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Rentrée scolaire : du bruit pour pas grand-chose

[ANALYSE] 

On annonçait une rentrée des classes 2019 en Ontario particulière, voire explosive. Il n’en sera rien. Les principaux changements annoncés par le gouvernement progressiste-conservateur affecteront peu les élèves des écoles élémentaires et secondaires.

Le premier ministre, Doug Ford, et son ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, savent qu’ils marchent sur des œufs. Quelque deux millions d’élèves – près de 110 000 dans les écoles francophones – sont concernés par la rentrée scolaire.

Ce ministère « mastodonte » a beau être sous le feu des projecteurs et représenter environ 30 milliards de dollars, c’est-à-dire des pistes intéressantes pour des coupes, Doug Ford a finalement privilégié la douceur que le passage en force.

Première indication : le curriculum d’éducation sexuelle. Les changements dévoilés par le gouvernement sont ici extrêmement mineurs. À quelques exceptions près, comme l’année d’enseignement de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre, ce programme d’éducation sexuelle reste un calque de celui instauré par le précédent gouvernement libéral en 2015.

On est ici bien loin des promesses électorales de Doug Ford, soucieux de séduire la droite catholique, qui promettait alors de répudier l’ancien programme dans son ensemble.

Taille des classes et cellulaire 

Une autre volte-face du gouvernement a marqué les derniers jours précédant la rentrée. Sur le dossier de la taille des classes des 9e à la 12e année, M. Lecce a laissé savoir que le nombre d’élèves ne passera pas à 28 pour cette rentrée. Une augmentation en somme progressive jusqu’en 2022.

Reste que cette annonce aurait peut-être gagné à être faite plus tôt, d’autant que des ressources humaines et pédagogiques entrent en jeu. Dévoilée en mars dernier au moment de la grande réforme du gouvernement sur l’éducation, l’idée vise surtout à faire des économies en se débarrassant d’enseignants.

On pourra toujours affirmer que le gouvernement n’a pas reculé d’un iota sur la question de l’interdiction du cellulaire en classe à partir de novembre. Chiffres à l’appui, le ministère de l’Éducation a même rappelé que 97 % des sondés dans les différentes consultations étaient favorables aux « restrictions ». Ce n’est pas faux, mais là encore, il n’y aura pas grand changement, puisque beaucoup d’établissements refusent déjà les cellulaires dans les classes.

Un Doug Ford plus conciliant ?

Des modifications en douceur donc de la part du gouvernement Ford. Jusqu’à maintenant, l’épithète « doux » s’accordait plutôt mal avec le premier ministre au style fonceur et sans vergogne. Comment l’interpréter ?

D’une, depuis samedi, la convention collective entre le ministère et le personnel enseignant est en tout cas échue. Les négociations entre les syndicats et le gouvernement promettent un automne assez chargé. Pour certains, l’équipe de M. Ford préfère ménager la chèvre et le chou en vue de ces discussions animées.

Disons aussi que de l’eau a coulé sous les ponts depuis quelques mois. La chute vertigineuse du gouvernement dans les sondages a peut-être fait réaliser au premier ministre qu’il fallait concilier les coupes budgétaires avec un minimum d’empathie et de doigté, s’il désire conserver les clés de Queen’s Park lors des élections de 2022.

Au fil des mois, où les discours pugnaces s’entremêlent aux volte-faces, s’en dégage l’impression que Doug Ford n’est peut-être pas aussi idéologique que ne l’était son homologue progressiste-conservateur, Mike Harris, au pouvoir de 1995 à 2002.

Les prochains mois diront si M. Ford tentera de se rapprocher de la base centriste de son parti politique, et si les électeurs cette fois le suivront…

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 3 septembre.

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