La nouvelle vie de Linda Morais, entre professorat et lutte
[PARIS 2024, UN AN APRÈS]
Un an après les Jeux olympiques de Paris, ONFR vous propose de revenir sur les souvenirs des athlètes franco-ontariens et surtout sur leur année après les Jeux. Ce jeudi, c’est au tour de Linda Morais, lutteuse originaire de Windsor, de revenir sur cette expérience unique, sur ce qu’elle en a retiré et sur une saison marquée par un retour aux sources et une pause dans la compétition de haut niveau.
Pour Linda Morais, il ne fait aucun doute : « ça va être très difficile de battre l’expérience des Jeux olympiques ». Elle évoque encore avec émotion la présence de toute sa famille dans les gradins, un soutien rare dans une carrière où les compétitions internationales l’avaient souvent tenue loin des siens.
« Juste la sensation, les émotions que j’ai eues pendant le combat, c’était unique », dit-elle.
Bien sûr, la frustration d’un parcours interrompu dès le premier combat reste présente.
« Ces six minutes ne démontrent pas les quinze années d’entraînement. J’aurais aimé avoir une autre chance de montrer ce que je valais », admet-elle.
Mais elle refuse de laisser cette déception ternir ses souvenirs.
« Tout ce qui s’est passé après, le fait d’avoir pu visiter Paris avec ma famille, je ne voudrais pas le changer. »
Des souvenirs inoubliables hors compétition
Ce séjour olympique a aussi été ponctué de moments inattendus et joyeux. Le lendemain de son combat, elle assiste pour la première fois de sa vie à un concert avec toute sa famille : les Arkells à la Maison du Canada.
« On en parle encore aujourd’hui, c’était super le fun! » Et puis il y a eu la cérémonie de clôture, avec ce tour de stade devant des gradins pleins : « J’ai levé les yeux et vu toute cette foule… j’ai eu des frissons ». Pour la Franco-Ontarienne, ce sont ces instants « spéciaux » qui résument le mieux ce que représentent les Jeux : des souvenirs qu’on garde « proche du cœur ».
Une reconnaissance nouvelle à Windsor
La lutte reste un sport confidentiel au Canada, mais les Jeux ont offert à la Windsorienne une visibilité inédite, surtout dans sa ville natale.
« Je marche dans la rue et des personnes me disent : ‘Hey, je t’ai vue aux Olympiques, merci de représenter le pays’. »
Même des connaissances perdues de vue depuis vingt ans l’ont recontactée. Cette reconnaissance locale s’est aussi manifestée dans les écoles où elle a été invitée à parler, avant même son départ pour Paris. Désormais enseignante au secondaire en français, elle croise régulièrement des élèves qui savent qu’ils ont dans leur classe une olympienne.
Retour aux sources
Après Paris, Linda Morais a quitté Montréal pour revenir à Windsor. Elle y a acheté un petit condo, décroché un poste permanent à l’école secondaire de Lassalle comme professeure de sciences et repris en main le programme de lutte.

Mais sur le plan sportif, elle a mis la compétition internationale « entre parenthèses » pour se concentrer sur la réhabilitation de blessures accumulées au fil des années, notamment une hernie discale au cou.
« Cette année, j’essaie vraiment de me guérir avant de reprendre. »
Elle continue à s’entraîner et à encadrer de jeunes athlètes, tout en laissant la porte ouverte à un retour.
2026 en réflexion
Si elle décide de replonger dans le haut niveau, Linda Morais sait déjà quel serait son objectif prioritaire : les championnats du monde de 2026. Un rendez-vous qui, pour y parvenir, nécessiterait de replonger dès la prochaine saison dans le rythme exigeant du circuit, en enchaînant compétitions régionales, nationales, puis internationales.
« Il faut toujours recommencer du début à chaque année », rappelle-t-elle, consciente du travail de fond que demande un retour au sommet.
En attendant, la Windsorienne savoure un quotidien plus stable, rythmé par ses cours de sciences, ses entraînements personnels et le suivi de ses jeunes lutteurs. Elle conserve surtout l’état d’esprit qui l’a accompagnée tout au long des qualifications olympiques : celui de la gratitude.
« C’est quelque chose qui m’a libérée, qui a enlevé beaucoup de stress », explique-t-elle, convaincue que cette approche l’aidera dans tous les objectifs qu’elle se fixera, que ce soit sur le tapis ou en dehors.