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Tragédie des foyers de soins de longue durée : tous responsables

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

Le réel, c’est quand on se cogne, disait le psychologue Jacques Lacan. L’Ontario a fait l’expérience de cet aphorisme. À l’hécatombe des foyers de soins de longue durée, lesquels représentent les deux tiers des décès à la maladie, se sont ajouté les conditions tragiques des résidents.

La semaine dernière, le rapport rendu public par le gouvernement fut plus qu’une sonnette d’alarme. Déployées dans cinq foyers de soins de longue durée de la région de Toronto, les Forces armées canadiennes ont fait état d’observations « extrêmement préoccupantes ».

Quelques exemples : un personnel qualifié insuffisant et surutilisé, un manque d’équipements médicaux, des médicaments périmés, de la nourriture avariée, de la négligence et des comportements abusifs envers les résidents, une déficience dans les communications…

Des qualificatifs chocs, et les images des militaires devant les foyers, il n’en fallait pas plus pour prendre conscience de l’ampleur d’une tragédie jusque-là mal perçue.

À tel point que Doug Ford a qualifié le document comme « le plus pénible » qu’il ait eu à lire depuis sa prise de pouvoir en juin 2018.

Responsabilité des partis au pouvoir

À qui la faute ? Le premier ministre, qui a promis de « réparer le système », s’est en tout cas défaussé, rappelant qu’il avait hérité d’un même système qui ne fonctionnait pas. Son gouvernement a pourtant sa part de responsabilité.

Les révélations de CBC il y a un mois sont à cet égard éloquentes : seulement neuf des 626 foyers ontariens ont subi une inspection, en 2019. Une inflexion majeure en comparaison des années précédentes, que le gouvernement a eu du mal à justifier.

Signe que les « réparations du système » de M. Ford n’avaient pas commencé, le gouvernement n’a toujours pas livré les 15 000 lits supplémentaires qu’il avait promis dans les foyers, en début de mandat.

L’équation est simple : les places deviennent alors plus sélectives et attribuées aux aînés exigeant un niveau de soins plus élevé. Avec pour conséquence sur le terrain, une pression supplémentaire pour les infirmières et les employés.

Pendant 15 ans au pouvoir, les libéraux n’ont pas réussi non plus. Alors qu’entre 2011 et 2018, le nombre d’aînés connaissait une hausse de 20 %, les lits de soins de longue durée dans la province augmentaient… de 0,8 %.

Sous l’impulsion notamment de l’ancien ministre de la Santé, Eric Hoskins, le gouvernement libéral avait misé sur les soins à domicile pour désengorger les hôpitaux et les foyers. Avec l’étendue de la pandémie, cette stratégie se révèle aujourd’hui contestable.

Dans ces conditions, la néo-démocrate Andrea Horwath – dont le parti n’a plus gouverné depuis 1995 – a le beau rôle. La chef de l’opposition officielle demande d’ailleurs toujours une enquête publique plutôt qu’une commission « indépendante », comme le privilégie M. Ford.

Les aînés, un thème peu priorisé par les partis

Toujours est-il que les trois partis principaux à Queen’s Park ne diffèrent pas des autres formations politiques au Canada, et dans les pays occidentaux. Contrairement aux thèmes de la jeunesse ou de l’inclusion (et avec raison), celui du sort des aînés n’a jamais été une priorité.

Les élus ne sont pas les seuls responsables. Et les électeurs, organismes, ainsi que les médias, qui n’ont pas su mettre en lumière cet enjeu, doivent faire leur examen de conscience.

Le système doit être réparé. Doug Ford a au moins raison sur ce point. Mais la réussite de ce projet ne dépend pas que du gouvernement, mais aussi de l’ensemble des 14,5 millions d’Ontariens.

Cette analyse est aussi publiée sur le site du quotidien Le Droit du 1er juin.

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