à la tête des conservateurs, après sa défaite aux dernières élections fédérales.

M. Poilievre est ainsi le premier chef conservateur depuis Stephen Harper à qui le parti offre une seconde chance. Dans son discours devant des délégués, il s’en est pris au bilan du premier ministre libéral Mark Carney : « Après dix ans de gouvernement libéral, le Canada est plus cher, plus criminogène, plus dangereux, plus dépendant et plus divisé que jamais. »

« Le peuple a besoin que le gouvernement le laisse tranquille, qu’il ne l’entrave pas et qu’il soit à ses côtés, a-t-il clamé avant de promettre : Lorsque je deviendrai premier ministre, ces formidables Canadiens n’auront plus besoin de ma permission pour réussir. »

Article écrit avec les informations de Pascal Vachon.