Ottawa met fin à certains tarifs de représailles contre les États-Unis
OTTAWA – Le gouvernement fédéral a annoncé ce vendredi qu’il supprimait les tarifs de représailles imposés aux produits américains couverts par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). La mesure, présentée par le premier ministre Mark Carney lors d’une conférence de presse sur la Colline du Parlement, doit entrer en vigueur le 1er septembre prochain.
« Les objectifs de notre gouvernement ont toujours été clairs : protéger les travailleurs, renforcer la compétitivité des entreprises canadiennes et bâtir l’économie la plus forte possible », a déclaré M. Carney au lendemain d’une discussion téléphonique avec Donald Trump qu’il avait qualifiée de « productive ».
La mesure annoncée ce vendredi a été présentée comme un geste de réciprocité après la réaffirmation par Washington que les exportations canadiennes conformes à l’ACEUM ne seraient pas assujetties aux nouveaux tarifs américains.
En miroir des décisions américaines, Ottawa a donc choisi de lever les contre-tarifs visant de nombreux produits de consommation, mais de conserver des mesures punitives sur trois secteurs stratégiques qui restent assujettis à des contre-tarifs de 25 % : l’acier, l’aluminium et l’automobile. Ces dossiers continueront de faire l’objet de négociations bilatérales « intensives », a promis M. Carney.
Le premier ministre a aussi annoncé le lancement de consultations dès septembre pour préparer la révision prochaine de l’ACEUM, au printemps 2026, et pour définir les priorités canadiennes dans un contexte mondial marqué par un durcissement généralisé des politiques commerciales.
Parallèlement, Ottawa prévoit une nouvelle stratégie industrielle et commerciale afin de diversifier les exportations, protéger les emplois et stimuler l’investissement dans les secteurs jugés vulnérables aux décisions américaines.
« La meilleure relation commerciale »
Le premier ministre a rappelé que ces tensions s’inscrivaient dans une stratégie plus large des États-Unis, qui ont multiplié les hausses tarifaires sur leurs partenaires commerciaux pour protéger certaines industries stratégiques et attirer davantage d’investissements étrangers. Résultat : le tarif moyen imposé par Washington sur le commerce mondial est passé de 2 % à 16 % en un an.
Malgré ce contexte, M. Carney a affirmé que le Canada disposait toujours du meilleur accès au marché américain : « On a la meilleure relation commerciale avec les États-Unis ».
« Le taux moyen sur nos exportations est de 5,6 %, soit le plus bas parmi tous les partenaires des États-Unis. Plus de 85 % du commerce entre nos deux pays demeure libre de tout tarif », a-t-il insisté en référence à l’ACEUM.
À noter que les nouveaux tarifs de 35 % imposés par Washington ne concernent que les marchandises non couvertes par l’ACEUM.
« Durant la première période d’une partie importante de hockey, on joue robuste dans les coins et on jette les gants pour passer un message, ce que nous avons fait. Mais vient ensuite un moment dans la partie, où on tente de contrôler la rondelle et de marquer un but », a déclaré le premier ministre pour expliquer la nouvelle orientation commerciale du Canada qui, selon lui, entre précisément dans cette nouvelle étape du match.
« Nous devons nous adapter à cette nouvelle réalité et préserver l’avantage unique dont nous bénéficions auprès des États-Unis. C’est vital pour nos travailleurs, nos entreprises et nos familles », a conclu M. Carney.
Washington, l’Ontario et Pierre Poilievre réagissent
La Maison-Blanche a réagi favorablement à la levée par le Canada de ses contre-tarifs sur les produits américains, qualifiant cette annonce de « décision attendue de longue date ».
Washington a ajouté « attendre avec impatience de poursuivre les discussions avec le Canada sur les enjeux commerciaux et de sécurité nationale », rapporte l’agence Reuters.
De son côté, le premier ministre ontarien Doug Ford a appelé Ottawa à conclure un accord avec les États-Unis pour soulager les secteurs touchés par les surtaxes, dont l’acier, l’automobile, la foresterie et le cuivre.
« Si le gouvernement fédéral n’y parvient pas, il doit riposter fermement et soutenir les travailleurs et entreprises », a-t-il ajouté dans une publication sur X, en insistant pour que l’acier ontarien soit utilisé dans toutes les infrastructures canadiennes.
Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a accusé le gouvernement fédéral de perdre la guerre tarifaire face à la Chine et aux États-Unis.
« Il avait promis une entente avec Donald Trump en juillet, et nous sommes maintenant en septembre sans aucun résultat », a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse plus tard en après-midi.
Toutefois, celui qui vient de retrouver son statut de député assuré que les conservateurs restent ouverts à la collaboration avec les autres partis et a appelé le premier ministre à reprendre ses propositions pour accélérer les projets de mines, de pipelines et de foresterie, dans le but de renforcer l’autosuffisance du Canada.

En rappel, les relations commerciales entre Ottawa et Washington s’étaient particulièrement tendues à la fin juillet, lorsque le président américain Donald Trump a décrété une hausse des tarifs à 35 % sur une partie des exportations canadiennes.
Entrée en vigueur dès le 1er août après l’échec des négociations visant un nouvel accord bilatéral, la mesure a marqué un tournant dans le conflit. Washington a justifié cette décision à la fois par la lutte contre le fentanyl et par les surtaxes déjà imposées par Ottawa.
Depuis le début du différend, le Canada avait en effet frappé à trois reprises les produits américains, notamment avec une vague visant environ 60 milliards de dollars de biens de consommation et des mesures supplémentaires contre les véhicules.