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Doug Ford grand favori des sondages

Mandat de Doug Ford : promesses tenues versus les promesses avortées

Temps de lecture : 6 minutes

Toute période électorale est propice à des promesses en masse. Cependant, dans la plupart des cas, un pan de ces engagements ne dépasse guère le domaine du verbal durant le mandat du parti vainqueur. Qu’en est-il de ceux émis par Doug Ford lors des dernières élections ? A-t-il failli à ses promesses ou, au contraire, les a-t-il honorées ? Réponse en toute objectivité.

« On ne peut tout simplement pas faire confiance aux conservateurs de Doug Ford. Au cours des quatre dernières années, ils ont prouvé qu’ils ne se souciaient pas de tenir leurs promesses », n’a eu de cesse de dénoncer le chef libéral de l’Ontario, Steven Del Duca lors de ses déplacements de campagne.

Du côté des néo-démocrates, ils vont plus loin et chiffrent l’affaire. « Selon les études qu’on a menées, Doug Ford n’a tenu que 37 % des promesses qu’il avait faites en 2018 », souligne le porte-parole de l’opposition pour les Affaires francophones, Guy Bourgouin.

Même constat fait par le Parti vert, seul le secteur change. Son leader, Mike Schreiner donne sa version à ONFR+ : « Doug Ford a affirmé que le changement climatique est réel, mais il a passé les quatre dernières années à agir comme si ce n’était pas le cas : retirer le pouvoir des contrôleurs de la protection de la nature ou planifier des autoroutes à travers la Ceinture verte en sont quelques exemples. »

Le chef du Parti Vert, Mike Schreiner en campagne. Crédit image : ONFR+

Voilà pour l’opposition qui a éteint le calumet de la paix le temps d’une élection. Quant au clan d’en face, l’histoire est toute autre. Pour le gouvernement sortant, la parole donnée a été tenue et les objectifs atteints.  

En effet, le gouvernement avait multiplié les annonces durant les semaines qui ont précédé le départ officiel de la campagne électorale le 4 mai dernier, dont certaines honoraient des promesses préélectorales.

À noter que, pour la plupart, ces déclarations on été faites au nord de la province dans des circonscriptions que les progressistes-conservateurs ont dans le viseur. Diminuer les taxes sur le carburant pour une période de six mois ou encore la participation du gouvernement à hauteur de 900 millions de dollars pour « Réussir la transition aux véhicules électriques » sont de celles-là.

La voix neutre du Polimètre

Toutefois, pour séparer le bon grain de l’ivraie et éviter le biais que pourrait représenter l’intérêt politique de chacun des partis en course, il convient d’user de la voie de la neutralité, autrement dit de l’expertise. Pour ce faire, le Polimètre s’avère être un moyen optimal.

Développé par le Centre d’analyse des politiques publiques de l’Université Laval, cet outil analytique adressé au citoyen lambda comme aux chercheurs permet de mesurer d’une manière exhaustive le niveau de réalisation des promesses faites par les gouvernements. Le tout en temps réel et en toute transparence.

Ainsi, s’agissant de l’Ontario, il en ressort que, à l’heure de la mise sous presse (soit 1441 jours après le début du mandat du gouvernement sortant), sur les 136 engagements tenus par les progressistes-conservateurs au cours de leur mandat, seulement 13 % n’ont pas été honorés, 37 % l’ont été et 18 % l’ont été partiellement. Néanmoins, 31 promesses sont toujours en cours de traitement et 14 n’ont pas encore été notées.

Rendre à « César » ce qui est à « César »

Afin de rendre à César ce qui lui appartient, voici quelques principaux engagements préélectoraux de Doug Ford qui ont été mis en application, documents et chiffres publics à l’appui.

Tout d’abord, un qui concerne directement la bourse des Ontariens, à savoir la taxation. Dès son investiture, le premier ministre candidat avait promis de n’introduire aucune taxe durant tout son mandat. Parole respectée.

Dans le secteur de la santé publique, et au regard des budgets 2019, 2020 et 2021 alloués (2,68 milliards de dollars déjà investis et 3,7 milliards supplémentaires à partir de 2024-2025), on peut dire que la troupe de Doug Ford a bel et bien tenu parole à propos de la création de 30 000 lits de soins de longue durée en 10 ans.

Autre promesse qui vaut son pesant d’or, mais qui est passée presque inaperçue au vu de l’augmentation du prix de l’immobilier en Ontario, porte sur le loyer. Certes, l’homme fort de la province n’a pas manqué de supprimer le contrôle des loyers sur les nouveaux immeubles résidentiels peu après son accession au pouvoir, mais il a maintenu, comme promis, le contrôle des loyers pour les locataires déjà en place. De plus, il a limité l’augmentation de loyer pour 2022 pour l’établir à 1,2 %. Une promesse de statu quo, en somme  !

En outre, le gouvernement ontarien a réussi à faire adopter par l’Assemblée, en novembre dernier, la loi 27 visant à œuvrer pour les travailleurs, une loi qui, entre autres, ambitionne d’éliminer les obstacles rencontrés par les nouveaux arrivants formés à l’étranger, tels que l’exigence d’une expérience de travail canadienne.

Source : Centre d’analyse des politiques publiques de l’Université Laval

Ford a failli

À l’inverse, il existe des domaines où Doug Ford a failli à sa parole. L’économie en est un. En effet, si l’Ontario a honoré sa promesse vis-à-vis de la réduction du taux de l’Impôt sur le revenu des petites entreprises en le faisant passer de 8,7 % à 3,2 % dès le 1er janvier 2020, il n’en va pas de même pour la promesse relative à la baisse des taux d’imposition des sociétés de 11,5 à 10,5 % afin d’attirer de nouvelles entreprises en Ontario. « Le taux général de l’impôt sur le revenu des sociétés en Ontario est actuellement de 11,5 % », peut-on lire sur le site gouvernemental.

Toujours dans la chose économique, le premier ministre tenant du titre a échoué à concrétiser sa promesse d’équilibrer « le budget provincial au cours de la troisième ou quatrième année du mandat », comme annoncé lors des dernières élections. Il n’en est rien, le déficit budgétaire de l’Ontario a plus que doublé depuis lors. Bien que le gouvernement table sur une baisse de déficit de 27,7 milliards de dollars pour l’exercice 2022-2023, on est toujours loin du compte. 

Autre défit, autre échec, les progressistes-conservateurs n’ont pas réussi à réduire la facture d’électricité du contribuable ontarien de 12 % comme annoncé avant les élections. Mieux que cela, selon le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario, la facture moyenne a grimpé de 4,3 % entre 2018 et 2021 et poursuivrait sa hausse de 2 % chaque année.

Quant aux promesses environnementales, là aussi, il y a beaucoup à redire, en commençant par l’engagement voulant renforcer la surveillance des principaux pollueurs. À en croire le rapport du Bureau du vérificateur général de 2021, il existe peu de preuves qui abondent dans ce sens, allant jusqu’à qualifier le travail du ministère de tutelle de « trop faible pour prévenir et réduire les risques de déversements » commis par les industriels pollueurs. Qui plus est, le rapport pointe du doigt le manque de transparence de la part du gouvernement et une législation trop molle dans ce domaine.  

Sur un autre registre, celui de la santé publique, l’opposition reproche deux promesses non tenues. D’une part, la médecine de couloir, c’est-à-dire le surpeuplement des hôpitaux que le premier ministre avait promis d’éradiquer pendant son mandat. Les données suggèrent que, loin d’avoir disparu, le phénomène persiste et a même atteint aujourd’hui le niveau prépandémique.

D’autre part, le temps d’attente dans les hôpitaux avant d’être pris en charge que le gouvernement avait prévu de réduire d’une manière significative. En juin 2018, le temps moyen d’attente était de 14,4 heures contre 15,1 en décembre 2020. Plus récemment, en novembre 2021, certains patients pouvaient attendre jusqu’à deux ans pour pouvoir subir une opération chirurgicale.

La pandémie à la rescousse

Ceci écrit, il en va du bon sens qu’il faut prendre en considération dans cet examen de la bonne foi politique les deux années de COVID-19, lesquelles représentent ce qu’on appelle une variable accidentelle dans le jargon statistique, car imprévisible.

Emmanuelle Richez, professeure agrégée des Sciences politiques à l’université de Windsor

« Même si le gouvernement n’a pas tenu plusieurs de ses promesses, il bénéficie d’un peu de répit du fait qu’il a été accablé par la gestion de la pandémie durant la moitié de son mandat », relativise Emmanuelle Richez, professeure agrégée des Sciences politiques à l’Université de Windsor, avant d’y aller de son petit pronostic  : « Il me semble bien que les électeurs soient prêts à donner à Doug Ford une deuxième chance pour gouverner la province. »

Les sondages donnent raison pour l’instant à la professeure, puisque les plus pessimistes d’entre eux donnent le Parti progressiste-conservateur vainqueur avec une confortable marge de sept points devant le Parti libéral.

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