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Moderniser la LSF : « Un enjeu urgent pour les francophones », dit Kusendova

Temps de lecture : 5 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI ?

Députée progressiste-conservatrice francophone à l’origine de l’officialisation du drapeau franco-ontarien comme emblème de la province, Natalia Kusendova est aussi une infirmière qui a vécu de l’intérieur la pandémie de COVID-19, dans les urgences d’un hôpital torontois.

LE CONTEXTE ?

L’Ontario subit le contrecoup de la crise sanitaire : système de soins de longue durée brisé, récession, endettement, pénurie de professionnels bilingues exacerbée, dossiers francophones gelés…

L’ENJEU ?

Le gouvernement doit assurer la relance économique de la province, transformer le système de santé, garantir la sécurité dans les écoles et, à quelques jours du 25 septembre, donner des gages aux Franco-Ontariens.

« Pourquoi avoir décidé de remettre votre blouse d’infirmière pour lutter contre le virus ?

Quand on a demandé aux infirmières retraitées ou étudiantes de venir renforcer la première ligne, j’ai estimé que je devais faire ma part. Je suis revenue travailler à l’Hôpital général d’Etobicoke, où j’étais auparavant, trois fois par semaine au service des urgences.

Vous qui avez vu les choses de l’intérieur au plus fort de la crise sanitaire, les hôpitaux et les professionnels de santé sont-ils suffisamment équipés et soutenus par la province ?

Avant la pandémie, on avait déjà identifié un problème grave : la médecine de couloir. On avait commencé des efforts pour éviter ça, mais la crise a modifié nos priorités. Le plus important a été de combler des manques d’équipements de protection dans les hôpitaux et les foyers de soins de longue durée. On s’est heurté à une chaîne d’approvisionnement défectueuse. Nos commandes étaient volées par les États-Unis qui payaient plus cher. On a contré ça en incitant nos manufactures ontariennes à produire cet équipement. On a aussi doublé notre capacité de lits avec respirateur : on en a 1 600. Alors oui, aujourd’hui, on est mieux préparé qu’au mois de mars.

La députée Natalia Kusendova. Gracieuseté

Le premier ministre décrit des soins de longue durée « brisés », à bout de souffle… Combien de temps ça va prendre pour remettre le système en état ?

On sait depuis longtemps que notre population vieillit, mais le gouvernement précédent, en quinze ans de pouvoir, n’a ouvert que 640 lits de soins de longue durée dans toute la province. 30 000 personnes âgées attendent un lit. C’est inacceptable. Le système de soins de longue durée est une priorité pour nous, mais ça prend de deux à trois ans pour ouvrir un lit. On veut en ouvrir 15 000 en cinq ans et 30 000 en dix ans. On est à 12 000 depuis le début de notre mandat.

Une commission d’enquête est censée éclaircir la gestion de la crise dans les foyers de soins de longue durée. Cela vous inquiète-t-il ?

Pendant la crise, on a fermé ces maisons et donc on ne savait pas tout ce qu’il s’y passait. Le rapport des Forces armées canadiennes était troublant et on sait qu’on doit changer beaucoup de choses. Ça commence par bâtir plus de lits, trouver du personnel et avoir un système plus efficace.

Le système de santé tout entier est en transformation, mais elle semble se faire sans les francophones. Partagez-vous ce constat ?

Les enjeux francophones sont très importants pour notre gouvernement. La prestation des soins est toujours un défi quand il y a une barrière de langage. Dans ma ville, on parle plus de cent langues. Mais le français est une de nos langues officielles. Alors on doit prioriser son apprentissage. C’est pour ça qu’on a créé l’université francophone.

La pandémie a mis en évidence la pénurie de personnel francophone dans l’éducation, le transport scolaire ou encore la petite enfance. Votre gouvernement a-t-il saisi l’importance de cet enjeu ?

On reconnaît le problème de pénurie d’enseignants. La ministre Mulroney travaille sur cela, mais on a aussi besoin des fonds fédéraux pour répondre à ces enjeux francophones. Les fonds qu’on reçoit du fédéral per capita sont très bas, si on compare aux autres provinces. Notre province a des financements limités, surtout en ce moment avec la COVID-19.

La province actionne-t-elle suffisamment le levier de l’immigration francophone ?

On a demandé au gouvernement fédéral d’augmenter ses quotas du programme des candidats des provinces pour faire venir, par exemple, plus d’infirmières et plus d’ouvriers. On n’a pas eu une augmentation significative.

Gracieuseté

Votre gouvernement va-t-il la moderniser la Loi sur les services en français avant la fin de son mandat ?

C’est un enjeu fondamental et urgent pour les francophones. La ministre (des Affaires francophones) a dit qu’elle voulait moderniser la Loi sur les services en français d’ici la fin de notre mandat et c’est toujours le cas. Il nous reste deux ans pour le faire. Pour l’instant, on travaille sur la stratégie de relance économique.

À propos d’économie, pourquoi le dossier de l’aide à la francophonie économique, lancé en 2018, a mis si longtemps à aboutir ?

On a eu beaucoup de tables rondes, depuis 2018, avec les entreprises franco-ontariennes mais, avec la pandémie, notre stratégie d’aide aux entreprises est devenue globale. Le gouvernement investit aujourd’hui un demi-million de dollars pour la création du Réseau économique francophone et la mise en œuvre d’une campagne de promotion des produits et services franco-ontariens. Ces deux initiatives faciliteront la coopération entre les entrepreneurs et mettront en valeur les produits et services franco-ontariens. 

Pourquoi ne pas profiter de la francophonie pour conquérir des marchés internationaux, trouver de nouveaux débouchés, créer des emplois et donc, renforcer votre stratégie de relance ?

On se concentre sur les Ontariens. Ça serait bien de travailler avec les autres pays, mais on veut construire les emplois dans nos manufactures ici, en Ontario, investir dans les Ontariens.

Votre gouvernement envisage-t-il, dans ce cas, de se retirer de l’Organisation internationale de la francophonie ?

Non, je ne pense pas. On a des membres de notre caucus qui sont impliqués. On est toujours intéressés de participer. L’Ontario peut se positionner comme un leader de la francophonie, mais avant de mettre l’énergie sur ça, on doit se concentrer sur l’économie et la santé de nos citoyens.

Avec un déficit provincial de 38,5 milliards de dollars, faut-il s’attendre à un retour de manivelle et un après-COVID-19 d’austérité ?

On avait déjà un grand déficit de 15 milliards en arrivant au pouvoir. On est allé chercher des économies, ligne par ligne, pour le réduire. Mais avec la pandémie, on a dû dépenser 17 milliards dans un plan d’action contre la COVID-19. Ce n’était pas le temps de l’austérité. Le bien-être financier est important pour nous, mais la santé des Ontariens passe devant. C’est aussi pour ça qu’on investit plus d’un milliard dans l’éducation.

La taille des classes dans les écoles élémentaires préoccupe des parents et des enseignants. Quel est votre diagnostic sur le risque d’éclosion en milieu scolaire ?

On a le meilleur plan au Canada avec 625 infirmières dans nos conseils scolaires, 1 300 personnes pour le nettoyage, de l’équipement de protection pour tous les enseignants et étudiants et le masque obligatoire dès la 4e année. La vie doit continuer. Le contact est important pour la socialisation et la santé mentale. Mais on laisse le choix avec un apprentissage en ligne amélioré où 75 % de l’apprentissage en ligne se fait en personne. »

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