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Ottawa-Vanier, circonscription de la prospérité ou de la pauvreté ?

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – En bonne posture pour remporter un troisième mandat dans Ottawa-Vanier, une circonscription qui compte 30  % de résidents de langue maternelle française, la députée sortante Mona Fortier, ministre de la Prospérité de la classe moyenne et ministre associée des Finances, essuie les piques de ses rivaux politiques qui lui reprochent d’avoir au contraire laissé se développer la pauvreté dans sa propre circonscription.

« Comment se fait-il qu’Ottawa-Vanier, où la majorité des gens sont des personnes à faible revenu, ait une représentante qui est ministre de la Prospérité de la classe moyenne ? », ironise Lyse-Pascale Inamuco, la candidate néo-démocrate.

« Les gens ont été pris pour acquis pendant dix ans », affirme-t-elle. « Résultat : beaucoup de pauvreté, un logement abordable dans un état déplorable et des pensions insuffisantes pour assumer les besoins de base », énumère celle qui s’érige en défenseure des délaissés.

Mettant en avant les résultats obtenus grâce à la stratégie nationale pour le logement, lancée en 2017, année de sa première élection, la libérale Mona Fortier conteste ce portrait et ajoute que « 7 milliards sont investis pour aider à réduire la pauvreté à travers l’allocation canadienne pour les enfants. On a sorti 400 000 enfants de la pauvreté ».

Reconnaissant que la pandémie a mis en péril des familles, elle souligne que son gouvernement a répondu à l’urgence en instaurant la prestation canadienne d’urgence pour les familles, ainsi que la subvention salariale ou encore la subvention locative pour les entreprises.

« On aussi été actif sur le logement rapide dans Ottawa-Vanier pour trouver un toit aux sans-abri », insiste l’élue. « On a ouvert la maison des vétérans. On a travaillé avec les Bergers de l’espoir sur un programme de logement et on va avoir 380 unités qui vont ouvrir dans le secteur du village des riverains. On a également annoncé la réparation de 11 000 logements qui seront remis en service. »

Cette réponse au sans-abrisme n’est pas la bonne solution selon Christian Proulx. Le candidat vert, qui estime que l’itinérance a empiré de façon dramatique depuis dix ans. Il regrette que « les fonds fédéraux ne se rendent pas aux solutions. Plutôt que d’augmenter les places dans les refuges, on devrait leur trouver un premier logement, faire un suivi et déterminer les causes qui conduisent à l’exclusion sociale. Isoler les gens dans un foyer ne résout rien. On doit leur montrer que d’autres options existent dans la vie ».

« Il reste encore à faire, mais on est sur la bonne voie », assure Mme Fortier qui pense qu’Ottawa-Vanier aura sa juste part dans le vaste plan national de rénovation et de remise en service d’1,4 million de nouveaux logements.

Transport et recul du français : la circonscription dans l’œil du cyclone

M. Proulx tire aussi la sonnette d’alarme sur l’environnement. Il ne veut pas entendre parler d’un nouveau pont à Ottawa pour désengorger la ville, mais croit que d’autres alternatives sont à prendre en compte pour éviter aux secteurs résidentiels le passage des camions.

« Il n’y a pas de route désignée pour éviter Ottawa-Vanier et ce n’est pas en reconstruisant un pont que ça va s’arranger. On va juste déplacer le problème, encourager la circulation automobile et saturer un peu plus le secteur résidentiel ».

Le candidat vert défend le train et la consommation locale pour atténuer les conséquences environnementales du trafic routier.

Les candidates Mona Fortier (PLC), Heidi Jensen (PCC) et Lyse-Pascale Inamuco (NPD). Crédits image : TFO, PCC et NPD

« Pour faciliter le transport interrégional, on attend une importante étude de la Commission de la capitale nationale qui nous permettra d’évaluer les besoins de la région et de faire les bons choix », fait savoir Mme Fortier. Elle rappelle de surcroît les efforts portés par son gouvernement dans le transport en commun. « On a investi fort, notamment dans la phase 2 du train léger et on serait prêt à aller de l’avant sur la phase 3. »

Pas que la « francophonie blanche » tacle le NPD

Mme Fortier défend aussi le bilan libéral pour la francophonie locale. « Patrimoine canadien a financé l’ACFO-Ottawa à hauteur de 2,5 millions de dollars pour le programme Ottawa-Ville bilingue. On veut aussi augmenter les investissements en éducation dans le programme d’immersion et, dans notre programme de garderies à 10 dollars, on va s’assurer qu’il y ait des places pour les francophones. »

Loin d’être convaincue, Lyse-Pascale Inamuco croit que seul un changement de députée peut apporter un nouveau souffle dans ce qui constitue un château libéral depuis sa création en 1935. « Dans mon porte-à-porte, je vois de la frustration et de la déception chez les électeurs », rapporte-t-elle. « Ils se sentent délaissés. Ils ont perdu confiance. »

Dans un contexte de lent recul de la langue française sur ce territoire, la candidate du NPD juge qu’une partie de la francophonie a été mise de côté. « Il faut renforcer la capacité des organismes francophones et pas seulement de la francophonie blanche », dit celle qui voudrait que la Coalition des Noirs francophones de l’Ontario (CNFO) soit soutenue.

« Les libéraux font des annonces alléchantes, mais les sous n’arrivent pas aux organisations racialisées francophones. Il faut aussi moderniser la Loi sur les langues officielles le plus vite possible pour protéger les services en français. Le gouvernement de Justin Trudeau a négligé, voire réduit les efforts plutôt que de protéger les droits linguistiques, un élément important de l’identité des gens d’Ottawa-Vanier, sans parler du mirage des cibles en immigration francophone non atteintes. »

« On investit dans la diversité », riposte Mona Fortier qui ne comprend pas cette attaque. « Quand les gens font des demandes, ils ont accès à du financement », prenant en exemple le soutien à l’Alliance des entreprises noires.

Malgré nos sollicitations répétées, la candidate conservatrice, Heidi Jensen, a refusé de répondre à nos questions. Créditée de 18 % d’intention de vote, selon les projections de QC125.com, elle apparaît distancée par la sortante libérale (44 %) et sa poursuivante néo-démocrate (25 %).

Principaux candidats en lice :  Mona Fortier (Parti libéral du Canada) Heidi Jensen (Parti conservateur du Canada)  Lyse-Pascale Inamuco (Nouveau Parti démocratique) Christian Proulx (Parti vert du Canada)  Jean-Jacques Desgranges (Parti populaire du Canada)

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