Radio-Canada invitée à mieux évaluer son « impartialité » et le financement de sa production francophone
OTTAWA – Dans un rapport présenté mercredi, un comité sénatorial émet des doutes quant à l’affectation réelle des fonds destinés aux minorités francophones au sein de CBC/Radio-Canada. Les sénateurs recommandent aussi que le contenu de l’information soit revu périodiquement par des experts indépendants, « afin d’en évaluer l’impartialité et l’équilibre ».
Le Sénat, qui a mené une étude sur les services locaux au sein du radiodiffuseur, dit avoir entendu parmi ses plus de 60 témoins que le contenu des nouvelles peut être perçu comme ayant un parti pris idéologique ou partisan.
« Ces allégations de partialité sont sérieuses et minent la confiance envers le radiodiffuseur public », souligne le Comité sénatorial permanent des transports et des communications dans son rapport.
Le comité de la chambre haute soulève que la confiance des Canadiens envers le service de nouvelles du radiodiffuseur public chute d’année en année.
« Le comité est d’avis que la Société pourrait faire une analyse périodique du contenu des nouvelles et des reportages d’actualité diffusés par ses services d’information afin d’en évaluer l’impartialité et l’équilibre », recommande le document, notant que cette évaluation devrait être effectuée par des experts externes.
La société d’État pourrait mettre sur pied un comité avec ces experts externes, notamment des chercheurs, pour faire une telle évaluation, a précisé en conférence de presse la sénatrice Donna Dasko, l’une des auteures du rapport.
« On a entendu qu’il y a peut-être des biais à Radio-Canada », a affirmé à ses côtés le sénateur René Cormier.
« Alors il est légitime de s’assurer qu’on puisse renforcer la confiance qu’ont les Canadiens envers leur radiodiffuseur public […] Ce mécanisme est là avant tout pour renforcer l’adhésion des Canadiens à Radio-Canada/CBC », ajoute le sénateur de l’Acadie.
Appelé à réagir, le porte-parole de Radio-Canada, Leon Mar, a fait savoir que le diffuseur public était « en train d’examiner le rapport » et n’avait « aucun commentaire pour le moment ».
Le calcul du soutien à la production francophone remis en question
Concernant la programmation en milieu minoritaire francophone, le comité soulève des doutes quant au financement versé aux producteurs indépendants francophones. Le diffuseur déclare comme « 100 % minoritaires » des projets coproduits avec des producteurs qui ne vivent pas dans ces communautés, ce qui gonfle artificiellement les chiffres — une réalité dont la haute direction est au courant, soutient le rapport.
Le comité recommande donc qu’en vertu de ses obligations linguistiques, le diffuseur « s’assure que ses investissements dans la production télévisuelle des communautés de langue officielle en situation minoritaire respectent clairement et de manière équitable le principe d’égalité réelle ».
Une façon de s’en assurer serait que Radio-Canada se voie imposer de nouvelles exigences en matière de rapports sur les services locaux, notamment par la publication de données sur la programmation locale et les dépenses de ces services, suggèrent les sénateurs dans leur liste de sept recommandations.
Une autre critique formulée par les groupes représentant les francophones hors Québec dans le cadre de cette étude est que le contenu du service français de Radio-Canada est principalement axé sur le Québec et que leur réalité n’est pas reflétée.
Parmi les autres suggestions, le Sénat mentionne l’importance d’augmenter les collaborations avec les médias locaux privés, comme les radios communautaires, ainsi que d’apporter des modifications à la Loi sur la radiodiffusion afin d’ajouter « le reflet des collectivités et des auditoires locaux » au mandat de CBC/Radio-Canada.
Le média public s’est retrouvé au cœur d’appels à son définancement au cours des dernières années, notamment de la part du Parti conservateur, qui menace de couper les vivres à son pendant anglophone. Une fois élus au pouvoir, les libéraux ont plutôt annoncé un investissement de 150 millions de dollars dans Radio-Canada/CBC lors du budget de 2025.
Peu avant son départ en 2025, Pascale St-Onge, alors ministre du Patrimoine canadien, a formulé une série de propositions pour la société d’État. Elle préconisait notamment la suppression des recettes publicitaires, un accroissement des fonds publics alloués et une distinction plus nette entre les volets anglophone et francophone de l’organisation.