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« Recruter plus tôt » : la solution, estime le recteur de l’UOF

Temps de lecture : 3 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Pierre Ouellette est le recteur de l’Université de l’Ontario français (UOF).

CONTEXTE :

Le Centre de demande d’admission aux universités de l’Ontario (OUAC) vient de rendre publiques les données concernant les confirmations des admissions dans les universités de la province.

L’ENJEU :

Il y a actuellement moins d’élèves franco-ontariens ayant confirmé leur admission à l’établissement de Toronto comparativement aux données de juin 2021, passant de cinq à quatre. Cette tendance à la baisse suscite une certaine inquiétude et contraste avec les données concernant les étudiants hors province qui ont explosé.

« Pourquoi les chiffres ne décollent pas au niveau des étudiants issus des écoles franco-ontariennes ?

Je pense que ça s’explique en partie par le fait qu’il n’y a pas de tradition universitaire en langue française dans le Centre et Sud-Ouest de l’Ontario. Un autre facteur est le fait que tous les programmes qui sont visés par l’UOF n’existent pas encore.

On a commencé avec quatre programmes, essentiellement en sciences sociales, axés sur la culture du 21e siècle. Quand tu termines ton secondaire, tu connais plus les programmes classiques comme la psychologie, mais tu ne sais pas que tu peux faire du design urbain ou de la culture numérique, donc il va falloir les démystifier et rassurer les élèves et les parents. Ça va prendre des années avant de les voir vraiment décoller.

Allez-vous ajuster votre stratégie de recrutement ?

Oui, alors premièrement il va falloir commencer à recruter plus tôt dans le cycle des études secondaires. À l’année 1, on est allé visiter des élèves de 12e année qui s’apprêtaient à faire leur choix et souvent ils l’ont déjà fait donc ça prend un choc un peu plus important pour les inciter à venir changer d’idée pour faire une demande pour une université comme la nôtre. Donc ce qu’il faut maintenant, c’est aller les voir en 9e année, 10e année, 11e année quand ils ont encore des séances d’orientation. Je pense même qu’il faut leur en parler plus tôt pour qu’ils sachent que c’est une possibilité, laisser l’idée cheminer.

En revanche, les étudiants internationaux eux sont plus que jamais attirés par l’UOF. Comment l’expliquez-vous ?

Dans cinq ans, j’aimerais dire que c’est parce qu’on fait un travail exceptionnel, mais pour l’instant on ne peut pas dire ça, on vient de commencer les cours en novembre dernier. Je pense qu’on profite de la notoriété du Canada comme destination universitaire d’une part. Et souvent, quand j’étais recteur de l’Université de Hearst et qu’on allait à l’international pour le recrutement, les gens ne savaient pas situer l’Ontario, mais ils parlaient souvent des rocheuses, de la tour CN ou des chutes de Niagara.

Donc comme on est proches de deux de ces symboles du Canada, ça jouait en notre faveur. Et d’autre part, c’est le cycle de recrutement qui est très différent justement. Les étudiants internationaux sont déjà décidés sur leur choix de partir maintenant. Ce qu’ils font, c’est choisir une province, une ville ou une université.

Avez-vous la sensation de ne pas avoir pu faire jeu égal dans la promotion avec les autres universités ?

Je dirais que, de ce que j’ai pu voir, on a eu ou on va avoir un accès important et intéressé des conseils scolaires de langue française du Centre et Sud-Ouest de l’Ontario. Donc je dirais non, mais en même temps il faut reconnaître une chose : c’est que l’on a en face de nous des universités comme celle d’Ottawa qui font du recrutement depuis des décennies et bénéficient d’une très grande notoriété. Nous, on doit encore se faire connaître et nos programmes et, en plus, on continue de chercher à recruter du personnel donc c’est normal d’avoir encore de la difficulté.

Allez-vous ouvrir d’autres programmes prochainement ?

On travaille à ouvrir un programme en éducation pour former les futurs enseignants et en enseignantes, car comme on le sait il y a une pénurie. On espère l’ouvrir officiellement en 2023. Il nous reste une étape. On a obtenu le consentement ministériel, puis ça nous prend juste l’agrément de l’Ordre des enseignants et enseignantes de l’Ontario. Après ça, on va arriver avec des programmes professionnalisants comme administration des affaires, psychologie et on explore d’autres pistes aussi, mais ce sont vraiment les premières sur lesquelles on va se lancer.

Songez-vous à mettre en place un système de partenariats ou d’échanges avec les établissements ?

Absolument, c’est vraiment dans notre ADN et pour le moment le plus simple pour nous c’est de travailler avec les autres universités de gouvernance francophone « par et pour ». On a toujours été proche de l’Université de Hearst. On regarde de près ce qui se passe avec la Laurentienne et l’Université de Sudbury. Et on travaille sur un projet à long terme, sur lequel on va beaucoup miser à l’avenir, qui est d’offrir un volet linguistique et culturel francophone pour permettre aux étudiants des universités anglophones d’obtenir, par exemple, une certification en culture franco-ontarienne par l’UOF.

On réfléchit aussi, pour après notre financement de démarrage qui finit dans cinq ans, à une solution qui soit basée sur la collaboration entre universités, au lieu de la concurrence. Humblement, je pense qu’une petite université comme la nôtre pourrait enrichir le système avec des idées comme celles-ci. »

Des questions et propos ont été modifiés pour le format de l’entrevue.

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