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Minorités ethnoculturelles : un rapport aux oubliettes ?

TORONTO – Rédigé et remis il y a quatre mois, un rapport sur la place des minorités ethnoculturelles dans la province dort sur les étagères de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). La communauté s’impatiente et s’interroge.

« On attend encore le compte rendu », fait remarquer Jean-Marie Vianney. « On aimerait savoir ce qui se passe pour utiliser des éléments, ajuster nos stratégies et travailler. »

Comme beaucoup de participants, le président de la Coalition des Noirs francophones de l’Ontario (CNFO) veut connaître les conclusions des consultations organisées par l’AFO au cours de l’été dernier. Très attendu, ce rapport doit donner des pistes substantielles permettant aux minorités visibles de prendre la place qui leur revient dans la société ontarienne, comme dans la communauté francophone.

Une première mouture le 30 novembre dernier

Pourtant, un an après le tour de table mené à Toronto, London, Sudbury et Ottawa entre le 27 juin et le 4 juillet, le document n’a toujours pas été rendu public.

« Une date de sortie du rapport n’a pas encore été spécifiée. Vous serez informé de la suite qui sera donnée à ce dossier. L’AFO communiquera là-dessus en temps et lieu », s’est contenté de répondre le service de communication de l’institution porte-parole des Franco-Ontariens.

Léonie Tchatat, rédactrice du rapport et directrice de La Passerelle-I.D.É. Gracieuseté La Passerelle-I.D.É.

L’animatrice des consultations, mandatée pour en faire la synthèse, Léonie Tchatat, a révélé à ONFR+ l’avoir remis voilà plusieurs mois. Présenté une première fois le 30 novembre 2018 au conseil d’administration de l’AFO à Ottawa, le document final a été remis avec toutes les recommandations le 21 mars dernier.

« Le rapport est prêt », affirme Mme Tchatat, directrice de La Passerelle-I.D.É. « Les recommandations ont été soumises. C’est maintenant à l’AFO de publier ce rapport. »

Rappelons toutefois que dans la même période de remise de ce rapport final, La Passerelle-I.D.É. se retrouvait sous le feu des projecteurs dans une autre affaire, après des allégations du Toronto Star d’une utilisation inadéquate de billets de spectacles offerts par un organisme de charité à l’intention de jeunes dans le besoin. Des allégations suivies d’autres soupçons sur la gestion de certains programmes offerts par l’organisme et financés par des subventions publiques.

Toujours est-il que la publication de ce document et de ses recommandations est jugée urgente par plusieurs acteurs communautaires en matière d’immigration.

Fété Kimpiobi : « Pourquoi ça ne sort pas ? »

Les consultations provinciales, dont l’objectif était d’« engager des conversations » et de « rééquilibrer l’implication » des minorités visibles au sein de la société franco-ontarienne, étaient intervenues dans un contexte tendu entre l’organisation et les minorités qui fustigeaient un manque de diversité dans ses rangs.

De nombreux participants avaient fait entendre leur mécontentement et émis des idées pour faire avancer le débat. Fété Kimpiobi se rappelle d’une « très bonne consultation, une forme de sondage vivant, délocalisé en plusieurs endroits en Ontario, à l’écoute de la francophonie invisible et menée avec diplomatie ».

Fété Kimpiobi, directrice générale de Sofifran. Archives ONFR+

La directrice générale de Sofifran, un organisme venant en aide aux familles d’immigrants à Welland, regrette donc d’autant plus que le résultat tarde à voir le jour.

« Ces consultations doivent accoucher d’éléments essentiels pour structurer la communauté. Pourquoi ça ne sort pas ? Cela a suscité énormément d’espoir. On était sur la bonne voie. On ne met pas un an à sortir un tel rapport. Ce n’est pas normal », dit-elle.

Pour Mme Tchatat, le temps presse.

« Il est impératif pour l’AFO de publier ce rapport et de mettre en œuvre ses recommandations pour pouvoir travailler avec les autres acteurs leaders de la communauté et les populations marginalisées. Les immigrants représentent la majorité de la francophonie ontarienne quand on regarde les écoles. Il est impératif de voir comment on peut faciliter leur pleine intégration économique et culturelle au sein de la francophonie plurielle. »

Une urgence à faire bouger les lignes

M. Vianney, qui veut sortir les noirs de la représentativité de façade et avancer sur des points précis, s’impatiente lui aussi.

« On a demandé à voir ce document voilà plusieurs semaines. Vu qu’on a participé et qu’on a un mandat provincial, ces données nous aideraient à cerner les enjeux qui peuvent différer d’une région à l’autre. »

Jean-Marie Vianney, président de la Coalition des Noirs francophones de l’Ontario. Archives ONFR+

Ce dernier s’est démarqué en 2018 de l’Union provinciale des minorités raciales ethnoculturelles francophones de l’Ontario (UP-MREF, englobant l’ensemble de minorités ethnoculturelles, notamment noires, asiatiques et arabes) en créant la CNFO.

« Le mandat de l’UP-MREF était trop grand. On a recentré notre travail sur les enjeux réels en tâchant d’être plus stratégiques dans la défense de nos intérêts  », affirme-t-il.

Créé en juillet dernier, l’organisme n’a cependant pas encore tenu sa première assemblée générale annuelle.

« C’est un travail de reconnaissance complexe. On veut faire face aux défis de notre temps et prendre le taureau par les cornes pour offrir de meilleures options à nos enfants. »

Pauvreté, exposition à la violence, profilage racial, surreprésentation dans les prisons, dans les services à l’enfance, discrimination dans l’accès à l’emploi, à la justice ou aux soins, autant d’obstacles toujours actuels pour les populations noires francophones dont les leaders communautaires soulignent l’urgence à faire bouger les lignes.

Cet article a été mis à jour le mercredi 17 juillet 2019, à 16h13.

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