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Steven Del Duca, pour le meilleur ou pour le pire

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

MISSISSAUGA – Il aura fallu plus d’un an et demi pour que les libéraux ontariens trouvent un successeur à Kathleen Wynne. Et sans surprise, le favori de la course à la chefferie, Steven Del Duca, a obtenu le plus de voix de la part des délégués du parti, réunis ce samedi à Mississauga.

Malgré les candidatures à priori rafraîchissantes de Brenda Hollingsworth, Kate Graham, et Alvin Tedjo, trois néophytes en politique provinciale, ainsi que celles des deux anciens ministres, Mitizie Hunter et Michael Coteau, les délégués ont fait le choix de la stabilité et de l’expérience. Deux qualités que possèdent à leurs yeux M. Del Duca pour reconstruire une formation politique en lambeaux.

Huit députés et un statut de parti non officiel, les choses vont mal depuis les élections provinciales de juin 2018. Quelques signaux encourageants pour le parti toutefois : les difficultés du gouvernement Ford à convaincre l’opinion, et les larges succès électoraux à Ottawa-Vanier et Orléans il y a dix jours.

Pour remonter la pente, le nouveau chef doit convaincre maintenant non plus les délégués, mais les électeurs possibles. Peu charismatique et dégageant une rigidité, Steven Del Duca n’est pas celui dont les discours font lever les foules.

Face à un Doug Ford, au ton volontiers anti-élites et rugueux, et à une Andrea Horwath misant sur l’empathie et l’expérience, M. Del Duca devra dans un premier temps se trouver un style et une image publique qui le démarquent de ses adversaires.

Autre obstacle pour lui : le fait qu’il incarne la vieille garde libérale de Kathleen Wynne rejetée par les électeurs en juin 2018. Lui-même avait alors subi alors une cuisante défaite, dans sa circonscription de Vaughan-Woodbrige, face au conservateur Michael Tibollo.

Auparavant, M. Del Duca avait occupé le poste de ministre des Transports, puis pendant quelques mois, celui du Développement économique et de la Croissance.

Des atouts pour Del Duca

En dépit d’un faible charisme et du poids des années Wynne, le nouveau capitaine possède quelques atouts dans sa manche. À commencer par son carnet de contacts, l’un des plus épais à Queen’s Park. Lors de son entrée à l’Assemblée législative en 2012, il était le dauphin désigné d’un certain Greg Sorbara, considéré par beaucoup comme l’homme le plus influent du parti.

Dans les coulisses, on dit par ailleurs M. Del Duca très organisé, avec des communications pointilleuses.

Autant de qualités pouvant permettre au parti d’engranger de nouveaux membres, renflouer ses coffres, et trouver une centaine de candidats en vue des élections du printemps 2022.

Enfin, fils d’un immigré italien, Steven « Alfonso » Del Duca – son nom exact – symbolise une certaine idée à la fois du multiculturalisme et de la réussite. Dans la couronne torontoise, riche en immigrants lesquels avaient privilégié Doug Ford en 2018, il pourrait s’avérer un interlocuteur intéressant.

Pas de chef bilingue à Queen’s Park

À y regarder de plus près avec la lentille du bilinguisme, l’élection de M. Del Duca en tant que chef du second parti d’opposition jette en revanche une ombre. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, les trois leaders des principaux partis sont complètement unilingues.

Pour séduire les Franco-Ontariens, le nouveau chef pourra au moins compter sur l’appui de ses deux députées francophones Lucille Collard et Amanda Simard. Savoir bien s’entourer sera pour Steven Del Duca la clé pour reconstruire le parti, en attendant peut-être, un jour, des lendemains plus ensoleillés.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 9 mars.

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