Faites vos jeux, rien ne va plus de Didier Leclair, publié aux éditions David
Chroniques

Suggestion de lecture : un roman qui se lit comme un film

Faites vos jeux, rien ne va plus de Didier Leclair, publié aux éditions David

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

Te dis-tu parfois en lisant un livre : j’aimerais bien qu’il soit adapté en film? C’est exactement ce que j’ai pensé avec Faites vos jeux, rien ne va plus de Didier Leclair, publié aux éditions David. Certains diront peut-être que la Seconde Guerre mondiale est un sujet qui a été traité sous toutes les coutures, mais crois-moi, l’auteur revisite ce moment de l’Histoire sous un angle qui surprend!

Avertissement : dans mon enfance, je n’ai pas été nourrie au lait, mais aux James Bond (merci, papa!). Pourquoi je te partage cette anecdote personnelle? Tu vas vite le comprendre!

Faites vos jeux, rien ne va plus propulse de façon très naturelle dans l’Europe des années 1940. L’atmosphère feutrée de Lisbonne avec ses ruelles, ses voitures ou encore ses bars est bien tricotée par Leclair. Ses références aux villes européennes, ainsi qu’à des événements et des objets d’époque, ancrent l’histoire avec réalisme. Est-ce que les détails font les livres? Pas toujours, mais dans les récits historiques, souvent. J’ai été particulièrement sensible aux descriptions des voitures d’époque (déformation familiale de la fille de garagiste que je suis!).

Ce roman est la suite de Le prince africain, le traducteur et le nazi (2024) publié chez le même éditeur, qui a été nommé au Prix Trillium et au Prix Alain-Thomas, que j’ai eu la chance de lire, et pour lequel j’avais fait l’entrevue de Leclair dans le balado Cœur d’encre ici. Je te rassure, il n’est pas essentiel de lire le premier livre avant le second, mais je le recommande pour t’aider à comprendre les trois héros.

Qui sont-ils? Antonio, un prince héritier du royaume Congo (dans l’Angola) qui s’est installé en Europe pour faire du commerce illégal de diamants, son traducteur et interprète érudit africain Jean de Dieu, et son chauffeur Hans, un métis mi-africain, mi-allemand qui manie aussi habilement les armes à feu que le saxophone. Alors qu’ils sont à Lisbonne après avoir fui Paris, les trois hommes doivent se rendre en Allemagne à la demande du gouvernement du Portugal. Cela ne déplaît pas au prince qui doit justement régler ses comptes avec un officier allemand qui l’a escroqué. Bref, ça pourrait sonner comme les prémices d’un film de James Bond version historique : les héros sont des malfaiteurs africains en pleine Europe nazie des années 40 qui ne passent pas inaperçus… Comment vont-ils survivre dans cet environnement hostile?

Le tour de maître de ce livre, tout comme le premier tome, est qu’il fait entrer des personnages d’ascendance africaine sous l’occupation allemande avec indifférence. Cela fait du bien de voir un livre qui n’occulte pas des communautés qui étaient pourtant bien là pendant ce moment clé de l’histoire mondiale en leur donnant toute la place avec spontanéité. C’est en jouant sur cet univers de livre historique auquel se mêlent espionnage et criminalité que Leclair construit toute sa narration. Certains pourraient argumenter — à juste titre — que tous les ingrédients pour engendrer un livre d’espions sont là : des héros controversés auxquels on s’attache même s’ils sont des criminels, des nazis haineux ou fainéants faciles à détester, l’aura des années 1940 presque palpable, avec l’odeur de la fumée de cigarette et la moiteur des ruelles brumeuses qui nous chatouillent les sens à chaque coin de page… et pourtant, ça marche! 

Didier Leclair – crédit photo L. K.

Le but de Didier Leclair n’est pas de renverser les rôles oppresseurs-opprimés dans des sous-entendus dénonçant le colonialisme, l’auteur vend de l’action et met en scène des personnages inébranlables, et il le fait bien! L’effet recherché est atteint : on vibre à l’unisson de leurs aventures criminelles, en rêvant presque d’être le quatrième membre de leur groupe (en tout cas, moi, je l’ai fait, ne me juge pas!). La psychologie des trois hommes n’est que légèrement développée, ce qui semble un parti pris de l’auteur qui concentre toute sa plume sur l’action. Te souviens-tu des bandes-annonces de films qui montrent six scènes de combat en dix secondes comme les James Bond? Faites vos jeux, rien ne va plus semble avoir été conçu dans ce moule. Et on en redemande! Ça bouge, ça sillonne l’Europe, ça flirte avec le danger, ça boit, ça fume, ça se bagarre. Et la peur dans tout ça? Les personnages ne la connaissent pas!

Leur audace et leur formidable aplomb font d’eux des héros intouchables qui captivent. Ils m’ont fait penser à des James Bond version Seconde Guerre mondiale. Alors, fonce lire ce livre qui se lit comme un film!

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.