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Soutien aux petites entreprises : la croisade d’Amanda Simard

Temps de lecture : 3 minutes

TORONTO – La députée libérale de Glengarry-Prescott-Russell ne tient pas sur sa chaise à l’Assemblée législative de l’Ontario quand vient le tour des progressistes-conservateurs de parler des artisans et commerçants qui souffrent. Depuis les premiers jours de la pandémie, elle a pris fait et cause pour ces entrepreneurs durement touchés par la crise et ne manque pas une occasion d’en tenir le gouvernement pour responsable.

Après le gel de loyer et le prolongement de l’interdiction temporaire des expulsions commerciales, une autre de ses propositions a été finalement retenue il y a quelques jours : le plafonnement des frais de livraisons des repas à emporter.

Mais cette nouvelle victoire n’en est pas une. D’abord, parce qu’elle intervient très tard. Des villes américaines comme New York ont adopté cette mesure dès le mois de mai. Ensuite, parce que la mesure se cantonne à la zone grise Toronto-Peel, alors que la flambée des commissions est observée dans la plupart des moyennes et grandes villes de la province.

Uber Eats, Doordsash et SkipTheDishes sont accusés par les restaurateurs d’augmenter injustement et de façon disproportionnée leurs profits à leurs dépens. Habituellement de l’ordre de 15 %, leur commission a doublé pour atteindre près de 30 %, poussant de nombreux professionnels de la restauration à délaisser ces applications très en vogue pour courir le risque de se débrouiller par eux-mêmes.

« Les compagnies de livraison abusent d’une situation de dépendance »

Insupportable pour Amanda Simard, qui est la porte-parole des Affaires francophones, mais aussi des petites entreprises et de la réduction des formalités.

« Ces grandes compagnies de livraison réputées abusent clairement d’une situation de dépendance. Avec les restrictions en cours, les restaurants ne peuvent plus avoir autant de clients qu’avant, voire pas du tout dans certaines régions. Ils sont devenus dépendants de ces services-là. »

La décision du gouvernement Ford de plafonner ces commissions à 15 % va donc dans le bon sens, mais elle la juge timide et tardive.

« Il fallait les arrêter, mais le gouvernement a dit non tout au long de l’été et de l’automne. Tout à coup, il le fait dans les deux zones reconfinées. C’est trop tard : déjà plein de restaurants ont fermé leurs portes et dans d’autres régions, avec dix personnes dans ton restaurant, tu ne peux pas survivre. »

La députée franco-ontarienne plaide pour que la mesure s’applique partout en province et qu’elle se poursuive six mois après le déconfinement, le temps que les restaurateurs reconstituent leur trésorerie, d’autant que « ça coute zéro dollar » au gouvernement.

Expulsions commerciales : « le gouvernement a agi trop tard »

Mme Simard juge incompréhensible de ne pas avoir agi durant la première vague de la pandémie, en faveur des petites entreprises qui ont été les premières à subir la crise économique, avec leurs charges fixes sur les bras.

« Le gouvernement provincial a donné zéro aide pour les loyers et a agi trop tard pour empêcher les expulsions commerciales », fustige-t-elle. « C’est un double choc pour les petites entreprises qui sont nos employeurs locaux. Ils ne demandent jamais rien, mais, là, on doit les aider. »

Le premier ministre Doug Ford se réfugie derrière Ottawa, affirme l’élue d’Embrun : « Les aides annoncées sont des fonds du fédéral. Tout ce qu’ils font, c’est de faire des photos avec les entrepreneurs. Mais ça n’aide pas à payer le loyer. »

Pour soulager les entreprises, la province a mis en place des remises sur les impôts fonciers et les factures d’électricité, ainsi qu’un report des cotisations de pensions.

Les expulsions locatives ont été temporairement interdites depuis début mai. Le gouvernement a aussi promis 600 millions de dollars d’aide additionnelle pour les frais fixes. Mais l’essentiel du soutien est fédéral avec, entre autres, la subvention d’urgence pour le loyer, la subvention salariale et la prestation de relance économique.

Ce qui agace encore plus Amanda Simard, c’est que les fonds fédéraux disponibles pour l’Ontario ne sont pas complètement utilisés.

« La vérificatrice générale a confirmé, dans son rapport, que le gouvernement était assis sur des milliards dollars qu’il n’utilise pas. C’est frustrant. Faire des réserves en prévision de temps durs, c’est bien, mais c’est exactement le moment de les utiliser. Y’a pas de meilleur exemple de temps durs, car la vie des gens est en péril. »

Besoin d’un « gouvernement proactif », pas de « comités d’apparence »

« Aider les entreprises à se reconstruire et à exceller dans un nouveau normal » est devenu le cheval de bataille d’Amanda Simard qui pense à l’après-COVID-19 et à la relance économique.

Elle en est convaincue : ce sont les petites et moyennes entreprises qui tireront la province hors de l’eau.

« Il faut les aider en favorisant l’utilisation des nouvelles technologies. Il va y avoir une demande pour de nouveaux produits et services. On doit se concentrer sur comment être autosuffisant en Ontario, car on a vu qu’on dépendait trop des autres pays. Il faut encourager l’entrepreneuriat et ses valeurs : la motivation, l’autonomie… »

Elle met en doute la sincérité du dialogue entre le gouvernement et les petits entrepreneurs et attend de voir des résultats concrets émerger du Comité ontarien de l’emploi et de la relance.

« Les gouvernements aiment mettre sur pied des comités, mais sans consultation, ça donne quoi ? Au lieu de faire des comités d’apparence, il faut dialoguer avec les Ontariens, leur donner ce dont ils ont besoin pour se relancer. Ce gouvernement est trop réactif, alors qu’en ce moment, on a besoin plus que jamais d’un gouvernement proactif. »

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