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Sénégalais et Algériens de l’Ontario retiennent leur souffle

La passion du soccer traverse l’Atlantique. Sénégal-Algérie, l’affiche de la finale de la Coupe d’Afrique des nations, vendredi au Caire, en Egypte, fait rêver en Ontario où chacun se prépare à soutenir son équipe fétiche. Quand le soccer vole la vedette au basket…

Le Sénégal tentera, pour la première fois de son histoire, de décrocher le prestigieux trophée continental africain. En travers de son chemin, l’Algérie, une équipe en confiance, remaniée par un entraîneur audacieux, veut revivre l’apothéose de 1990, sa première victoire.

Derrière l’exploit sportif, c’est toute une dynamique qui met en valeur l’Afrique et sa jeunesse comme en témoignent Sénégalais et Algériens installés en Ontario et interrogés par ONFR+.

« On est fier de notre équipe nationale », lance Hichem Rabie Anabi. « Ça nous fait du bien de voir l’Algérie atteindre un niveau pareil. Ça sème de l’espoir et de la joie », dit-il, alors que partout dans les grandes villes de ce pays du Maghreb des manifestions pacifiques réclament un changement de politique.

Hichem Rabie Anabi est fier du parcours des Fennecs algériens. Gracieuseté : Hichem Rabie Anabi

Cet enseignant en soins vétérinaires de Sudbury suit les matches des Fennecs en famille.

« Cela ajoute un peu du charme à la vie familiale. On fête les victoires à l’algérienne, avec toujours beaucoup de folie. Et on est très content de vivre et de partager ça en Ontario. »

« On a du potentiel et on croit en nos chances »

Une folie décuplée outre-Atlantique puisque le pays a affrété pas moins de 28 avions pour transporter des milliers de partisans jusqu’au Caire, lieu de la finale. Près de 6 000 Algériens sont attendus sur place.

« Ça démontre notre côté aventurier. On n’hésite pas à consacrer des moyens immenses, et pas seulement dans le soccer, pour tenter notre chance ailleurs. Le peuple algérien est en quelque sorte dans un giratoire, impliqué partout. C’est ça qui crée la richesse de notre pays. Nous sommes un peuple jeune qui a du potentiel et qui croit en ses chances. »

Pour forcer le destin, M. Anabi compte sur son idole, le buteur Riyad Mahrez, auteur d’un coup franc libérateur à la dernière seconde de jeu, face au Nigéria, en demi-finale.

« C’est un attaquant modèle, tactique et technique. Dans son ancien club anglais de Leicester [il joue désormais pour Manchester City], il a prouvé que le physique ne faisait pas tout. Quand il a le ballon, il rassure tout le monde, car il agit avec sérénité. Il a une vision large et un comportement réfléchi. Sur le terrain comme dans la vie, c’est quelqu’un de simple, modeste. C’est une pièce maîtresse qui inspire confiance à toute l’équipe. »

Aristide Damado craint un match au coude-à-coude. Crédit image : Rudy Chabannes

Les Fennecs auront besoin d’un Mahrez en pleine possession de ses moyens face au Sénégalais. Entraînés par Aliou Cissé, les Lions de la Téranga ont réalisé un parcours exemplaire, se hissant en finale aux dépens de la Tunisie.

« On ne va pas laisser passer une telle occasion »

« On espère que cette fois sera la bonne », glisse Aristide Damado en repensant à la seule finale de l’histoire du Sénégal perdue, en 2002, aux tirs au but, contre le Cameroun. « On n’a jamais remporté ce trophée. On mérite d’aller au bout, mais ça reste un match de soccer. Tout est possible en 90 minutes. »

Ce gestionnaire de projet à Toronto cherche un lieu où regarder le match sur écran géant.

« Cela fait si longtemps qu’on n’a pas atteint ce stade de la compétition. On ne va pas laisser passer une telle occasion. On va suivre la finale entre amis, c’est sûr. On est très fier pour notre pays. »

Aristide ne croit pas que la défaite du Sénégal contre l’Algérie en phase qualificative affectera le mental de l’équipe.

« C’était un petit faux-pas qui n’a pas eu de conséquences. Cette fois, l’enjeu est différent. L’histoire retiendra le nom du champion », dit-il, prédisant un duel serré et, en cas de victoire, une petite révolution dans les rues de la capitale Dakar qui attend, depuis 52 ans, de monter sur la plus haute marche du podium.

Amadou Ba espère voir le Sénégal remporter sa première étoile continentale. Gracieuseté : Amadou Ba

Un duel serré ? C’est aussi l’avis d’Amadou Ba. Cet enseignant en histoire et en sciences politiques à Nipissing et Sudbury s’attend à un match de bon niveau.

« Si le Sénégal veut gagner, il faudra être plus adroit devant le but parce que l’Algérie est très soudée, efficace », dit-il.

Il aimerait vivement retrouver en Ontario la même ferveur pour le soccer qu’en Afrique. 

« C’est un sport qui manque dans la province, il n’y a pas les équipes ni le public autour comme en Afrique. Mais on a la chance avec les réseaux sociaux de goûter à l’ambiance sur place. C’est extraordinaire pour le Sénégal. »

Selon Saïd Benyoucef, autre partisan des Algériens, peu importe le résultat, l’Algérie et l’Afrique toute entière ont gagné avant même que la finale ne débute.

« C’est un contexte particulier en Algérie », analyse ce metteur en scène et comédien de Burlington. « L’équipe algérienne est le résultat d’une symbiose qui traduit l’espoir de tout un peuple, toute une génération aspirant à la réussite. Son parcours épouse un mouvement social en profonde mutation, un désir de nouveaux horizons pour la jeunesse. Il s’agit de tourner la page des revendications longtemps réprimées et de basculer dans un monde de liberté. »

Le sport réunit ceux que la politique divise

Installé en Ontario depuis 2000, Saïd exprime sa fierté de voir une équipe équilibrée, composée de joueurs internationaux formés à l’étranger et de talents locaux.

« On n’avait jamais réussi à conjuguer les deux auparavant. L’entraîneur Djamel Belmadi a trouvé la bonne formule », juge-t-il. « Cette finale est une façon d’exister. On est fier parce qu’ici, en Ontario, on nous voit sous le regard de la réussite, du pacifisme. C’est un sentiment nouveau, noble, qui nous change de l’image que renvoie notre pays habituellement. La démagogie de l’État a fait place à la spontanéité du peuple. »

Le metteur en scène et comédien de Burlington, Saïd Benyoucef. Gracieuseté : Saïd Benyoucef

Il raconte qu’autour de lui, à cause de cet événement, les gens se sont piqués de curiosité pour le soccer.

« On en parle. Beaucoup d’amis divisés par la politique se retrouvent même unis dans ce mouvement. »

La rigueur, l’abnégation, le talent démontrés par les Algériens depuis le début de la coupe, « ce n’est plus du hasard, c’est un parcours de sueur et de sang », ajoute-t-il. « L’équipe n’appartient plus seulement aux Algériens mais à l’Afrique. Elle ouvre la porte aux possibilités de réussir dans un monde ouvert. Elle anticipe l’affirmation évidente de la jeunesse de demain. »

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