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Quand le soccer rassemble les communautés africaines francophones de Toronto

À l'occasion des quarts de finale de la Coupe d'Afrique des nations 2025, une cinquantaine d'Algériens du Grand Toronto se sont réunis à Mississauga pour suivre le match ensemble.

TORONTO – À l’issue de quarts de finale riches en émotions en fin de semaine dernière, le Sénégal et le Maroc poursuivent leur route dans la Coupe d’Afrique des nations 2025. À Toronto, même sans grands rassemblements en raison des matchs disputés vendredi, les supporters ont vibré devant ces victoires qui ouvrent la porte à une possible finale entre ces deux nations « amies ». Si l’Algérie, la Côte d’Ivoire et le Cameroun ont vu leur parcours s’arrêter en quarts de finale, leurs supporters à Toronto ont toutefois mis de l’avant les aspects positifs, entre fierté, esprit de communauté et espoirs pour l’avenir.

Du côté sénégalais, la victoire 1-0 face au Mali a été accueillie avec soulagement plus qu’avec euphorie. Un succès minimaliste, mais essentiel, qui envoie les Lions de la Teranga en demi-finale contre l’Égypte.

Aïssatou Keïta, supportrice sénégalaise basée à Toronto, n’a malheureusement pas pu suivre la rencontre en direct.

« C’était un jour de travail, et en tant que professeure, je devais être avec ma classe. Ce sera pareil mercredi pour la demi-finale », explique-t-elle.

Malgré tout, elle reste confiante : « Ils n’ont pas fait un grand match, mais ils ont réussi l’essentiel. Je pense qu’ils vont devoir livrer leur meilleure prestation du tournoi contre l’Égypte, sinon ça ne passera pas. Mais avec leur expérience et leur défense solide, j’y crois. »

Niveau rassemblement, le restaurant sénégalais Pendafrica, à Toronto, proposait la diffusion du match. Mais en raison du jour de semaine, très peu de personnes ont pu se déplacer.

Le restaurant Pendafrica et sa propriétaire Mame Penda seront de nouveau prêts à accueillir les Sénégalais de la communauté torontoise ce mercredi 14 janvier pour le match contre l’Égypte. Photo : Mickael Laviolle / ONFR

L’établissement entend néanmoins renouveler l’expérience mercredi midi pour la demi-finale, et prévoit même une ouverture exceptionnelle dimanche en cas de qualification pour la finale. Aïssatou, elle, espère une chose : « S’ils vont en finale, j’aimerais vraiment aller voir le match avec la communauté. »

À noter aussi le contexte personnel de la supportrice sénégalaise, également d’origine malienne. « C’était un match particulier pour moi, mais j’étais à 100 % pour le Sénégal », confie-t-elle, tout en glissant son souhait pour la suite : une finale Sénégal–Nigéria.

Entre travail, écrans et passion partagée

Même tonalité de satisfaction du côté marocain après la victoire 2-0 contre le Cameroun. Mohammed Benjelloun, membre de la communauté marocaine de Toronto, a trouvé la prestation des Lions de l’Atlas très aboutie. « Le Maroc a joué un match très sérieux, extrêmement bien maîtrisé. On s’attendait à plus de résistance du Cameroun, mais le Maroc a eu le dessus », analyse-t-il.

Concernant la demi-finale à venir contre le Nigéria, il anticipe un duel plus accroché : « Ce sera un match un peu plus serré, mais on a complètement confiance que le Maroc va gagner. Je dirais peut-être 2-1. »

Il souligne aussi un aspect symbolique important : « C’est peut-être mieux de jouer le Nigéria que l’Algérie, à cause des enjeux politiques et émotionnels. Contre le Nigéria, on a les joueurs pour être efficaces. »

À Toronto, aucun grand regroupement n’a toutefois été organisé pour ce quart de finale marocain, le match ayant lieu également le vendredi après-midi. Il en sera de même pour la demi-finale qui se joue ce mercredi 14 janvier à 15 heures. Les Marocains envisagent en revanche de se retrouver dimanche en cas de qualification, même si, pour l’heure, aucun lieu de rassemblement n’a encore été déterminé.

Même éliminés, toujours debout ensemble

La journée de samedi n’a en revanche pas souri aux communautés algérienne et ivoirienne, toutes deux éliminées en quart de finale.

Les Algériens s’étaient pourtant mobilisés en nombre. Près d’une cinquantaine de personnes s’étaient réunies à Mississauga pour soutenir les Fennecs face au Nigéria. Un moment fort, malgré la déception. Oussama Redjel, présent sur place, évoque un match difficile.

« Les joueurs n’étaient pas très concentrés, il y a eu des polémiques autour de l’arbitrage, ça a déconcentré l’équipe. Mais il faut être honnête, le Nigéria a fait un très bon match. Ils méritent de gagner. »

Malgré la frustration, l’ambiance communautaire a marqué les esprits. « On n’était pas moins de 50. C’était une occasion de rencontrer plein d’Algériens, de se retrouver. On aimerait avoir plus d’initiatives comme celle-ci », souligne-t-il.

Du côté ivoirien, une dizaine de supporters s’étaient donné rendez-vous au restaurant Le Plateau Royal, sur Danforth, pour suivre le quart de finale face à l’Égypte (défaite 3-2). Mickael Ba résume avec lucidité : « La Côte d’Ivoire a fait un bon match, elle a eu la possession, mais l’Égypte a été chirurgicale. Dans le football moderne, ce n’est pas toujours l’équipe la plus forte qui gagne, mais la plus efficace. »

S’il reconnaît la déception, il insiste sur l’essentiel : « On est content de se regrouper comme ça, dans la fraternité. C’est important de continuer à faire ça dans la communauté ivoirienne de Toronto. »

Mickael Ba au premier plan en compagnie de quelques partisans ivoiriens au Plateau Royal. Photo : Mickael Laviolle / ONFR

Le Cameroun, une élimination dans la discrétion

Éliminés la veille par le Maroc, les Lions Indomptables n’avaient pas non plus organisé de regroupement, là encore en raison du jour de travail. Duvalier Monkam, supporter camerounais, préfère retenir le positif d’une campagne pourtant compliquée : une équipe montée en urgence, un nouveau sélectionneur, des joueurs jeunes et inexpérimentés, mais un groupe combatif. Battus en quart de finale, les Camerounais quittent la compétition avec des regrets, mais aussi des enseignements pour l’avenir.

À Toronto, cette Coupe d’Afrique des nations 2025 continue donc de tisser des liens, même lorsque les résultats font mal. Chaque communauté essaie de s’organiser pour vivre la compétition à sa manière. Et pour le Sénégal et le Maroc, l’aventure est loin d’être terminée.