#Ontario

Patrick Brown face à son avenir politique

Patrick Brown, chef du Parti progressiste-conservateur (Parti PC) de l’Ontario..Crédit image: Maxime Delaquis

TORONTO – La plateforme du Parti progressiste-conservateur (Parti PC) de l’Ontario a été déposée la semaine dernière. C’est sur ces propositions que la formation politique tentera de convaincre l’électorat. #ONfr s’est entretenu avec deux politologues afin de savoir ce qu’il fallait penser des idées avancées par Patrick Brown.

JEAN-FRANÇOIS MORISSETTE
jmorissette@tfo.org | @JFMorissette72

Geneviève Tellier, politologue à l’Université d’Ottawa, reste «perplexe» face à la plateforme présentée la semaine dernière. Selon elle, le Parti PC s’éloigne de sa zone de confort avec ces propositions.

«Nous avons un Parti (progressiste)-conservateur qui annonce que s’il est élu, il fera un déficit la première année, alors que les libéraux disent qu’ils arriveront à l’équilibre. C’est un mélange des genres traditionnels en Ontario», s’exclame-t-elle.


«Est-ce que les véritables Ontariens conservateurs vont se retrouver dans cette plateforme? Je me demande si le Parti ne perd pas un peu son identité avec cela.» – Geneviève Tellier


Selon elle, la plateforme PC a clairement été rédigée dans une mesure électoraliste.

«Le coeur de la plateforme reste le consommateur. On dirait que tout a été fait pour aider l’Ontarien qui a des comptes à payer et qui a de la misère à joindre les deux bouts», lance-t-elle.

«C’est une plateforme très à la pièce qui permettrait de se faire élire mais on semble avoir oublié de créer un programme cohérent global. L’aspect économique n’est pas présent dans ce programme», argumente la politologue.

Patrick Brown, chef du Parti progressiste-conservateur (Parti PC) de l’Ontario et Sylvia Jones, député du Parti PC. Crédit image: Maxime Delaquis

Même son de cloche chez Laure Paquette, politologue à l’Université de Lakehead. La plateforme du Parti PC est à mille lieues de ce que le parti choisit habituellement.

«Le grand gagnant de cette plateforme sera ceux qui vont prêter de l’argent à la province de l’Ontario parce que je ne sais pas comment un gouvernement Brown va payer pour tout cela», lance-t-elle.

Mme Paquette souligne que le Parti PC a tout de même produit sa plateforme en français, ce qui n’avait jamais été fait auparavant. Bien qu’elle salue le geste, la politologue laisse néanmoins savoir que le gain du vote francophone sera ardu pour la formation politique de centre droit.

 

L’électricité, un cheval de bataille?

Dans sa plateforme, le Parti PC dit vouloir réduire les factures d’électricité de 12 % en plus de poursuivre le plan du gouvernement d’offrir une réduction de 25 %. Selon les progressistes-conservateurs, cela permettrait à un ménage moyen d’économiser 173 $ par année.

Mme Tellier doute que le plan du Parti PC soit applicable pour l’électricité.

«Toutes les mesures proposées semblent dire qu’ils ne savent pas si leur plan va fonctionner», a-t-elle expliqué. «Après avoir critiqué le gouvernement, ils font ce que le gouvernement fait», ajoute-t-elle.

Pour la politologue, les mesures proposées ne semblent pas avoir de liens ensemble, même si le but serait ici de baisser les factures «à tout prix».

Mme Tellier croit que le Parti PC manque sa cible avec cette plateforme et estime que la formation politique «n’en sortira pas grandit».

Patrick Brown, chef du Parti progressiste-conservateur (Parti PC) de l’Ontario. Crédit image: Maxime Delaquis

Au cours des prochaines semaines, Mme Tellier croit que l’enjeu ne sera plus l’électricité, mais bien avec les propositions fiscales et l’économie.

«Les conservateurs semblent prendre à la légère la question du déficit», s’étonne-t-elle. «Les libéraux vont devoir frapper le clou avec la responsabilisation et le fait de bien gérer les finances publiques», ajoute Mme Tellier.

 

L’avenir politique de Brown

Mme Paquette estime que le chef du Parti PC, Patrick Brown, joue son avenir avec cette plateforme.


«De toute évidence, il vient de l’aile progressiste de son parti et cherche à gagner les indécis, mais il risque de perdre les partisans du noyau dur de son parti.» – Laure Paquette


La politologue rappelle le sort qui a été réservé aux anciens chefs progressistes-conservateurs Tim Hudak et John Tory.

«Malgré les qualités attrayantes que peut avoir Patrick Brown, ce parti n’a pas tendance à pardonner à ses chefs», ajoute-t-elle.

Pour sa part, Mme Tellier jette une ombre sur la stratégie des progressistes-conservateurs

«Présenter un plan comme cela à six mois des élections fait en sorte que l’on ne peut plus rien changer dans sa plateforme et donne des munitions à ses adversaires politiques», commente-t-elle.

Selon elle, le Parti PC a trop dévoilé rapidement.

 


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Jean-François Morissette
Jean-François Morissette
jmorissette@tfo.org @jfmorissette72