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Tanya Tamilio, des projets plein la tête pour les francophones de Sarnia

Temps de lecture : 6 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

SARNIA – Présidente du Centre communautaire francophone de Sarnia-Lambton (CCFSL) et personnalité engagée du Sud-Ouest, Tanya Tamilio se bat pour développer la francophonie dans sa région, rebondissant de projet en projet. Le dernier en date, la désignation de sa ville sous la Loi sur les services en français, est tout proche d’aboutir après trois ans d’effort, de passion et de détermination. Retour sur son parcours et une motivation intacte en dépit de la pandémie.

« Montréalaise d’origine italienne, qu’est-ce qui vous a amené à Sarnia, dans le Sud-Ouest de l’Ontario  ?

C’est l’amour ! J’ai suivi un copain et, de là, j’ai fait des études dans la petite enfance. J’ai d’abord travaillé dans une garderie anglophone, puis j’ai ensuite fait partie de l’équipe qui a créé la première garderie francophone, car avant ça (à part un programme avant/après l’école) il n’y avait de garderie francophone à temps plein. Ensuite, j’ai eu ma propre garderie dans le privé durant dix ans : le Château magique, dans une école francophone.

Vous êtes donc arrivée à Sarnia au tout début du développement des services de garde pour la minorité francophone…

Oui. C’était à une époque où la région de Sarnia a été pilote pour créer un carrefour (hub). On a appliqué avec l’École élémentaire Les Rapides. C’est comme ça qu’est né ce qui s’appelle aujourd’hui le Carrefour Les Rapides qui concentre des programmes bambins, poupons, préscolaires, avant/après l’école et On y va.

Pourquoi avez-vous quitté le secteur privé pour le non lucratif ?

C’était la solution pour avoir du financement gouvernemental et se développer. On avait l’opportunité d’obtenir 110 000 $ de financement. Alors, on en a parlé aux parents et on a fait le choix d’embarquer avec La Ribambelle, une garderie qui était déjà à London et qui s’est rendue jusqu’à Sarnia. J’ai alors été embauchée comme directrice régionale pour Sarnia. On a pu ouvrir une deuxième garderie dans une école catholique de la ville, puis deux autres à Pain Court et Tilbury (près de Chatham). J’ai fait ça jusqu’en 2007 avant de partir travailler dans l’administration fédérale, dans le domaine environnemental.

Tanya Tamilio a longtemps travaillé en garderie. Ici avec sa petite-fille, Evalyn.

À quel moment vous êtes-vous engagée dans le Centre communautaire francophone de Sarnia-Lambton (CCFSL)  ?

Un jour, des clients de l’administration sont venus me voir car je parlais français. Ils voulaient offrir des cours de français à leur personnel jumelé avec le Québec. Je suis allée voir le président du centre, Moussa Baalbaki qui, quand il a su que je parlais français, ne m’a plus lâchée (rires). J’ai rejoint le conseil d’administration en janvier 2013, avant de devenir présidente. Le centre (qui est dans un carrefour scolaire regroupant deux écoles) venait tout juste de voir le jour.

Quelle est la tâche la plus ingrate quand on s’investit dans un organisme communautaire ?

C’est beaucoup d’efforts pour obtenir la confiance des bailleurs de fonds. Pendant deux années, j’ai écrit, écrit, écrit des demandes de subvention et je recevais toujours mêmes réponses : « non », « non », « non »… Jusqu’à ce qu’on démontre notre sérieux et notre capacité à offrir des services de qualité. Cette année, c’est la première fois qu’on obtient une subvention de base pour la programmation de la part de Patrimoine canadien. Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai failli pleurer. Je fais entre 35 et 45 heures de bénévolat au Centre communautaire depuis plus d’un an. Puisque nous n’avons pas la capacité d’embaucher du personnel tel qu’un directeur général, je m’occupe de toute la paperasse, des états financiers, des demandes de projets, des rapports, des dossiers liés à l’immigration francophone, du personnel…

Beaucoup d’organisations comme la vôtre survivent avec des subventions de projet. N’est-ce pas épuisant de toujours avoir à se battre pour du court-terme ?

Oui, on va souvent de projet en projet. Parfois c’est pour huit mois. Parfois moins. Certains programmes fonctionnent très bien, mais on est obligé d’arrêter car c’est la fin. Et on doit expliquer à l’équipe que c’est fini.

Comment avez-vous fait face à la pandémie depuis un an, au CCFSL ?

On a eu une très belle année malgré la COVID-19. On a pu offrir des repas chauds et des services aux aînés comme des appels au téléphone, des cafés-causeries virtuels, des jeux… Toutes les semaines, on appelle une soixantaine d’aînés pour jazzer avec eux, savoir comment ils vont et leur livrer des repas. On surveille s’ils sont en santé. On a continué aussi nos autres programmes en mode virtuel  : services aux ados, cours de danse et ateliers de cuisine en ligne… Les gens ont pu aussi avoir accès à notre bibliothèque de livres francophones.

Tanya Tamilio prépare des repas pour les aînés durant la pandémie. Gracieuseté

Est-ce que les bénévoles ont été plus difficiles à mobiliser ?

Non, au contraire. J’ai jamais vu ça. On a reçu des messages de partout. 26 bénévoles nous ont aidés pour livrer des repas : des nouvelles personnes qu’on ne connaissait pas. Ce sont nos héros de la COVID-19. C’est remarquable et je suis certaine qu’ils vont rester avec nous ensuite.

Qu’est devenu le projet de monument de la francophonie à Sarnia ?

On n’a pas abandonné mais, en ce moment avec la COVID-19, ce n’est plus une priorité. On a le soutien de la Ville à 100 % qui nous propose deux sites potentiels, mais il nous faudra l’appui de bailleurs de fonds pour la financer. Ce projet pourrait coûter environ 90 000 $. Ce serait une murale en trois dimensions qui raconte l’histoire francophone depuis l’arrivée des pionniers jusqu’à, peut-être, la désignation de Sarnia sous la Loi des services en français (LSF) en 2021.

Avec la consultation publique qui prend fin ce lundi, pensez-vous que la désignation sous la LSF de la ville est désormais toute proche de se réaliser ?

Ça a pris trois ans pour qu’ils (le gouvernement) confirment les statistiques démographiques et évaluent l’impact budgétaire sur les services provinciaux. On a le soutien du maire et de la députée fédérale de Sarnia-Lambton, Marylin Gladu. On a reçu 23 lettres de soutien d’élus, d’institutions et d’écoles. Une élue nous a dit qu’on pourrait avoir une réponse en juin. Mais cela devrait prendre trois ans de plus pour que les services provinciaux mettent en place le personnel bilingue.

Est-ce que cela va changer la vie des francophones  ?

Oui. Je pense surtout à ceux qui s’installent ici et qui ne parlent pas du tout la langue. Quand ils arrivent, ils se sentent bouleversés, pas inclus quand ils ont besoin, par exemple, de services de base comme changer de permis de conduire ou de carte santé. Juste ça, ça va changer leur vie.

Tanya Tamilio, son fils Samuel et son mari. Gracieuseté

Est-ce que la pandémie a été un défi pour vous et votre famille ?

La vie a été plus intense. Mon mari est travailleur essentiel. Mon garçon est à l’université. Au début, il y a eu de l’anxiété. Je me souviens, au début, être allée à la pharmacie et avoir « gelée », pas à cause de la peur du contact, mais parce que je ressentais une extrême tension chez les gens autour de moi. Mais la vie a continué avec le masque et la distanciation.

Depuis la disparition de l’ACFO London-Sarnia en 2017, qui défend les intérêts des francophones de la région  ?

C’est nous  ! Le CCFSL a repris le mandat pour Sarnia et le Carrefour communautaire francophone de London (CCFL) a repris celui de London. La seule chose que l’on ne fait pas, ce sont les services en établissement que gère le Collège Boréal. On est en train de pousser pour gérer l’accueil et l’aiguillage des francophones. On espère reprendre ce rôle-là.

Comment jugez-vous la francophonie à Sarnia ? Est-elle en déclin ou en expansion ?

Les francophones à Sarnia sont plus de 7 000 et c’est en train de grandir. Le nombre d’élèves dans les écoles d’immersion augmente aussi. De plus en plus de personnes veulent apprendre le français. On fait aussi beaucoup de progrès au niveau de l’immigration depuis qu’on a mis en place un comité pour ça. On parle aussi de la ville de Sarnia en français sur le site de la municipalité et au niveau touristique. Tout ça démontre que la ville est accueillante.

Quel projet aimeriez-vous réaliser et que vous n’avez pas encore pu concrétiser ?

Je rêve de mettre sur pied une pièce de théâtre par et pour les francophones de la région avec une chorale qui chante en même temps. On a réussi à obtenir une subvention pour ça, mais la pandémie a tout stoppé. Alors on a décidé de faire un court métrage. Des jeunes nous ont aidés à l’écrire et le bailleur de fonds a accepté de prolonger l’échéancier, mais avec toutes ces annonces sanitaires, le tournage en mai est incertain. »

Quand elle ne travaille pas, Tanya Tamilio s’adonne à sa passion : la pêche. Gracieuseté

LES DATES-CLÉS DE TANYA TAMILIO :

1970 : Naissance à Montréal

1990 : S’installe à Sarnia

1996 : Crée sa garderie francophone

2007 : Entre dans l’administration fédérale

2013 : Devient présidente du CCFLS

2020 : Devient administratrice à l’Entité 1

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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