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Retrait de milliers de livres en français à Toronto : « C’est effrayant »

Temps de lecture : 3 minutes

TORONTO – L’ancienne grande manitou des services en français aux bibliothèques de Toronto est sous le choc, après l’annonce du retrait soudain de 26 000 livres en français des collections de l’organisation. À la retraite depuis deux ans, Céline Marcoux-Hamade met en doute les chiffres de son ancien employeur et dénonce une décision insensée dans la métropole d’un pays bilingue.

« Couper 18 % des livres en français, c’est énorme. Ce n’est pas un simple élagage ou un ménage de printemps, ce qui est en train de se passer. De remplacer des items plus vieux par des nouveaux, c’est tout à fait normal. Mais là, on va retirer des milliers de livres et la majorité ne seront pas remplacés. Il y aura aussi la disparition complète de collections », affirme celle qui a passé quinze ans à défendre la place du français dans les bibliothèques publiques de Toronto. Elle agissait à titre de coordonnatrice des services en français pour les bibliothèques publiques de Toronto.

En plus du retrait de milliers de livres en français, il a été décidé de retirer l’ensemble des livres en français pour adultes dans 25 bibliothèques torontoises.

« 25 bibliothèques n’auront plus de livres pour adultes en français ? Vous m’apprenez ce chiffre. C’est effrayant. C’est une incompréhension de la place du français dans notre province, dans notre pays. Surtout avec ce qui s’est passé, il y a un an, avec la crise linguistique », affirme Céline Marcoux-Hamade.

Un mémo envoyé à certaines bibliothèques par leur direction centrale pointe du doigt une chute de 47 % de la consommation des livres « francophones et multilingues ». Un chiffre qui ne fait tout simplement pas de sens, selon Mme Marcoux-Hamade.

« Si la lecture des livres en français a chuté de 47 % en seulement deux ans, il y a un gros problème. Un problème de gestion ! Car, jusqu’en 2018, moment de ma retraite, les livres en français augmentaient en popularité. Il y avait une hausse des emprunts à chaque année. Que s’est-il passé depuis 2018 pour avoir une telle baisse ? », se demande-t-elle.

« Je serais curieux de savoir quel est le chiffre seulement pour les livres en français. De mettre français et multilingue ensemble, dans un pays bilingue, c’est un problème », ajoute la spécialiste du livre.

Pas de défenseur du français au sein des bibliothèques

Tout en affirmant que le nombre de livres en français diminuerait de 18 %, la porte-parole des bibliothèques de Toronto a fait savoir à ONFR+ que les livres retirés pourraient être déplacés dans d’autres succursales du réseau de bibliothèques ou seront vendus aux citoyens, notamment sur le site Better World Books.

Céline Marcoux-Hamade affirme qu’il n’est pas réaliste d’affirmer que plusieurs livres retirés trouveront preneur au sein du réseau de bibliothèques torontoises.

« Je ne suis pas sûre que les 17 succursales qui auront toujours des livres en français vont vouloir de ces livres-là. Leurs rayons sont déjà pleins. Dans le temps, je coordonnais ce genre de transferts, mais maintenant il n’y a personne pour faire ce travail. Aujourd’hui, ils disent vouloir les transférer, mais dans la réalité, je doute qu’ils les gardent », affirme-t-elle.

Le poste anciennement occupé par Céline Marcoux-Hamade n’existe plus sous la même forme. Son remplaçant a la responsabilité des activités culturelles et sociales, mais n’a pas d’influence sur la sélection des collections francophones.

« Les tâches relatives au poste ont été changées. Si j’avais été là et on m’avait dit qu’on ferait ça, je me serais battu, comme j’ai toujours eu à me battre avant. Maintenant, il n’y a plus d’intervenant en place pour défendre les collections en français », se désole-t-elle.

Un comité de bibliothécaires francophones existe bien, mais il n’a pas été consulté avant que la décision soit prise, a-t-elle appris de source sûre.

Les bibliothèques de Toronto affirment que des livres pour enfants pourraient être achetés à l’avenir pour augmenter les collections francophones. Mais aucun échéancier n’a été partagé à ce sujet.

Réactions en série

Depuis la publication de nos révélations sur le retrait de 26 000 livres en français du réseau de bibliothèques de Toronto, des dizaines de messages de citoyens en colère ont inondé les réseaux sociaux. L’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto (ACFO-Toronto) demande à ses citoyens de contacter les conseillers municipaux de la Ville reine.

Plusieurs lecteurs se demandent si les livres seront remis gratuitement à des écoles ou des organismes de charité. Pour l’instant, les bibliothèques de Toronto affirment ne pas planifier de les remettre gratuitement.

Céline Marcoux-Hamade exige l’annulation de la décision du retrait des livres en français et qu’une consultation soit menée pour connaître les véritables besoins de la communauté franco-torontoise.

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