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Tests : « Faire l’autopsie de là où il y a eu des failles » – Hugues Loemba

Temps de lecture : 3 minutes

[ENTREVUE EXPRESS] 

QUI :

Le Dr Hugues Loemba est clinicien-chercheur et virologue. Il est, par ailleurs, professeur agrégé de médecine à l’Université d’Ottawa et consultant pour l’Organisation mondiale de la Santé.

LE CONTEXTE :

Engagé dans une lutte constante contre la COVID-19, l’Ontario ne parvient pas à stabiliser son objectif quotidien de 16 000 tests, ce qui provoque les reproches du premier ministre, Doug Ford, envers les différents bureaux de santé publique locaux.

L’ENJEU :

Cette donnée fondamentale donne une photographie de la situation et influence les décisions ciblées de santé publique pour endiguer l’épidémie, voire planifier le déconfinement.

« Pour quelles raisons la province sous-performe dans le nombre de tests, selon vous ?

Il peut y avoir plusieurs facteurs. Ça peut être dû à un manque de produit réactif ou le week-end a peut-être perturbé la livraison dans les laboratoires. On a atteint une vitesse de croisière à 17 000 et, maintenant, on tombe à 12 000. Je trouve ça bizarre.

Faut-il labelliser plus de laboratoires pour augmenter la capacité provinciale ?

La province a montré qu’elle était en capacité de tester 17 000 personnes en mettant à contribution les laboratoires de santé publique, mais aussi ceux des hôpitaux, des centres communautaires et du privé. Donc, ça ne semble pas venir de là. Il faut faire l’autopsie de là où il y a eu des failles. Il faut aussi laisser passer quelques jours pour voir si ça remonte. Si d’ici une semaine, on n’a pas pu corriger, là il y a un problème.

Des médecins hygiénistes régionaux pointent un manque de kits…

Pour faire le test, on a besoin de kits d’extraction et de kits de détection de l’acide nucléique. Ça prend aussi un liquide qui permet de transporter le prélèvement. Si tout était là, ça veut dire qu’il avait un problème de personnel.

L’épuisement du personnel après deux mois de lutte peut-il expliquer cette situation ?

C’est possible. Ça peut être un problème de capacité humaine et matériel.

Pourquoi ne pas diversifier les tests, comme recourir au test sanguin, pour rationaliser le réactif ?

Le test sanguin n’a pas la même utilité que le test de détection. Ils sont complémentaires. Le premier sert à diagnostiquer. Le second sert à repérer les anticorps. Mais il est encore en train d’être évalué par la Santé publique, car il n’a pas donné des résultats très fiables dans d’autres pays. Il y a aussi des tests rapides comme celui de la compagnie Spartan d’Ottawa,  qu’on peut utiliser dans des coins reculés où le besoin en infrastructure est faible.

Doit-on attendre le même rendement de test d’une santé publique régionale à l’autre ou privilégier les régions les plus touchées ?

Il faut répartir les efforts, d’autant que toutes les régions n’ont pas les mêmes moyens. Là où il y a le plus de besoins, on doit augmenter la capacité. Privilégier les régions les plus touchées ne veut pas dire négliger les autres. L’idée est d’augmenter partout, tout en augmentant un peu plus là où il y a le plus de besoins. Il faut aussi augmenter la surveillance dans les populations cibles, dans les refuges et les foyers de soins de longue durée. Ces tests sont essentiels pour réussir le déconfinement. On ne va pas déconfiner si on n’a pas de retraçage des cas qui vient avec les tests.

La pile de tests en attente s’allonge lui-aussi. Est-ce un mauvais signal ?

Ça veut dire que des gens ont été prélevés, mais qu’ensuite, il y a eu un manque de réactif ou de personnel.

Comment expliquer que, d’une région à l’autre, les chiffres concernant les tests varient du simple au triple ?

Les capacités ne sont pas les mêmes. Ça dépend du nombre de laboratoires qui dépendent du réseau local.

Les médecins hygiénistes sont-ils responsables de cette situation ? Un système plus centralisé – évoqué par le premier ministre Ford – résoudrait-il le problème ?

Regrouper les différentes régions, je ne sais pas si c’est la bonne chose à faire. Dans le cas d’une pandémie, on a besoin d’une prise de décision au plus près de la situation. On peut avoir un centre de décision, mais plus vous centralisez, plus vous nuisez à l’exécution adaptée et en temps réel. Ça crée un manque de retour d’information alors qu’on doit agir rapidement. On peut faire quelques économies, mais en même temps on est moins efficace. »

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