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Réactions variées des Franco-Ontariens d’origine congolaise après l’élection

Proclamé président de la République démocratique du Congo jeudi matin, Félix Tshisekedi suscite tous les regards. Établis en Ontario depuis plusieurs années, trois Congolais se confient quelques jours après une élection historique.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Le sentiment est mitigé en République démocratique du Congo depuis quelques heures. D’un côté, le pays francophone le plus peuplé du monde vient de connaître sa première élection par les urnes depuis son indépendance en 1960. D’un autre côté, l’élection de M. Tshisekedi peine à passer sous silence des années de tensions politiques.

Chaque année, ils sont des centaines d’immigrants congolais à tenter leur chance en Ontario. Derrière la France, la République démocratique du Congo est même le deuxième contributeur à l’immigration francophone en Ontario. Parmi les 2 650 admissions à titre de résidents permanents en 2017, se trouvaient quelque 340 Congolais.

Blaise Ndala est l’un d’eux. Installé à Ottawa depuis une dizaine d’années, cet employé du gouvernement fédéral s’est fait surtout connaître par ses romans soulignés par la critique. Cet auteur était justement à Kinshasa, la capitale, il y a deux mois pour la Fête du livre. «J’avais déjà pu prendre le pouls sur les difficultés et de comment ces difficultés étaient ressenties. Cela a affiné mon regard.»

L’auteur Blaise Ndala. Source: Facebook

Et le regard porté par M. Ndala sur ces élections n’est pas franchement élogieux. «J’étais entre espoir et réalisme. J’ai suivi l’élection avec un intérêt particulier…. mais je n’étais pas dupe, j’ai vu le processus s’enliser depuis 2016. On se disait alors que l’espoir fait vivre. On a suivi jusqu’au bout…. Je considère cela comme un hold up électoral…»

Le mot est lâché sur la victoire illégitime, selon lui, de M. Tshisekedi. «La commission électorale n’était pas indépendante. Par exemple, on voit que le candidat Martin Fayulu [arrivé en deuxième position des élections] durant sa campagne, a eu des meetings annulés, on tirait sur les manifestants. Il était clair que ce candidat était la vraie menace pour le pouvoir du président sortant, Joseph Kabila. Le candidat Tshisekedi ne rencontrait pas les mêmes difficultés, d’où une collusion entre son parti d’opposition et le pouvoir. Le pouvoir considérait M. Fayulu comme une grande menace. Je précise que l’offre des candidats dans leur ensemble ne m’intéressait pas.»

 

Optimisme tout de même autour de Félix Tshisekedi

Pour suivre les élections, la situation n’est pas des plus évidentes, laisse entendre M. Ndala. Coupures d’internet, difficultés à joindre les résidents, les derniers jours auraient été rocambolesques pour communiquer directement avec les Congolais. Une situation aussi dénoncée par le président de la Communauté Congolaise du Canada Ottawa-Gatineau, Placide Mubalama.

«Il n’y a pas d’internet depuis une semaine. La coupure est intervenue de la part du gouvernement, car les médias commençaient à faire circuler de l’information. Je ne suis pas d’accord, car ça viole le droit des consommateurs.»

Pourtant, M. Mubalama se montre plus optimiste sur la victoire de M. Tshisekedi: «Il appartient à un parti d’opposition historique, mais le deuxième, M. Fayulu, a présenté un recours devant la Cour constitutionnelle, c’est donc une victoire provisoire »

Placide Mubalama, un Congolais établi au Canada. Source: Facebook

Un élan d’optimisme partagé par Bertrand Kabongo Lukunda, un autre congolais originaire du Kasaï, et établi au Canada depuis 23 ans. «Le nouveau président est une personne mature, qui ne s’est jamais laissé tremper dans des magouilles gouvernementales. Il est à la tête d’un parti politique qui est dans l’opposition depuis 1982. Il pourrait bien faire l’affaire.»

Pour ce conseiller pédagogique établi à Ottawa, la situation socio-économique dans son pays d’origine frise même la catastrophe. «Le pays est en délabrement total, avec le gouvernement sortant de M. Kabila qui est au pouvoir depuis 2001. Le pays est entré dans la dictature la plus sanguinaire de l’Afrique. Les fonctionnaires ne sont pas payés, les infrastructures n’existent pas.»

Malgré leurs différents points de vue, MM. Ndala, Mubalama et Kabongo Lukunda ont un point commun. Aucun d’entre eux n’a pu voter pour cette élection. La raison? Les Congolais perdent automatiquement leur citoyenneté, et donc leur droit de vote, lorsqu’ils deviennent citoyens canadiens.

 

Identité franco-ontarienne

À savoir maintenant si nos trois intervenants se sentent intégrés en Ontario, les réponses cette fois varient de nouveau. «Je me sens plus que Franco-Ontarien. La francophonie me tient vraiment à cœur», confie M. Kabongo Lukunda. «Mais c’est à nous autres de nous impliquer. Si l’on reste dans nos réseaux, ça va être difficile, et notre cause ne sera jamais défendue. C’est aux Congolais de faire que l’implication soit effective.»

«Je me considère aussi Franco-Ontarien», partage aussi M. Ndala. «C’est cependant une question complexe et pas si simple. On me présente aujourd’hui tel quel. Je vis en Ontario depuis dix ans. Il y a certains marqueurs identitaires franco-ontariens dans lesquels je me reconnais.»

En revanche, M. Mubalama se montre beaucoup plus circonspect sur cette identité. «Je ne me sens pas encore considéré comme Franco-Ontarien. Il y a encore beaucoup trop de discrimination sur le marché de l’emploi.»

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