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Louis Venne, la quête de la distance et des impossibles

Temps de lecture : 6 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+] 

MONTRÉAL – Louis Venne a d’abord construit des meubles, et navigué des milliers de kilomètres en canot, avant de lancer Comme une bête dans les headlights, réalisé par Olivier Fairfield. Neuf ans séparent cet album, du premier sorti en 2010. Au terme de cette longue pause musicale, l’artiste franco-ontarien a voulu rendre hommage à la nature, tout en cultivant la distance. Aujourd’hui, c’est une autre pause qu’il doit prendre, freiné dans ses projets par une épidémie incertaine.

« Notre première question est liée à l’épidémie. Comment vivez-vous ce moment inédit qui est arrivé seulement quelques mois après le lancement de votre album ?

C’est plutôt compliqué depuis une coupe de mois. Outre ma carrière artistique, j’ai une job à temps plein comme gestionnaire des six bâtiments d’un organisme communautaire dédié aux soins de santé mentale à Montréal qui s’appelle Le Mûrier. Dans le fond, j’ai continué à travailler, comme c’est un service essentiel. Mais c’est sûr que bien des choses ont été annulées, que ce soit les tournées d’été ou encore, une tournée en France.

On devine que c’est plus d’heures de travail ?

En fait, dans ma job à temps plein, je passe d’habitude beaucoup de temps dans les rénovations et les réparations. Mais ces tâches ont été mises sur pause pour se concentrer sur les choses essentielles. On a une cuisine qui produisait 200 repas par semaine. Nous en avons produit 1 000 pendant l’épidémie. Ça a modifié mes tâches de travail. Il y a eu seulement un cas de COVID dans toutes les résidences, et pas de contamination !

Comment s’est tout de même passée la promotion de votre album, Comme une bête dans les headlights, sorti en octobre dernier ?

On commençait à voir quelque chose de pas pire. Pour moi, ce qu’il y a eu de plus intéressant, c’est qu’on a commencé à percer le marché européen, surtout en France. On a fait une belle tournée en décembre dernier. On travaillait avec une agence de booking là-bas, qui s’appelle Klaxon. J’en étais vraiment enchanté. C’est quelque chose que mon premier album, Le Café des oiseaux, ne nous avait pas permis.  

Et comment se déroule donc cette « pause » depuis le mois de mars ?

Pour moi, ça fonctionne, même si je n’ai pas une forte présence sur les réseaux sociaux. C’est pas l’idéal, mais ça reste un excellent moment pour une introspection. J’aime vivre dans le monde, donc ça m’affecte, mais vivre dans la lumière n’est pas ma motivation principale.

Comme artiste, vous ne faites pas de concerts dans votre salon ?

(Hésitations) Disons que je l’ai fait deux-trois fois, de manière préenregistrée, mais c’est pas trop mon truc. Il y a un manque de communication, le sentiment de n’être pas équipé. De plus, si tu n’as pas de bonne bande passante, ça sonne mal, c’est pas beau. Au final, ça ne rend pas ce qu’on fait à sa juste valeur. J’ai vu des Facebook Live d’artistes que j’admire, et ça avait vraiment l’air d’une gang d’amateurs !

Neuf ans donc entre Le café des oiseaux, en 2010, et cet album. Pourquoi une telle attente ?

Je voulais faire un album qui était le plus près possible de moi. J’étais très jeune au premier album, et c’était un peu un ramassis de chansons que j’avais accumulées à l’adolescence. Pour le premier album, je suis passé trois-quatre jours au studio faire l’enregistrement, et trois-quatre mois plus tard, j’ai reçu l’album. J’étais détaché du processus.

Après, j’ai fait autre chose, mais j’ai continué à faire de la musique. Il y a deux ou trois ans, l’idée de faire cet album m’est venue. J’avais l’impression d’avoir accumulé assez de morceaux. Je le voulais plus artisanal. C’est pourquoi, j’ai fait l’enregistrement entre amis avec notre propre matériel. Les mix, c’est nous qui les avons faits, la pochette a été faite par l’un de mes grand chum !  

Peut-on parler de l’album de la maturité ?

Quelque part, oui !

Crédit image : Isaac Valentin

Autre changement et non des moindres, vous étiez Louis-Philippe Robillard au moment de votre premier album, en 2010, pour devenir aujourd’hui, Louis Venne. Pourquoi ce changement ?

En fait, Venne est le nom de ma mère. L’explication principale, c’est que je voulais faire une cassure avec le premier album. Dans mon monde idéal, on n’aurait même pas parlé de ce premier album. J’ai l’impression que mon deuxième album est mon premier.

Aussi, je trouvais juste que Louis-Philippe Robillard sonnait long et moins catchy. Mon gérant me disait que personne ne se souviendrait de mon nom ! Louis-Philippe Robillard reste bien sûr mon nom au travail, dans la vie de tous les jours.

Pendant cette pause artistique, vous avez terminé un cours d’ébénisterie à l’École des métiers du meuble de Montréal, puis ouvert votre propre atelier dans le petit village de Val-des-Lacs, dans les Laurentides. C’est plutôt original pour un chanteur…

Je ne me voyais pas faire ça jusqu’à la fin de mes jours, mais j’étais curieux et très intéressé à développer plus d’un aspect de moi-même, de ne pas me cantonner dans l’exercice d’un truc. Je ne trouvais pas ça intéressant d’être seulement musicien. Mille affaires m’ont passé par la tête. J’ai toujours admiré les savants de la Renaissance, ces sortes de sages omniscients, qui étaient médecins, peintres et scientifiques à la fois.

Il y a eu aussi, en 2011, un voyage de plus de 7 000 kilomètres en canot à travers le Canada…

C’était un rêve de petit gars ! L’idée m’est venue quand j’avais 13 ou 14 ans. Un des bons amis de mon père m’avait filé un bouquin qui parlait de cette longue balade en canot. On voulait prendre la route [fluviale] des Premières Nations. Elle traverse le pays du Sud-Est au Nord Ouest en reliant les Grands Lacs. Pour le faire en 2011, on était huit en tout. Par magie, tous les huit, on pouvait prendre six mois de congés, et ça s’est fait.

Pensez-vous que ces différentes expériences ont influencé votre album ?

Oui, je dirais mon rapport à la distance, pas juste la distance géographique, mais la distance qu’on a par rapport à nous-mêmes et aux autres.

Le deuxième thème de l’album, c’est la beauté des choses impossibles, le fait de se retrouver dans des endroits impossibles, de faire des rencontres impossibles. Une fois de retour d’un voyage, on se repenche sur ce que l’on a vécu, et sur les choix qui ont mené à ce que l’on est maintenant. J’explore cela dans mes chansons.

Source : Facebook Louis Venne

Vous vivez aujourd’hui au Québec, mais vous considérez-vous toujours Franco-Ontarien, ayant passé votre adolescence à Ottawa ?

Oui ! J’étais à l’École secondaire publique De la Salle. Ça m’a apporté la confiance en moi. Il y a vraiment un bon soutien des profs, des encouragements à faire ce qu’on voulait faire. C’était très très motivant. Après cela, j’ai pu participer à des trucs comme le festival Quand ça nous chante, et Ontario Pop. J’ai passé par toutes ces étapes en Ontario français.

Continuez-vous à suivre un peu ce qui se passe aujourd’hui en Ontario français ?

(Longue hésitation) Tout ce qui s’est passé avec le gouvernement Ford, je trouve que c’était dommage et très triste qu’on soit 2020 et qu’il faille se faire encore respecter en tant que francophones ! Les minorités doivent pouvoir vivre dans la langue de leur choix.

À quel âge avez-vous commencé la musique ?

J’ai commencé le saxophone à 12-13 ans. La copine de mon oncle m’avait acheté une guitare dans le catalogue Sears. Vers 15 ans, j’ai pris quelques cours de guitare, mais j’haïssais ça pour mourir. J’ai cessé de prendre des cours. Je me souviens que mon prof de guitare cognait à la porte, mais je ne répondais pas. Je préférais le laisser dans le froid.

Ça ne vous intéressait pas ?

Oui, mais je n’avais pas un super prof. J’ai continué à jouer de la guitare cependant, et c’est resté mon instrument principal. Je me suis mis aussi à jouer de la trompette, de la batterie. Je ne dirais pas cependant que je suis trompettiste, bassiste ou batteur.

Avez-vous un autre projet d’album qui se dessine ?

Quand on était en France, on a eu la chance de faire quelques jours d’enregistrement chez des amis, près de Marseille. On a enregistré des nouveaux morceaux. C’est ça qui est dans le collimateur. Je compte aussi sortir un EP à la fin de l’hiver ou au printemps prochain.

Quel est l’avantage du EP sur l’album ?

Ça peut entre autres permettre de sortir du matériel de trois ou quatre chansons plus rapidement. C’est vraiment ça. Le projet d’album va prendre un an, deux ans, trois ans. Un EP permet de rester plus actuel, et plus dans l’action ! »


LES DATES-CLÉS DE LOUIS VENNE :

1988 : Naissance à Hull (Québec)

2006 : Graduation à l’École secondaire publique De La Salle, à Ottawa

2010 : Premier album Le café des oiseaux en tant que Louis-Philippe Robillard

2011 : Remporte cinq Trille Or au gala Trille Or

2019 : Second album, Comme une bête dans les headlights

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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