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« Tout le monde a les manches retroussées » – Martin Bertrand

Temps de lecture : 3 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI ?

Martin Bertrand est le directeur de l’éducation au sein du Conseil scolaire Viamonde qui regroupe 56 écoles de langue française dans le Centre-Sud-Ouest de l’Ontario.

LE CONTEXTE

Les écoles publiques étant fermées jusqu’au 4 mai pour cause de pandémie, quelque 115 000 élèves franco-ontariens débutent ce lundi leur apprentissage à la maison.

L’ENJEU

Face à cette situation inédite, les conseils scolaires ont dû s’adapter en lançant un plan de continuation de l’apprentissage qui implique élèves, parents et enseignants.

« Comment votre conseil scolaire s’est-il préparé ?

On a eu des rencontres quasi quotidiennes avec le ministère depuis le 12 mars. Toutes les équipes ont travaillé et travaillent sans relâche, au niveau éducatif mais aussi informatique, ressources humaines et immobilisations. Tout le monde a les manches retroussées.

En quoi consiste votre plan de continuation d’apprentissage ?

On a envoyé une lettre à tous les parents pour leur expliquer quelles sont les attentes minimales du ministère en termes de volume horaires et de curriculum. Ça précise aussi les modalités d’enseignement à distance. Les élèves ont été – ou vont être – contactés par leurs enseignants qui leur ont fourni un lien pour participer à l’enseignement en direct.

Comment va se dérouler la journée type d’un élève à partir d’aujourd’hui ?

Le temps recommandé est de 5 heures par semaine de la maternelle à la 6e année, 10 heures en 7e et 8e année, puis de 3 heures par cours de la 9e à la 12e année. Ce n’est pas que de l’enseignement magistral. Ça inclut du temps pendant lequel les élèves vont pouvoir faire des recherches, des projets, des tâches formatives, car notre but est de relever des preuves d’apprentissage pour mettre une note sur le bulletin en juin.

Est-ce pertinent de maintenir une évaluation dans ces conditions ?

Oui, c’est important surtout pour nos élèves de 12e année. On ne peut pas s’exempter d’envoyer une note car ils sont en concurrence avec les élèves internationaux pour des places dans les établissements post-secondaires. Nos modes d’évaluation sont bien ancrés. On s’appuie sur une multitude de preuves d’apprentissage pour évaluer correctement un élève.

Ne craignez-vous pas que l’assiduité et l’attention des élèves soient moindres, hors du cadre de la classe ?

Ça peut inquiéter certains parents mais lorsque l’élève est en salle de classe devant le prof, ses parents ne sont pas là non plus. Alors on s’attend à ce que, devant son écran, il soit aussi volontaire et disposé à apprendre, d’autant que c’est moins d’heures par jour. Mais ce n’est pas une science exacte. Ceux qui en ont besoin, auront de l’appui additionnel.

Comment allez-vous justement prendre en compte les besoins particuliers dans ce contexte ?

Les élèves qui ont des plans d’enseignement individualisé continueront de bénéficier d’adaptations avec l’appui de nos éducateurs spécialisés et aide-enseignants. Il va y avoir du temps en dehors des heures d’enseignement où ces personnels pourront contacter les élèves et offrir cet appui. Et on va renchérir avec le travail social et la santé mentale.

Comment vont faire les élèves qui ne disposent pas d’ordinateur ni de tablettes ?

On a tout démantelé pour que les parents puissent récupérer un Chromebook ou un laptop à la porte des écoles en assurant sécurité et distanciation sociale. À date, on a décelé une centaine d’élèves qui n’avaient pas de tels outils. Pour les familles qui ont plus d’un enfant au secondaire, on va offrir un outil à chacun d’eux car ils doivent réussir leurs crédits d’ici la fin de l’année.

Les élèves qui n’ont pas d’accès à internet ne risquent-ils pas d’être pénalisés ?

Un accès WIFI est disponible sur tous nos sites scolaires, sans entrer dans les bâtiments, afin de télécharger les ressources nécessaires.

Comment vos 13 000 élèves vont interagir avec leurs enseignants ?

Ils passeront par la plateforme préconisée Teams de Microsoft qui permet d’interagir en direct et de clavarder en sécurité. Ils utiliseront aussi l’Environnement d’apprentissage virtuel (l’EAV, un espace de collaboration et de partage de ressources en ligne).

Quelle a été la principale difficulté d’organisation du temps de travail ?

On a dû jongler avec les matières enseignées et échelonner la journée d’études selon les paliers, de sorte que les enseignants soient disponibles pour les différents niveaux dont ils s’occupent, mais aussi aux élèves d’une même famille de se partager les outils électroniques à la maison.

Comment avez-vous préparé les enseignants à ce changement ?

On leur a donné des capsules pour qu’ils puissent suivre un tutorat autodirigé pour s’approprier les outils et faire des tests. Il y aura peut-être des pépins mais on redouble l’appui informatique pour s’assurer qu’on puisse les soutenir car ça peut-être anxiogène pour eux.

Quel sera le rôle du personnel de soutien dans cet apprentissage virtuel ?

Éducateurs et éducatrices de la petite enfance, secrétaires, bibliotechniciens… tous sont en télétravail pour fournir du soutien. Ça peut inclure des capsules sur la santé et la sécurité, du catalogage de bibliothèque, de la saisie de notes… On oublie personne. On va aussi adopter une approche d’enseignement partagé où les enseignants vont se partager des ressources, s’épauler. »

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