Ottawa devrait mieux soutenir la recherche en français selon un groupe d’experts
OTTAWA — Un rapport commandé par Ottawa recommande que le gouvernement fédéral consacre au moins 40 millions de dollars par année à la recherche en français, soit 1 % de son budget global en recherche. Ce rapport appelle le fédéral à faire preuve d’un plus grand leadership, alors que les chercheurs francophones en milieu minoritaire sont désavantagés dans un environnement où domine l’anglais.
Il est également recommandé d’établir une nouvelle gouvernance, incluant la création d’un secrétariat fédéral et d’une « lentille francophone », pour mieux soutenir la recherche dans les institutions fédérales. Le rapport préconise aussi que soit « rehaussée la conformité des institutions fédérales » à leurs obligations linguistiques afin de favoriser la recherche dans la langue de Molière.
Ce sont là quelques-unes des nombreuses recommandations tirées d’un rapport du Groupe consultatif externe sur la création et la diffusion d’information scientifique en français, dévoilé vendredi.
Ce groupe, composé de chercheurs et de membres de la communauté universitaire, a été mis sur pied en 2024 par Patrimoine canadien et devait détailler les défis de la recherche en français au pays. Le rapport, qui était entre les mains du ministre des Langues officielles Marc Miller depuis plusieurs semaines, a été rendu public vendredi. Son bureau a indiqué que « le ministre Miller et ses collègues concernés étudient actuellement les recommandations formulées dans le rapport ».
Selon le groupe, la recherche en français est un domaine qui se heurte à « des barrières structurelles qui ne sont ni accidentelles ni transitoires ». Par exemple, les grandes universités obtiennent la majeure partie des subventions fédérales, laissant des miettes aux chercheurs et universitaires en milieu minoritaire. Le rapport décrit le système de subventions comme un mécanisme qui « hiérarchise les langues au profit de l’anglais ».
Depuis plusieurs années, l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (Acfas) attire l’attention des décideurs politiques sur le fait que la recherche menée par les francophones s’effectue de plus en plus en anglais. Ce phénomène est principalement motivé par des considérations financières et de reconnaissance.
Plus grand leadership d’Ottawa
Selon le rapport, Ottawa investit près de 17 milliards de dollars par an en recherche, toutes langues confondues. De ce montant, environ 4,6 milliards sont distribués par les principaux organismes fédéraux de subventions. Le groupe constate qu’Ottawa doit en faire plus, soulignant « le peu d’attention accordée à la recherche en français et à la découvrabilité des contenus francophones au sein de l’appareil fédéral ».
« Tous ne sont pas toujours au fait de leurs obligations en matière d’égalité réelle des langues officielles, telles que décrites dans la Loi sur les langues officielles », peut-on lire dans le document.

Le rapport suggère l’établissement d’un Fonds d’appui et de valorisation de la recherche en français. Ce fonds serait doté d’un financement annuel minimal de 40 millions de dollars, soit environ 1 % du financement fédéral de la recherche. Son objectif serait de soutenir quatre domaines clés en français : la recherche, la formation de la prochaine génération de chercheurs, la communication savante et la valorisation des connaissances scientifiques.
« Ces enjeux constituent des barrières organisationnelles majeures à la circulation des savoirs en français », écrivent les experts dans le rapport.
Pour répondre à cette critique, le Groupe consultatif propose l’idée d’un cadre d’habilitation centralisé au sein de l’appareil fédéral pour « guider les institutions fédérales à vocation scientifique dans leurs efforts pour respecter leurs obligations linguistiques ».
On recommande aussi l’ajout de points supplémentaires lors du dépôt des demandes de financement pour la recherche en français, ou encore de rendre publiques des statistiques linguistiques sur les bourses offertes par le fédéral.
« Le Groupe consultatif considère que le déclin de la recherche en français ne pourra vraisemblablement être stoppé que si le gouvernement du Canada témoigne d’une volonté politique ferme afin de mettre en place les outils nécessaires en vue d’une action soutenue et financée, fondée sur le principe de l’égalité réelle », presse le groupe de 10 experts.
L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) a réagi au rapport en appelant à « rassembler toutes les parties prenantes concernées afin de transformer rapidement les recommandations en actions concrètes aux effets mesurables ».
D’autres recommandations :
- Mettre sur pied un mécanisme de concertation pancanadien sur l’enseignement postsecondaire en français;
- Accroître l’appui à la plateforme Érudit, y compris pour la mise à jour de ses métadonnées;
- Mettre en place une plateforme publique de traduction automatique et d’archivage;
- Créer un programme de bourses d’études supérieures (2e et 3e cycles) en vue d’appuyer les étudiantes et étudiants en contexte francophone minoritaire qui souhaitent poursuivre leurs études en français;
- Créer des chaires de recherche du Canada sur la francophonie canadienne.