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Quel modèle pour la rentrée ? Les parents divisés

Temps de lecture : 5 minutes

[TÉMOIGNAGES]

Le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, annoncera aujourd’hui le plan du gouvernement ontarien pour la rentrée scolaire de septembre. À quelques heures d’en connaître les détails, des parents franco-ontariens partagent leurs préférences et leurs préoccupations quant aux modèles considérés.

Le mois dernier, le gouvernement a présenté trois scénarios possibles aux conseils scolaires. Soit la rentrée s’effectue entièrement en salle de classe comme toutes les autres années, soit on offre plutôt les cours à distance ou enfin, on implémente un modèle hybride avec certaines journées en salle de classe et certaines journées de cours à distance.

Alors que l’annonce d’aujourd’hui devrait livrer le fruit de cette réflexion, certains parents s’inquiètent d’un retour en classe précoce.

Des parents soucieux

Un sondage Léger révélait, le 27 juillet, que 59 % des parents canadiens seraient prêts à renvoyer leurs enfants à l’école, dont 54 % pour l’Ontario. Mais 22 % des Ontariens préféreraient les garder à la maison face à l’incertitude.

De manière informelle, ONFR+ a également interrogé des parents franco-ontariens sur sa page Facebook. La majorité d’entre eux ne se disent pas à l’aise d’envoyer leurs enfants à l’école en septembre. Des 224 réponses obtenues, 141 personnes – soit 63 % de l’échantillon – sont d’avis qu’il est trop tôt pour reprendre les cours en personne.

C’est notamment le cas de Chantal Dussault, une mère de deux enfants de Smooth Rock Falls.

« Puisqu’on annonce une deuxième vague, septembre me semble un peu tôt pour la rentrée scolaire », s’inquiète-t-elle.

Avoir le choix, elle opterait pour continuer les cours à distance.

« J’aime bien le système que l’école à Smooth Rock Falls a mis en place pour la fin de l’année scolaire », indique-t-elle. « Tous les jours, l’enseignante nous envoyait des exercices à faire, et c’était aux parents d’enseigner la matière à leurs enfants. Puisque mes enfants étaient en maternelle et au jardin, ce n’était rien de trop compliqué, mais je comprends que ce n’est pas le cas pour tous les parents. »

La jeune mère à la maison avoue qu’elle ne se sent pas confortable d’envoyer ses enfants à l’école.

« Si jamais il y a un retour en classe dès septembre, que ça soit à temps plein ou à temps partiel, je ne crois pas envoyer mes enfants », note-t-elle d’un ton décisif. « Je préfère attendre que la deuxième vague soit passée. »

Si Smooth Rock Falls a été relativement épargné par la pandémie, Mme Dussault soutient qu’il ne faut pas se croire à l’abri du virus.

« Un virus comme ça, on peut l’attraper n’importe où. Il y a quand même des gens qui voyagent à travers Smooth Rock Falls, qui arrêtent le temps de gazer ou de manger au restaurant. Ça ne prend qu’une personne pour causer une éclosion ici. »

En faveur d’un modèle hybride

À Orléans, Stéphanie Lepage partage les mêmes préoccupations. Elle est une mère monoparentale et travaille à temps plein pour la fonction publique fédérale. Sa fille n’a que trois ans et demi, et elle est inscrite pour commencer la maternelle en septembre.

« C’est une question complexe », avoue Mme Lepage. « Je n’ai pas encore fini de peser le pour et le contre. Mais j’ai beaucoup de craintes et beaucoup de questions. »

Elle se demande, entre autres, si les mesures de sécurité, telles que le port du masque et la distanciation physique de deux mètres, seront respectées dans une classe de maternelle.

« Ma fille et moi faisons de l’asthme chronique assez sévère », raconte-t-elle. « C’est un aspect assez épeurant pour notre famille tout au long de cette pandémie. Quand je lis au sujet des éclosions dans les garderies et les camps d’été, ce n’est vraiment pas rassurant. »

La résidente d’Orléans, Stéphanie Lepage et sa fille. Gracieuseté

« S’il y a une éclosion, toute l’école sera affectée », ajoute-t-elle. « Est-ce qu’on va envoyer nos enfants là, quelques semaines, juste pour qu’ils nous les renvoient à la maison dès qu’il y aura une éclosion ? La routine et la stabilité sont très importantes pour les enfants. »

Mais d’un autre côté, Mme Lepage s’inquiète du développement social de sa jeune fille. Elle privilégie donc le modèle hybride.

« S’il y a l’option de l’envoyer à l’école une ou deux journées par semaine, c’est quelque chose que je considérerais », affirme-t-elle. « Sinon, il faudra trouver d’autres façons de socialiser : l’amener au parc ou trouver d’autres enfants de son âge avec qui elle peut jouer. »

Pour un retour en salle de classe

À l’épicentre de la pandémie en Ontario, à Toronto, Sylvain Rossero espère que l’école reprendra à temps plein dès septembre.

« Clairement, ma femme et moi avons besoin de travailler », affirme le père de trois enfants. « L’école à distance en fin d’année scolaire tombait bien puisque je ne travaillais pas. Mais maintenant que nous retournons au travail, nous sommes plus en faveur d’une reprise classique. »

Il assure toutefois qu’il prendra un maximum de précautions pour contrer la propagation du virus.

« Forcément, on est inquiet », note M. Rossero. « Mais il faut simplement apprendre à vivre avec la pandémie. Lorsque les enfants rentreront de l’école ou de la garderie, il faudra les changer, les laver, laisser les chaussures à l’entrée. Un peu comme nous lorsqu’on prend le métro. »

Il ajoute que sa plus veille, une fille de six ans, n’a pas de problème à porter son masque en public.

« Je pense que pour la distanciation, ça risque d’être plus compliqué. Ils sont jeunes et ils s’amusent, c’est normal. Je pense que ce sera difficile à gérer en salle de classe, mais j’ai quand même confiance dans le système scolaire. »

À Embrun, Nadia Simard est la mère de deux adolescentes, dont une qui retournera au secondaire en septembre. Elle fait tout son possible pour voir la situation avec une dose d’optimisme.

« J’ai tendance à faire confiance aux gens qui prennent ces décisions », affirme-t-elle. « Ce sont eux les experts. Depuis le début de la pandémie, tout le monde a fait de son mieux en fonction de l’information qu’on avait à ce moment. »

Selon elle, sa fille de 16 ans saura s’adapter, peu importe le modèle choisi par le gouvernement.

« Au début de la pandémie, ma fille ne voulait pas vraiment porter de masque. Mais, elle a su s’adapter à la nouvelle réalité. Maintenant, elle en a trois ou quatre. Elle s’est choisie des masques qu’elle aime et qui matchent sa personnalité. Ça devient un ajout à sa garde-robe. Ça va juste permettre aux jeunes de s’exprimer d’une nouvelle façon. »

La résidente d’Embrun, Nadia Simard. Gracieuseté

Elle note cependant que sa fille s’ennuie de ses amis.

« La pandémie lui a fait prendre conscience que rester à la maison à temps plein n’est pas si agréable que ça, même si elle peut dormir le matin », raconte-t-elle.

Mme Simard ne s’inquiète pas particulièrement d’éventuelles éclosions dans les écoles. Les élèves du secondaire sont assez matures pour porter leurs masques et respecter les règles de distanciation, selon elle.

« Je pense qu’il faut voir ça du bon côté. Dans cinq ans, les jeunes vont regarder leurs photos de 2020 et, en voyant leurs masques, ils vont se souvenir de l’année où tout le monde a arrêté pour quelques mois. »

Cet article a été mis à jour à 10h12

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