Soins palliatifs : fermeture d’une résidence dédiée à 100 % aux francophones à Ottawa
OTTAWA – Deux ans seulement après son ouverture, la première résidence de soins palliatifs entièrement dédiée aux francophones à Ottawa a fait savoir qu’elle fermerait ses lits d’ici le 31 octobre prochain, faute de financement provincial pour ses coûts de location et d’exploitation.
« Je vous écris pour vous faire part de la décision extrêmement difficile prise par la Maison de soins palliatifs d’Ottawa de fermer les lits de la Maison de l’Est d’ici le 31 octobre 2026. »
C’est en ces termes que la directrice générale de la Maison de soins palliatifs d’Ottawa (MSPO), Barb Mildon, a annoncé la fin des soins résidentiels à la Maison de l’Est dans un document visible sur le site internet de l’établissement.
Inaugurée en avril 2024 au sein de la résidence pour aînés Cité Parkway, cette installation offrait un milieu de vie médicalisé spécifiquement axé sur la communauté francophone d’Ottawa. Selon la MSPO, près de 360 résidents et leurs familles ont utilisé ces services depuis l’ouverture de l’établissement situé non loin de l’Hôpital Montfort.
Dans sa lettre, Barb Mildon précise que cette décision découle d’un déficit de fonctionnement récurrent que l’organisme ne parvient plus à combler.
Un modèle de location non financé par la province
La Maison de l’Est avait été aménagée dans des locaux loués afin de répondre rapidement à la demande de la communauté francophone, évitant ainsi les délais de plusieurs années liés à une campagne de financement pour une nouvelle construction.
En avril 2024, le gouvernement de l’Ontario avait accordé 2,18 millions de dollars sur deux ans pour ajouter huit nouveaux lits de soins palliatifs à la Maison de l’Est dans le cadre de son plan visant à élargir l’accès aux soins palliatifs à l’échelle de la province.
Toutefois, la MSPO souligne que la formule de financement provinciale relative aux lits de soins palliatifs ne prend pas en charge les frais de loyer.
« Nous n’avons sollicité aucun financement d’investissement de la part du gouvernement et nous savions que le loyer n’était pas pris en compte dans la formule de financement provinciale relative aux lits de soins palliatifs. Le gouvernement a fourni un financement de fonctionnement continu ainsi qu’un financement opérationnel spécialisé, et nous pensions pouvoir combler le déficit de financement opérationnel grâce à d’autres sources de revenus, notamment des collectes de fonds supplémentaires », indique également Mme Mildon dans sa missive.
Et d’ajouter : « Cependant, face à des coûts d’exploitation en constante augmentation et malgré des efforts constants et multiformes, nous n’avons pas réussi à combler le déficit de financement actuel. »
Maintien des services communautaires
Bien que les lits résidentiels de la Maison de l’Est doivent fermer d’ici le 31 octobre 2026, la MSPO assure que ses services communautaires francophones se poursuivront sans interruption.
Le programme de soins palliatifs de jour francophone, les services d’accompagnement au deuil, le répit pour les aidants et les visites à domicile seront transférés vers le site de la Maison May Court, situé dans le quartier du Glebe.
La direction précise qu’un programme de chauffeurs bénévoles sera mis à contribution pour faciliter le transport des usagers vers ce site dans la mesure du possible. Les deux autres résidences de l’organisme, la Maison May Court et la Maison Ruddy-Shenkman à Kanata, resteront ouvertes à tous les résidents.
De son côté, la présidente du conseil d’administration de la MSPO, Lynne Toupin, a indiqué : « Même si nous perdons une résidence dédiée, nous restons déterminés à faire en sorte que nos résidents francophones et leurs familles continuent de bénéficier d’un accompagnement en soins palliatifs bienveillant et de grande qualité grâce à l’ensemble de nos programmes communautaires et résidentiels gratuits. »
Mme Toupin a également précisé que l’organisation continuera d’explorer des possibilités avec ses partenaires pour tenter de concrétiser la création d’un établissement de soins palliatifs francophone pérenne dans les années à venir.
Une réunion virtuelle sera offerte mercredi soir pour permettre aux personnes intéressées de poser des questions à l’établissement.

Un soutien essentiel pour les familles
C’est par une lettre envoyée aux donateurs de l’organisme qu’Éric Chartrand a appris la nouvelle mardi. Se disant « très déçu » par cette fermeture à venir, cet habitant d’Ottawa avait choisi de soutenir financièrement l’établissement après y avoir accompagné sa grand-mère jusqu’à son décès en décembre dernier.
Après un séjour à l’Hôpital général d’Ottawa où l’état de sa grand-mère se dégradait rapidement, son transfert à la Maison de l’Est a complètement changé les derniers moments de sa vie et le quotidien de ses proches.
« Dès qu’elle est rentrée à la Maison de l’Est, il n’y avait plus de machines, elle avait une chambre à elle-même », témoigne M. Chartrand. « Le personnel et les bénévoles ont été attentifs, remplis de compassion et chaleureux. Ils ont pris soin non seulement de la patiente, mais aussi de toute la famille. »
Marqué par le dévouement exceptionnel des bénévoles présents soir après soir auprès des familles, M. Chartrand prévoyait d’ailleurs de rejoindre leurs rangs à l’avenir. « J’aurais aimé ça faire du bénévolat justement pour eux, puis être là aussi […]. Malheureusement, ce n’est plus une option », regrette-t-il, déplorant la perte d’un service d’une telle humanité tout près de chez lui.
La Maison de l’Est n’était pas encore disponible pour accorder une entrevue à ONFR au moment d’écrire ces lignes. Le ministère de la Santé n’avait pas non plus répondu à notre demande de commentaires au moment de publier l’article.