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Réactions mitigées des Algériens de l’Ontario après le retrait du président

Temps de lecture : 4 minutes

Des milliers et des milliers d’Algériens, d’Alger à Constantine, sont descendus dans la rue, ce lundi. Après des jours de contestation, la décision du président Abdelaziz Bouteflika de ne pas se présenter pour un 5e mandat, reportant ainsi les élections présidentielles du 18 avril, a pris tout le monde de cours. À plus de 5 000 kilomètres de leur terre d’origine, les Algériens de l’Ontario ont accueilli la nouvelle entre joie… et prudence.

Hichem Anabi de Sudbury est l’un d’eux. Bien qu’éloigné d’Ottawa et Toronto, destinations favorites en Ontario pour les immigrants algériens, cet employé du Collège Boréal n’a rien manqué aux manifestations. « Sincèrement grâce à la technologie et aux personnes qui ont fait des Facebook Live, on vivait l’événement de près, on ne manquait pas d’informations. »

Né en 1991, Hichem Anabi avoue n’avoir pas connu beaucoup d’autres visages que celui de M. Bouteflika élu président en 1999. « C’était vraiment émouvant pour nous, je ne me suis jamais senti aussi fier d’être algérien, et fier de mon peuple ! Nous avons une nouvelle armée, l’armée du peuple ! »

« Un seul héros, le peuple », la devise a façonné l’histoire des Algériens depuis plusieurs générations. À l’indépendance en 1962 a succédé des décennies d’instabilité politique, avec comme point d’incandescence la lutte armée dans les années 1990 menée contre les Islamistes.

Cette peur des Islamistes est toujours présente pour beaucoup. À commencer par Miloud Chennoufi, algérien installé à Toronto. Ce sont d’ailleurs les soubresauts de cette « décennie noire » qui ont entre autres motivé ce journaliste politique à poser ses bagages au Canada, il y a 22 ans.

« Il est nécessaire que des institutions qui fonctionnent selon l’État de droit, avec un système politique démocratique, échappent à la récupération possible des Islamistes. Ils sont toujours là, en embuscade. »

M. Chennoufi connaît particulièrement bien les enjeux de son pays d’origine. D’autant que ce professeur au département des études de la défense au Collège militaire royal de Toronto est confronté au quotidien à des questions géopolitiques complexes.

« Le retrait de M. Bouteflika est une victoire pour les manifestants, et une preuve supplémentaire que les manifestations sont massives et non violentes avec des résultats positifs. La deuxième dimension, c’est que la décision est aussi une manœuvre, car même s’il se maintient au pouvoir au-delà de la limite du mandat actuel, le président est très malade et ne décide rien. Son entourage souhaite bien sûr chapeauter cette période de transition. »

 

À Ottawa, déjà deux rassemblements devant l’ambassade

Dans la capitale du Canada, les Algériens n’ont pas attendu les annonces de lundi pour descendre dans la rue. Parés de vert et blanc, ils étaient une centaine à crier leur colère les deux derniers dimanches. Devant l’ambassade d’Algérie, il y avait dans l’air comme les notes d’une contestation autrefois imaginée par les cordes de la guitare de Baaziz ou plus récemment, sous la plume de l’écrivain Kamel Daoud.

Farida, d’origine kabyle, installée à Ottawa depuis maintenant plus de 30 ans, était parmi ces manifestants, dimanche dernier. « Je rêve littéralement, je ne réalise pas », assène-t-elle. Elle n’a pas oublié non plus les manifestations du peuple kabyle réprimées dans le sang en 1980, puis en 2001. « Qu’est-ce que le pouvoir a foutu à l’époque, hein ? »

Les pancartes déployées lors de la manifestation à Ottawa, dimanche dernier. Gracieuseté : Amelia Belizidia

« Cette manifestation à Ottawa m’a donné la chair de poule, parce que je revoyais mes grands-parents, la misère dans laquelle ils ont grandi. On scandait en français, en arabe, en kabyle. Il faut que le monde entier sache que nous ne sommes pas des monstres ni des extrémistes ! »

Malgré l’annonce de lundi, les Algériens de la région de la capitale nationale veulent maintenir la pression. Une manifestation sera organisée devant le Parlement, ce dimanche.

Manifestation prévue ce samedi à Toronto

Du côté de la Ville reine, le renoncement du président Bouteflika a aussi pris par surprise. Une manifestation pour dénoncer l’usure du pouvoir du politicien de 82 ans aura aussi lieu ce samedi, à 13h, au Dundas Square.

Comme dans le cas d’Ottawa, ce rassemblement n’est pas du ressort organisationnel de l’association locale représentant les Algériens. Le président de l’Association Algérienne du Grand Toronto (AAGT), Housseyn Belaouier, s’en explique. « On ressent ce que le peuple ressent, mais nous sommes une association apolitique. Notre réaction tardive n’est pas de la non-compréhension et de la non-implication. »

Lancée il y a moins d’un an, cette dynamique association n’a pas échappé aux critiques, ces derniers jours, sur les médias sociaux. En cause : la neutralité affichée quant aux manifestations précédant le retrait du président. « On comprend les réactions », avance prudemment M. Belaouier.

Citoyen canadien depuis seulement quelques jours, le président de l’association pense que de l’eau coulera sous les ponts. « Je vois que dans les médias sociaux, certaines personnes sont contentes, pour d’autres, ce n’est pas suffisant. Le mot final reviendra au peuple ! »

 


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