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Matteo De Brienne, un premier pas vers le niveau international

Matteo De Brienne à l'échauffement avec les Rouges avant la rencontre face au Guatemala. Photo : Soccer Canada

GÖTEBORG (SUÈDE) – Un quart d’heure sur la pelouse, un maillot qu’il rêvait d’enfiler, et une victoire symbolique face au Guatemala. Pour Matteo De Brienne, le camp d’entraînement de l’équipe nationale canadienne auquel il a participé en janvier à Los Angeles marque un tournant. Même si la rencontre remportée 1-0 n’a finalement pas été homologuée comme un match international A, l’arrière gauche franco-ontarien a vécu une première expérience marquante au plus haut niveau.

« C’était un moment incroyable, juste pour être capable d’être à côté et de pratiquer avec les gars que tu regardes à la télévision chaque mois, pendant la Gold Cup ou les grands matchs, raconte-t-il. Être là, apprendre, appliquer ce qu’ils font, c’était vraiment spécial pour moi. »

Sur le papier, ce Canada–Guatemala ne comptera pas dans les statistiques officielles. Mais sur le terrain, l’enjeu était bien réel. Le Canada s’est imposé 1-0 face à une sélection guatémaltèque proche de celle alignée lors de la dernière Gold Cup qui avait éliminé les Rouges en quarts de finale. Pour De Brienne, cette victoire a une saveur particulière.

« Juste d’être capable de mettre le maillot et de battre le Guatemala, surtout après ce qui s’était passé la dernière fois, c’était incroyable. Même si ce n’était pas officiellement ma première sélection A, pour moi, ça reste une expérience extrêmement positive. »

Apprendre à jouer collectif, autrement

Entré en jeu pour une quinzaine de minutes, le défenseur de 23 ans a surtout profité de ce rassemblement pour se jauger face au rythme international. Et le constat est rassurant.

« Honnêtement, je ne me suis pas senti si loin que ça. La qualité en Suède est vraiment bonne. La grande différence, c’était surtout la manière de jouer avec l’équipe nationale. »

Matteo De Brienne a beaucoup appris aux côtés du vétéran Kamal Miller lors du stage avec l’équipe nationale. Photo : Canada Soccer

Ce camp a aussi été une école tactique. Dans le système canadien, chaque déplacement est calibré, chaque course pensée pour le collectif. Une adaptation qui n’a pas été immédiate pour un joueur habitué à beaucoup courir.

« Les trois premiers jours, j’étais trop fatigué, explique-t-il en souriant. Jesse (Marsch) m’a dit : ‘Ici, tu ne cours pas à 100 %, tu cours à 25 % au bon moment’. Kamal Miller m’a beaucoup aidé. Il me disait : ‘Cours droit, ne contourne pas le joueur. Si quelqu’un passe, je suis là’. »

Un apprentissage accéléré, mais précieux. « Comprendre que tout le monde travaille ensemble, les dix joueurs et même le gardien, ça m’a vraiment aidé à devenir une meilleure version de moi-même pendant le camp. »

Du Canada à la Suède : un pari gagnant

Si Matteo De Brienne en est là aujourd’hui, ce n’est pas un hasard. Il y a un an, il faisait le choix de quitter Ottawa et la Première Ligue canadienne (PLC) pour tenter l’aventure européenne, en rejoignant le club de GAIS, en Suède.

Une transition loin d’être simple au départ. « Le début de saison a été compliqué. Je travaillais fort, mais je ne jouais pas beaucoup. J’étais dans une rotation, et mentalement, ce n’était pas facile. »

Il a fallu dix matchs à l’Ottavien pour s’imposer à GAIS en tant que titulaire au poste d’arrière gauche. Photo : Filip Kauffeldt/GAIS

Plutôt que de subir, De Brienne provoque une discussion franche avec son entraîneur.

« J’avais vraiment besoin de parler avec mon coach pour lui demander ce que je devais faire pour jouer plus et sortir de la rotation. Il m’a dit exactement ce que je devais travailler. Après le rendez-vous, je l’ai remercié, parce que je n’aime pas entendre : ‘Tu fais tout bien, ça va venir’. Je veux savoir précisément ce que je dois améliorer. »

Le déclic arrive autour du dixième match. Il enchaîne alors cinq titularisations, inscrit son premier but avec le club, puis sa première passe décisive. L’équipe termine la saison à la troisième place, synonyme de qualification pour les tours préliminaires de la Ligue Conférence de l’UEFA.

« Comprendre le système, comprendre le coach, savoir qu’on peut se dire les choses franchement… ça a tout changé pour le reste de la saison. »

S’adapter aussi en dehors du terrain

L’adaptation ne s’est pas jouée uniquement sur le terrain. À Göteborg, l’Ottavien découvre un nouveau mode de vie. « La plus grosse différence, c’est la nourriture, sourit-il. Ici, tout est très axé sur la santé. »

Le Franco-Ontarien et ses coéquipiers célèbrent la qualification pour la Coupe d’Europe. Photo : Filip Kauffeldt/GAIS

Pour le reste, l’intégration est fluide. La barrière de la langue n’en est pas vraiment une. « Les Suédois parlent un anglais incroyable, parfois même meilleur que certains Canadiens. Le club m’a aussi beaucoup aidé, et maintenant, on va même avoir un professeur de suédois. »

Vivre près du centre-ville, se déplacer facilement, recevoir famille et amis : tout contribue à un équilibre qui se ressent sur le terrain.

Une première porte ouverte…

Ce camp avec le Canada n’est peut-être qu’une étape, mais elle compte. « Dans ma tête, si j’ai une autre bonne saison ou quelques bons mois, je peux revenir avec l’équipe A. Je le vois comme ça. »

Le message est clair : la Première Ligue canadienne peut mener loin. « On a vu plusieurs joueurs passés par la PLC dans ce camp. Ça montre que le niveau monte chaque année. C’est une vraie porte d’entrée. »

À 23 ans, Matteo De Brienne ne s’enflamme pas. Il sait d’où il vient, et ce que ce premier pas représente. Une expérience fondatrice, qui lui a permis de se mesurer au niveau international et de confirmer que la marche vers ce plus haut niveau est peut-être moins haute qu’il ne l’imaginait.

Matteo De Brienne et Sam Salter (9), pourront bientôt célébrer de nouveau des buts ensemble, cette fois sous les couleurs de GAIS. Photo : Tim Austen/Freestyle Photography

Cap sur la saison prochaine

Pour la suite, il se projette avec ambition, mais sans brûler les étapes. Après une saison conclue à la troisième place avec GAIS et une qualification européenne, l’objectif est clair : continuer à s’imposer comme un titulaire et viser plus haut collectivement. « Finir troisième, ce n’était pas suffisant pour moi. Ce n’était pas le numéro un », résume-t-il, déjà tourné vers une saison qui s’annonce dense, entre championnat, coupe nationale et échéances européennes.

Dans ce nouveau cycle, il pourra aussi compter sur l’arrivée prochaine de Sam Salter, ancien coéquipier à l’Atlético Ottawa. Un renfort familier, et aussi un allié linguistique.

« Je vais lui dire : ‘Pendant toute l’année, tu me parles en français’ », sourit De Brienne. Une nécessité, précise-t-il, car « ma grand-mère n’est pas contente avec moi ». Une motivation supplémentaire pour entretenir son français, tout en poursuivant son aventure suédoise.